Le « wiet pass » est-il mort ? Non, pas vraiment…

Lundi 29 octobre 2012, la coalition gouvernementale hollandaise formée par les libéraux conservateurs du VVD (Droite libérale-centriste) et les sociaux-démocrates du PvdA (Centre gauche) a annoncé les termes de leur accord pour mettre fin au « wiet pass ». Si l’obligation de ficher les clients des Coffee shops disparaît, il n’en demeure pas moins que les Coffee Shops resteront interdits aux résidents étrangers ne disposant pas d’un certificat de résidence aux Pays Bas.

En gros, le « wiet pass » est mort, mais la politique qu’il a mis en oeuvre risque de perdurer longtemps… Une fois encore les Néerlandais vont devoir composer avec une hypocrisie de plus dans leur système de « tolérance ».

Dans cet accord, où les positions des deux partis de la coalition étaient diamétralement opposées sur le sujet, on observe que c’est la main-mise du VVD qui l’aura emportée, par le maintien d’une politique à laquelle ils avaient participé dans la précédente coalition gouvernementale (NDLR : victime du changement dans la continuité ?).

Pour sauver la face, le nouveau gouvernement s’en remet aux maires des villes pour définir plus précisément les règles, en établissant « une approche sur-mesure », pour la mise en application des critères prouvant la résidence aux Pays Bas. Sans doute pour faire taire et renvoyer à leurs responsabilités les maires des villes qui se sont opposés à la mise en place du « wiet pass ». Parmi ces villes, les maires d’Amsterdam, Rotterdam, La Haye et Utrecht avaient publiquement déclaré qu’ils refuseraient au 1er janvier 2013 de faire appliquer le « wiet Pass ». Le maire de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb (PvdA) affirmant même que « le pass-cannabis ne marche pas et ne marchera jamais, parce qu’il cause davantage de troubles à l’ordre public en renforçant le deal de rue ».

Notons que dans les villes où le Wiet Pass est en vigueur depuis le 1er mai 2012, les recettes des coffee shops ont diminué de 60%, parce que les consommateurs locaux préfèrent se fournir dans la rue, plutôt que de s’enregistrer dans la clientèle des coffee shops.
Rappelons que le plus gros syndicat de policiers avait aussi pris position contre le wiet pass, estimant que cette décision politique n’avait pas de sens parce qu’elle ne tenait pas compte de la réalité.

C’est au Ministre de la Justice, Ivo Opstelten (VVD), déjà à la baguette dans le gouvernement précédent à l’origine du « wiet pass », que sera remis le mois prochain, un rapport d’évaluation de cette expérimentation. Ce rapport indiquera peut-être que le wiet pass a eu pour conséquence la diminution de la fréquentation touristique. Il établira certainement que l’introduction du wiet pass a supprimé la séparation existante sur le marché des drogues illicites qui justifiait la tolérance à l’égard des coffee shops. Il soulignera l’augmentation des nuisances à l’ordre public causées par la recrudescence du deal de rue, et l’augmentation des risques de la vente aux mineurs.

Des conclusions dont le ministre de la Justice ne tiendra pas compte puisqu’il l’a déjà confirmé, et que par le passé, il a déjà démontré qu’il avait une approche autoritaire ne tenant pas compte des preuves scientifiques.

Cependant ce rapport sera une bonne base pour appuyer la démarche des maires et de leur conseils municipaux (souvent dominés par le VVD et le PdvA) qui refusaient le « wiet pass ». On pourra alors mesurer le courage des élus locaux face à la volonté de la coalition gouvernementale. Parce que pour le moment, cette décision ne résout pas vraiment le problème, quand 35% des 7,5 millions de touristes qui visitent Amsterdam avouent qu’ils y viennent pour profiter des coffee shops.

Une autre pomme de discorde qui risque de compliquer la tâche, avec cet accord gouvernemental demeure la volonté d’instaurer une limitation à 15% de taux de THC dans la composition de l’herbe, considérant qu’au-delà de ce taux, le cannabis serait aussi dangereux que l’héroïne ou la cocaïne. Encore une de ces décision politique sans fondement, comme le relevait une étude de l’institut Trimbos.

Dans l’emblématique ville de Maastricht, le maire demande des renforts policiers pour faire face au « deal agressif » dans les rues. Cette ville la plus visitée par des touristes français, belges et allemands s’est transformée en quelques mois. Il faut croire que la libre circulation des marchandises et l’abolition des frontières, votées en 1992 avec le Traité de Maastricht, ne signifient plus rien… C’est peut-être ce qui ressortira bientôt des procès en cours.

source : http://www.druglawreform.info/en/weblog/item/4005-cannabis-pass-abolished-not-really

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