Une semaine avant que le débat s’enflamme à nouveau à propos de la politique des drogues et en particulier celle à l’égard du cannabis, peu de personnes avaient entendu les déclarations de Daniel Vaillant défendant la contribution thématique « Cannabis, le laxisme c’est de ne rien faire » dans le cadre du Congrès du Parti Socialiste de Toulouse.
Depuis les déclarations de Vincent Peillon sur France Inter et la polémique qui enfle chaque jour, peu de gens auront entendu les arguments des personnes gravement malades consommant du cannabis pour soulager leur état.
Pourtant, une brève de l’AFP (reproduite ci-dessous) avait inondée la France, sans être vraiment reprise. Dommage, cela aurait sans doute évité quelques écueils pendant dix jours !
Alors que s’ouvre aujourd’hui au Parlement européen, la conférence « Avancées pharmacologiques et utilisations thérapeutiques des Cannabinoïdes en médecine », les médias vont s’obliger à quelques contorsions, pour oublier que la veille, ils reprenaient en boucle les propos mensongers de Jean François Copé ou Manuel Valls assénant tous deux hypocritement que le « cannabis est un poison pour le cerveau »… Car à ce jeu de la démagogie politicienne et de l’hypocrisie française, avec le cannabis, plus les mensonges sont gros, plus ça passe !
Comme avec la mise en avant de pseudos sondages pour tenter de clore la polémique autour du statut légal du cannabis en démontrant que 65% des français seraient opposés à la dépénalisation.
Mais en posant leur unique question avec réponse binaire « Dépénalisation ? Pour/contre », les instituts de sondages qui travaillent à la fabrique de l’opinion ont-ils osé demander aux sondés :
- Accepteriez-vous d’aller en prison pour avoir consommer du cannabis ?
- Pensez-vous que la peine prévue d’un an de prison et 3750 euros d’amende se justifie pour le simple usage du cannabis ?
- Pensez-vous que la pénalisation de la consommation de cannabis soit utile en prévenir les dangers ?
- Pensez-vous que la pénalisation de l’usage du cannabis protège la jeunesse ?
- Pensez-vous que cette pénalisation soit efficace contre les trafics ? Pour lutter contre les discriminations ? Pour interdire l’accès aux mineurs ? Pour protéger la santé des usagers ?
- Accepteriez la condamnation de votre enfant à 8 mois de prison ferme, pour le délit d’usage simple en situation de récidive ?
Autant de questions qui ne seront jamais vraiment posées pour éviter d’avoir 95% des personnes opposées à la pénalisation…
Car disons-le une simple dépénalisation ne ferait qu’amplifier les problèmes sans apporter de solutions, tandis qu’avec la légalisation il est encore possible de fixer des interdits, si chers aux tenants du pouvoir.
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Ces malades qui, face à la douleur, consomment du cannabis (PAPIER D’ANGLE)
Par Cécile AZZARO
PARIS, 9 oct 2012 (AFP) – Malgré l’interdiction, des malades consomment déjà du cannabis à des fins thérapeutiques, soulignent des associations qui attendent beaucoup du gouvernement, au moment où une étude souligne ses effets bénéfiques sur la sclérose en plaques.
Un essai réalisé en Grande-Bretagne sur 279 patients tend à démontrer que la consommation d’extrait de cannabis en cachets permet aux personnes souffrant de sclérose en plaques, de diminuer leur raideur musculaire, de moins souffrir et de mieux dormir.
L’ancien ministre socialiste de l’Intérieur Daniel Vaillant a exhorté vendredi son parti à s’engager sur la légalisation du cannabis thérapeutique qui permet « de soulager des hommes et des femmes » souffrant de « maladies neurodégénératives, de certains cancers ou du sida ».
La loi française interdit d’acheter, consommer, détenir, donner, revendre ou cultiver du cannabis. Le produit est classé parmi les stupéfiants dénués d’intérêt médical et ne peut donc être prescrit, rappelle la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT).
Pourtant, à l’étranger, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, ou encore certains états américains admettent la prescription de médicaments issus du cannabis, souligne Jean-Pierre Galland, porte-parole du Collectif d’information et de recherches cannabiques (CIRC).
L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), qui estime que 1,2 million de personnes sont des usagers réguliers de cannabis, ne dénombre pas ceux qui le font à usage thérapeutique.
Pour Farid Ghéhiouche, porte-parole du collectif Cannabis sans frontière, « peut-être un million de personnes utilisent le cannabis pour apaiser leurs douleurs », comme celles souffrant de maladies dégénératives, de sclérose en plaque, de lupus, de polyarthrites rhumatoïdes, celles sous chimiothérapie ou séropositives.
« Parcours du combattant »
Or seuls les patients disposant d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU), délivrée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), peuvent consommer, sans être poursuivis, un médicament contenant du THC (substance active du cannabis), le Marinol.
Fin octobre 2011, un peu plus d’une centaine d’ATU avaient été accordées pour ce médicament, et moins d’une cinquantaine refusées, selon l’ANSM.
Mais la demande, qui doit être faite avec l’appui de son médecin, est « un parcours du combattant », et la plupart des usagers préfèrent fumer la plante, car le Marinol « n’est pas assez puissant », affirme Jean-Pierre Galland.
Lorsque les pathologies sont lourdes, les traitements sont aussi importants et le cannabis soulage les « dommages collatéraux », explique Fabienne Lopez, présidente de l’association « Principes actifs », qui regroupe des malades consommant du cannabis.
Elle-même sous chimiothérapie après un cancer, elle souffrait de démangeaisons qui la faisait se gratter « jusqu’au sang », et de « crampes en permanence »: « J’ai découvert que si je fumais du cannabis, je n’avais plus de crampes ni de démangeaisons. »
Faute de pouvoir obtenir et consommer légalement, de nombreux malades sont dans l’illégalité, d’autant que beaucoup se lancent dans la plantation, note Fabrice Olivet, de l’association Asud (Autosupport des usagers de drogue).
C’est le cas de Fabienne Lopez, qui cultive uniquement pour sa consommation. Son médecin traitant la soutient et lui a écrit une lettre justifiant sa consommation de cannabis. Mais ce document n’a aucune portée légale.
« On parle souvent des deux ou trois personnes qui ont été jugées et dispensées de peine ou relaxées », mais la majorité sont condamnées à du sursis avec mise à l’épreuve et à des amendes, dit-elle.
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