sERONET interrogeait en septembre 2011 Eva Joly sur la lutte contre les hépatites et le VIH/SIDA, et des expériences à l‘étranger qui ont démontré leur efficacité en la matière, comme les programmes d‘échanges de seringues en prisons, les créations de salles de consommation supervisée, etc… La candidate verte aux lunettes rouges déclarait :
« Depuis l‘arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la réduction des risques liés à l‘usage de drogue, une politique publique qui a eu de très bons résultats, a pourtant été marginalisée, ostracisée, au profit d‘une répression des usagers aussi inutile qu‘inhumaine. Cette politique doit être relancée. De nouvelles expérimentations sont nécessaires, basées sur les expertises des acteurs locaux et de terrain, qui connaissent mieux que quiconque la réalité des usages. [...] Dans ce domaine comme dans d‘autres il faut sortir des idées reçues, de la peur, de la stigmatisation et aller vers les solutions efficaces d‘un point de vue humain et sanitaire. Mais il n‘y a pas que la politique de réduction des risques qui doit être remise en marche. Il faut une vraie politique de prévention, structurée et financée. Je ne parle pas de ces grandes campagnes de communication d‘Etat qui font office de prévention et qui ne servent qu‘à entretenir la peur des usagers de drogues… Il faut aussi développer le système de soins, notamment avec les programmes d‘héroïne médicalisée et le cannabis thérapeutique, qui, là encore, ont fait leur preuve dans d‘autres pays ».
Selon vous, doit-on revenir sur la loi de 70, et si oui de quelle façon ? Etes-vous favorable à la légalisation et si oui, de quoi ? La dépénalisation est-elle, selon vous, une décision de santé publique et quelles limites y mettez-vous ?
« J‘ai déjà eu l‘occasion de me prononcer sur ces questions. La prohibition ne marche pas. Pire, elle est contre-productive. Elle n‘a pas stoppé l’augmentation de la consommation et du trafic de produits illicites. Elle a des effets dévastateurs au niveau sanitaire et social. Le consensus des experts internationaux impose une réorientation des politiques. Contrairement à ce qui a été fait jusqu‘à maintenant, le système répressif doit se concentrer sur les trafiquants et abandonner la traque des consommateurs de produits illicites. Nous devons rétablir les usagers dans leur citoyenneté et non plus les traiter sous le régime d‘exception des terroristes. La pénalisation des usagers de drogue est un non-sens qui ne résout rien et les condamne à la marginalité et à la clandestinité, ce qui a des conséquences sanitaires et sociales néfastes. En dehors même de la question, cruciale, de santé publique, il s‘agit aussi de sortir d‘un cercle vicieux répressif qui joue là encore sur les peurs et le rejet. Je parle de la dépénalisation de l‘usage simple et de la détention, et pas de l‘usage de drogues qui met en danger autrui, comme la conduite sous l‘emprise de stupéfiants : cet usage-là doit être sanctionné, comme pour l‘alcool.
En ce qui concerne la légalisation du cannabis, il s‘agit à la fois de mieux gérer l‘usage des drogues en terme socio-sanitaire, et de sortir de la logique des réseaux mafieux qui prospèrent sur la prohibition. La légalisation du cannabis n‘est pas magique, ce n‘est pas LA solution aux problèmes des quartiers et des réseaux mafieux, mais c‘est un préalable indispensable pour sortir de la spirale infernale. Il faut envisager une filière éco-responsable : une régulation de la production et de la distribution par le biais de cercles associatifs d‘usagers ; une économie sociale en circuit court avec le respect d‘un strict cahier des charges sanitaire, sécuritaire et environnemental ».
Notons que c‘est la seule candidature à l‘élection présidentielle qui inscrit dans son programme une proposition politique claire sur le sujet, « Légalisation et encadrement de l’usage du cannabis, afin d’assécher les réseaux de trafiquants » : Les moyens législatifs, réglementaires et financiers des pôles judiciaires et policiers chargés de traquer la délinquance financière, environnementale et le crime organisé seront renforcés. Afin d’assécher les réseaux de trafiquants, l’usage du cannabis sera légalisé et encadré, et son commerce sera réglementé. (www.evajoly2012.fr)
Source : http://www.seronet.info/
Ce pourrait être un scoop mondial, puisque qu‘aucun média n‘en a encore vraiment parlé. Quid de la 55ème session de la Commission des Stupéfiants de l‘ONU à Vienne qui s‘est tenue du 9 au 16 mars ? Rien, nada, nitchevo. Sur Internet, avec « Vienna 2012 drugs », on tombe d‘abord sur un communiqué du Comité des ONG à Vienne, puis sur les compte-rendu d‘ENCOD, ensuite sur le site de l‘INPUD, enfin sur celui de l‘IDPC. En résumé : les ONG de la société civile. Notons qu‘il y avait aussi des représentants d‘autres réseaux comme TNI, LEAP, Youth Rise, SSDP, etc…
La dix-neuvième édition de « l’Appel du 18 joint » tombe un lundi, le lendemain du deuxième tour des législatives.