Egalité pour la légalité

« Il n’y a pas de sous citoyen, tout le monde doit avoir les mêmes droits » a déclaré Valérie Trierweiler, la compagne* du président François Hollande, à l’issue de la manifestation de soutien au projet de loi instaurant le mariage pour les couples homosexuels.

C’est ce que les usagers de drogues répètent souvent pour dénoncer les conséquences de la loi française en vigueur depuis plus de quarante ans.

Parce que la prohibition engendre des discriminations flagrantes, et que la politique de répression peut sembler à bien des égards raciste.

D’abord Anti jeunes, tout autant qu’anti pauvres, la lutte anti-drogues est aussi anticonstitutionnelle, parce qu’elle porte atteinte à l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, socle de constitutionnalité de la République française.

Nul ne peut ignorer la loi, pas même le législateur pourrait-on ironiser. Parce que tous les pouvoirs politiques successifs ont rafistolés le texte inique de la loi du 31 décembre 1970 qui a conduit à la catastrophe carcérale et sanitaire d’aujourd’hui.

N’est-il pas temps de véritablement définir ce qu’est un stupéfiant ? N’est-il pas temps d’adapter « à la française ou à l’européenne » la classification internationale des stupéfiants ?

Allo, Valérie, Madame la cheffe de la République*, alors c’est quand l’égalité pour la légalité ?

* : vocable proposé pour celle qui refuse « la première Dame de France »

Quand le débat s’ouvre au Congrès US

Sans doute était-ce une pièce à ne pas mettre sous les yeux d’un francophone tendance cannabinanglophile. Sans doute était-il trop difficile pour l’envoyer spécial de l’AFP aux USA ou tout autre journaliste français en charge de suivre les débats, les votes et les décisions au Congrès US de nous faire part de cette tranche de bon sens et d’intelligence ? Cette vidéo est une pièce historique…

C’est d’ailleurs l’un des arguments employés par l’un des représentant saluant l’importance de la discussion soulevée par l’amendement proposé par le congressman Dana Rohrabacher, qui visait à supprimer d’un trait les moyens consacrés par l’Etat fédéral à la répression dans les Etats ayant adoptés des législations garantissant un accès au cannabis médical pour des centaines de milliers de patients. Plus concrètement, il s’agit d’interdire à la DEA d’intervenir dans les 16 Etats où le cannabis thérapeutique est devenu légal par la force des votes favorables lors de référendum d’initiative populaire. Selon l’association Americans for Safe Access, depuis octobre 2009, il y a eu plus de 170 raids policiers de la DEA dans 9 Etats différents. Mais comme le suggèrait un autre congressman avertit, Jerold Nadler, il serait nécessaire de prévoir l’extension d’une telle mesure pour le cas où d’autres Etats, comme le Connecticut s’engageait sur la voie de la régulation… ce que la plupart des intervenants envisagent positivement.

On se prend à rêver sur la possibilité de voir en France au Palais Bourbon un tel débat, et on se demande quel intérêt manifesterait les journalistes français ? Aurait-on le droit à de si belles déclarations de la part de nos parlementaires ?

On aurait aimé que la presse française relate la démonstration orale de Maurice Hinchey, co-rédacteur de l’amendement, répondant à son collègue Wolf qui venait de déclarer « que se passe-t-il dans la tête d’un adolescent qui nous regarderait à la télévision débattre de la sorte pour adopter une disposition qui légaliserait une drogue qui fait des ravages ? Avec cet amendement les cartels mexicains vont se frotter les mains » assénait-il…

Quel étonnement de constater que la plupart des représentants au Congrès lui ont répondu sèchement, le laissant un peu au dépourvu lorsqu’à la fin de la discussion on lui redonnait la parole pour tenter de répondre aux arguments de ses collègues appelant à soutenir et voter en faveur de cet amendement.

Malheureusement, le vote de cet amendement semble avoir été suspendu dans le temps… Toujours est-il et c’est un des arguments défendus par l’un des Congressman, le président Obama a déclaré pour clarifier la situation, qu’il y avait « d’autres chats à fouetter ».
Et comme une bonne nouvelle en chasse une autre, le Harbor Side Health Center vient de remporter une victoire historique face à la DEA.

Tir Groupé sur les « Cannabis Social Clubs Français »

C’est l’histoire d’une brève AFP qui fait boule de neige, et qui fera date pour les quidams qui n’auraient pas compris que le monde a changé, et pas seulement d’année : l’autre monde, l’ancien, le vieux totalement dépassé, ce monde de prohibition féroce avec la morale bien pensante mais peu efficace en bandoulière, ce monde s’est écroulé en 2012… Mais comme l’analyse Joep Oomen de l’ENCOD, il y a bien quelques questions cruciales qui restent en suspens dans ces mondes naissants. Une inquiétude concrètement partagée par Jean Pierre Galland qui nous indiquait sur le site Mauvaise Herbe en primeur de sa publication dans le prochain numéro d’ASUD Journal, « Pourquoi le moment est venu de légaliser le cannabis… Demain, il sera trop tard ».

Cette brève « les-cultivateurs-des-cannabis-social-clubs-vont-reclamer-leur-legalisation » aura eu un effet retentissant dont on retrouve trace ici, dans 20 Minutes, sur BFMTV, ou sur France24, sur la vitrine de Bolloré DirectMatin, dans la PQR comme L’Union-L’ardennais , Le Journal du Centre ou La Montagne, ou le Républicain Lorrain,  dans la presse nationale comme Libération, ou les hebdos comme Le Point relayé par la plateforme Yahoo.fr, L’Express ou le Nouvel Obs.

Loin du vulgaire copié-collé, moins importante aura été la déferlante avec cette analyse plus fine du phénomène qui secoue la planète : L’article de Stanislas Kraland pour le HuffingtonPost ouvrait davantage la perspective en comparant l’émergence de Cannabis Clubs outre-atlantique à celle des Cannabis Social Clubs sur le continent européen. On déplorera seulement que nulle part soit mentionné l’action engagée par l’ENCOD, ni même l’évocation de Pannagh en Espagne ou de Trekt uw Plant en Belgique.

Chacun y va aussi de son analyse sur AgoraVox, ou de sa pétition coup de tête sans effet réel, ou sur un blog personnel pour faire d’intenses confidences en guise de carte de voeux.

Une régalade de plus, que nous recommandons fortement pour sa finesse et sa pertinence, ce billet d’un auteur imaginaire (ou pas) Zakaria Boualem qui signe dans Tel Quel un véritable brûlot pour qui sait lire et lire entre les lignes de flottaison.

Il y a bien une marée montante qui dépasse le stade de la présentation habituelle sous un jour défavorable du cannabis et de ceux qui en prennent la défense, comme le démontre cet article de Sophie Caillat de RUE89 qui mesurait bien le quotient de cette vague… On veut, à différents niveaux, dans les médias, les cercles familiaux, les réseaux associatifs, les milieux économiques, la classe politique, chez Mr Tout-le-Monde, partout maintenant, on veut briser le tabou.

Rien n’est acquis pourtant, il faut raison garder face à la monstruosité de la tâche à accomplir avant que l’on puisse vraiment dire que la régulation du système, basée sur une approche pragmatique et innovante, est en oeuvre. Même si le sens que l’Union européenne veut donner à sa nouvelle stratégie plus d’humanité, en mettant en avant la prévention des risques et la réduction des dommages… Il n’est pas encore venu le temps où des responsables politiques s’engageront sur la voie en clamant ouvertement qu’il vaut « mieux vaut prévenir, que punir ».

Mais c’est le voeu que nous formulons pour cette nouvelle année civile, que partout l’on entende et dise : « mieux vaut prévenir, que punir », « mieux vaut prévenir, que punir », « mieux vaut prévenir, que punir »…