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Joly courage !

sERONET interrogeait en septembre 2011 Eva Joly sur la lutte contre les hépatites et le VIH/SIDA, et des expériences à l‘étranger qui ont démontré leur efficacité en la matière, comme les programmes d‘échanges de seringues en prisons, les créations de salles de consommation supervisée, etc… La candidate verte aux lunettes rouges déclarait :

« Depuis l‘arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la réduction des risques liés à l‘usage de drogue, une politique publique qui a eu de très bons résultats, a pourtant été marginalisée, ostracisée, au profit d‘une répression des usagers aussi inutile qu‘inhumaine. Cette politique doit être relancée. De nouvelles expérimentations sont nécessaires, basées sur les expertises des acteurs locaux et de terrain, qui connaissent mieux que quiconque la réalité des usages. [...] Dans ce domaine comme dans d‘autres il faut sortir des idées reçues, de la peur, de la stigmatisation et aller vers les solutions efficaces d‘un point de vue humain et sanitaire. Mais il n‘y a pas que la politique de réduction des risques qui doit être remise en marche. Il faut une vraie politique de prévention, structurée et financée. Je ne parle pas de ces grandes campagnes de communication d‘Etat qui font office de prévention et qui ne servent qu‘à entretenir la peur des usagers de drogues… Il faut aussi développer le système de soins, notamment avec les programmes d‘héroïne médicalisée et le cannabis thérapeutique, qui, là encore, ont fait leur preuve dans d‘autres pays ».

 

Selon vous, doit-on revenir sur la loi de 70, et si oui de quelle façon ? Etes-vous favorable à la légalisation et si oui, de quoi ? La dépénalisation est-elle, selon vous, une décision de santé publique et quelles limites y mettez-vous ?

« J‘ai déjà eu l‘occasion de me prononcer sur ces questions. La prohibition ne marche pas. Pire, elle est contre-productive. Elle n‘a pas stoppé l’augmentation de la consommation et du trafic de produits illicites. Elle a des effets dévastateurs au niveau sanitaire et social. Le consensus des experts internationaux impose une réorientation des politiques. Contrairement à ce qui a été fait jusqu‘à maintenant, le système répressif doit se concentrer sur les trafiquants et abandonner la traque des consommateurs de produits illicites. Nous devons rétablir les usagers dans leur citoyenneté et non plus les traiter sous le régime d‘exception des terroristes. La pénalisation des usagers de drogue est un non-sens qui ne résout rien et les condamne à la marginalité et à la clandestinité, ce qui a des conséquences sanitaires et sociales néfastes. En dehors même de la question, cruciale, de santé publique, il s‘agit aussi de sortir d‘un cercle vicieux répressif qui joue là encore sur les peurs et le rejet. Je parle de la dépénalisation de l‘usage simple et de la détention, et pas de l‘usage de drogues qui met en danger autrui, comme la conduite sous l‘emprise de stupéfiants : cet usage-là doit être sanctionné, comme pour l‘alcool.
En ce qui concerne la légalisation du cannabis, il s‘agit à la fois de mieux gérer l‘usage des drogues en terme socio-sanitaire, et de sortir de la logique des réseaux mafieux qui prospèrent sur la prohibition. La légalisation du cannabis n‘est pas magique, ce n‘est pas LA solution aux problèmes des quartiers et des réseaux mafieux, mais c‘est un préalable indispensable pour sortir de la spirale infernale. Il faut envisager une filière éco-responsable : une régulation de la production et de la distribution par le biais de cercles associatifs d‘usagers ; une économie sociale en circuit court avec le respect d‘un strict cahier des charges sanitaire, sécuritaire et environnemental ».

Notons que c‘est la seule candidature à l‘élection présidentielle qui inscrit dans son programme une proposition politique claire sur le sujet, « Légalisation et encadrement de l’usage du cannabis, afin d’assécher les réseaux de trafiquants » : Les moyens législatifs, réglementaires et financiers des pôles judiciaires et policiers chargés de traquer la délinquance financière, environnementale et le crime organisé seront renforcés. Afin d’assécher les réseaux de trafiquants, l’usage du cannabis sera légalisé et encadré, et son commerce sera réglementé. (www.evajoly2012.fr)

Source : http://www.seronet.info/

Dupont-Aignan ressert les vices de la prohibition

Par honnêteté, nous publions cette réponse qui a bien des endroits nous semble erronée, voire manipulatrice. Or ça fait parti du décor, ça existe.

Cher Monsieur,

Je vous remercie de votre courrier et vous remercie de l’attention que vous portez à notre programme. Vous vous prononcez en faveur de la légalisation du cannabis.

Cependant, il est fort probable qu’une telle mesure, même associée à un contrôle sanitaire et social accru, ne retirerait pas la drogue du marché mafieux. Légaliser un produit ne nuit en effet pas forcément au marché noir : cigarettes, vêtements et accessoires de luxes sont en vente libre et la contrebande demeure très active. L‘espoir de voir casser le trafic du cannabis paraît une illusion. Il y a trop d‘argent en jeu. Le trafic se poursuivra sur le cannabis et se portera en plus sur la cocaïne, les amphétamines et autres produits de synthèse.

En outre, les syndicats de la police eux-mêmes se sont prononcés contre la légalisation, signe que les principaux acteurs croient en la possibilité d’éradiquer, ou du moins de diminuer le marché de la drogue.

Par ailleurs, la dangerosité du cannabis est bien trop importante pour le légaliser, comme l’a bien souligné l’Académie Nationale de Médecine. A la différence de l’alcool ou du tabac qui sont dangereux à partir d’un certain seuil, le cannabis est nuisible dès les doses faibles et/ou occasionnelles. Son principe actif, le THC, diminue les performances, crée une confusion mentale, perturbe l’équilibre et la coordination. Un usage même sporadique peut entraîner des lésions cérébrales irréversibles et favorise la survenue de maladies mentales grave comme les psychoses délirantes. Le pourcentage actuel de jeunes victimes de ces conséquences est de l‘ordre de 3 % à 5 %. Le THC est de plus en plus concentré, rendant sa toxicité aussi élevée que celle des drogues dures. En outre, comme cela est bien établi pour toutes les substances à potentiel toxique, une légalisation du cannabis entrainerait une augmentation inévitable de sa consommation, et par effet d’entraînement une augmentation associée de celle de drogues dites « dures ». Une étude comparative menée entre la République Tchèque et la Slovaquie est particulièrement éloquente à ce sujet. Mes propositions sont donc les suivantes :

s’attaquer au marché par le bas pour affaiblir la demande, en punissant les consommateurs de manière raisonnable et éducative, par des heures d’intérêt général par exemple, afin de rappeler au consommateur que le cannabis est interdit et que sa consommation n’est pas anodine ;

mais surtout renforcer considérablement la lutte et les sanctions contre les trafiquants, qui sont les véritables responsables de ce fléau social. Cette lutte passe notamment par le rétablissement d’un strict contrôle aux frontières car en matière mafieuse, la nature a horreur du vide : dès qu’un fournisseur ou dealer disparaît, un autre le remplace. Ce rétablissement des contrôles s’intègre dans le cadre du protectionnisme intelligent placé au cœur de mon programme, et de la dénonciation des accords de Schengen.

Espérant avoir répondu à votre interrogation et vous remerciant de votre intérêt,

Bien cordialement.

Nicolas DUPONT-AIGNAN

Candidat à la présidence de la République

Député de l’Essonne – Maire d’Yerres

Les partis et l‘abrogation de la loi de 1970

Comme on peut le constater, le débat sur la politique des drogues fait partie de ces « sujets à éviter » pour ne pas déplaire à l‘électorat… et comme on le voit seul le NPA a consenti à nous répondre. Finalement, d‘un point de vue antiprohibitionniste, ils paraissent ainsi les plus solides sur la question.

Il y a bien les Verts, mais ils ont l‘art de ne pas savoir mettre en valeur l‘originalité et la pertinence un tantinet iconoclaste de leur programme. C‘est donc normal qu‘ils n‘aient pas jugé utile de nous répondre. Et pourtant, on sait qu‘ils disent des choses évidentes, depuis longtemps et qu‘ils posent les problèmes avec un point de vue différent. En menant notre recherche dans tous les programmes édités pour la présidentielle, Europe Ecologie-Les Verts sont les seuls à l‘écrire noir sur blanc au chapitre santé, entre soigner autrement et combattre les lobbies. Bravo !

Par contre les autres partis sont nettement moins diserts sur le sujet. Ne parlons pas de la droite qui traditionnellement reste hermétique aux évolutions sociétales en se drapant dans des principes dépassés. Les différentes têtes pensantes des micro-partis qui vont du centre à l‘extrême-droite savent pourtant très bien que leur façon d‘aborder le sujet n‘a donné aucun résultat, au contraire, mais constatant une aggravation du phénomène, veulent croire qu‘un entêtement aveugle changera la réalité.

Néanmoins, il faut saluer la bonne volonté de Dupont-Aignan (Cf. page 6). Bien sûr, il ne fait que répéter les grosses bêtises véhiculées par le président de la MILDT. C‘est décourageant, à ce point, pourquoi s‘obstiner à nier une réalité qui n‘a quand même que peu à voir avec le trafic de fausses marques de luxe… Rien à attendre de ce camp, l‘esprit libéral d‘un Madelin est définitivement mort.

Quant à ce qui concerne la gauche, au Front de Gauche (Parti Communiste, Parti de Gauche, FASE, et autres) comme au Parti Socialiste, et Lutte Ouvrière compris, ils restent assez ambivalents, sauf le PRG qui s‘affirme sur ce sujet comme un caillou dans la chaussure du PS. F. Rebsamen en charge d‘une réflexion au PS annonce une possible contraventionalisation sans doute inspirée par la proposition de loi sénatoriale votée en janvier 2012. Jean Luc Mélenchon assimile, lui, le cannabis aux nombreux autres psychotropes dont les français battent les records de consommation, ce qui aussi une manière de dédiaboliser les choses à quelques heures du premier tour de la présidentielle.

Bien que dans les prochains mois au niveau européen, et à la faveur des évolutions de la situation internationale (élections aux USA, position de certains pays en Amérique du Sud), cette question du débat sur « des politiques alternatives » risquent de peser sur le futur gouvernement français.

Si ils arrivaient à nouveau aux affaires, les expériences passées ont montré l‘incapacité du PS à concrétiser leur projet sur ce sujet. On se souvient que Mitterrand avait inclus la dépénalisation du cannabis dans son projet électoral en 1981. Il aura fallu attendre 2011, le rapport Vaillant et le basculement historique du Sénat pour que certaines avancées novatrices soient enfin suggérées. Il faut bien reconnaître, que sur l‘ensemble des candidats en lice pour ces élections 2012, aucun ne veut réfléchir et prendre en compte la vraie mesure des enjeux. Bien évidemment, l‘emploi, la paupérisation galopante, l‘éducation sont des sujets plus « respectables », dont l‘urgence n‘échappe à personne. Tout autant que la santé, ou la sécurité. Mais se rendent-ils compte qu‘en fait tout est quand même logiquement lié ? Tout au moins pour le cannabis. L‘économie souterraine de subsistance, la relégation de certains quartiers à forte dominance de populations en situation d‘exclusion sociale, par difficulté à pouvoir s‘intégrer dans le système actuel, les faillites de la scolarisation, tout cela contribue à renforcer l‘offre, parce qu‘il faut bien vivre, et en conséquence la demande. Ce qui fait perdurer un trafic malgré tout plus ou moins toléré quoi qu‘on en prétende, en dehors des opérations « coup de poings » et de la « chasse au faciès des shiteux » pour faire de « bonnes » statistiques (IRAS).

Pourtant depuis 2002, ce n‘est pas la consommation de cannabis qui devient alarmante mais l‘arrivée massive de l‘héroïne bon marché comme l‘augmentation de la prévalence de la cocaïne, ou d‘autre drogues de synthèse, parfois légales et détournées de leur usage ou dues à l‘ingéniosité inventive d‘apprentis chimistes motivés par les aspects lucratifs.

Bilan catastrophique

Le bilan de la prohibition est catastrophique. Si le flou est entretenu, le discours des partis dits de gauche s‘est néanmoins décrispé au cours des derniers mois, surtout à propos du cannabis. Le véritable problème tient en une question résumée par le sous titre du livre Legalize It ! de Francis Caballero aux éditions L‘Esprit Frappeur (Cf. [RBH]²³- N°5), Pourquoi et comment légaliser le cannabis? Quelle procédure possible pour changer maintenant?

Comme le répètent les partisans du cannabis de la première heure, le débat est toujours biaisé par des considérations générales qui n‘ont rien à voir avec le produit. Ses vertus d‘accompagnement thérapeutique sont parfaitement démontrées. Faut-il persister à se focaliser sur une vision utopique d‘abstinence relevant presque de l‘ascèse parfaite, qu‘il est de la liberté de chacun de ne pas vouloir supporter, comme chacun est libre de ne pas préférer l‘alcool en tant que produit délassant? Que faire face aux nouvelles addictions de tout ordre que révèlent les progrès scientifiques et qui prolifèrent ? D‘ailleurs on pourrait également se poser la question du pourquoi cette recrudescence.

Il serait nettement plus profitable pour tout le monde que ces lamentations n‘aient plus lieu d‘être, et que l‘on puisse enfin se préoccuper réellement d‘une prévention pragmatique, donc efficace, qui comprendrait évidemment tous les volets sociaux relatifs aux drogues.

Une nouvelle politique pour réguler les substances psychotropes, après un petit recadrage général et réaliste ne serait-ce qu‘autour de la dépénalisation de l‘usage personnel. Cela pourrait devenir sans trop de renoncements la base d‘un consensus politique entre Poutou, Mélenchon, Joly, Hollande, Bayrou.

Ce pourrait être un début avant de traiter le reste auquel il faudra bien s‘attaquer un jour.

Par Ananda S. et Farid G.

Le CIRC LYON en campagne

Le 25 mars dernier, le CIRC Lyon et les Jeunes Ecologistes locaux organisaient une remarquable rencontre autour du chanvre dans les locaux de la Maison des passages, rue St-Georges à Lyon.

Il s‘agissait de montrer les innombrables usages de la plante, largement utilisée partout dans le monde depuis la nuit des temps. Tout avait été bien conçu, et réalisé, il faut le souligner. Une table centrale rassemblait une documentation époustouflante, d‘articles bien difficilement consultables habituellement, centrés sur le cannabis, dans lesquels entre autres on retrouvait l‘édition originale archi « collector » du fameux J‘accuse de Michka. D‘ailleurs, bien que datant de 1993, il nous a finalement paru utile de le reproduire, tant son propos reste actuel, hélas, en dépit de quelques chiffres dépassés. D‘autres tables présentaient les titres phares des éditions du Lézard ou de l‘Esprit Frappeur. Il manquait juste la réédition du Jack Herer auquel finalement la manifestation paraissait rendre hommage…

Le Jardin d‘Eden présentait un choix des produits alimentaires et textiles à base de chanvre qu‘il distribue habituellement. Des panneaux muraux informaient du renouveau de l‘emploi du chanvre dans la construction pour ses propriétés énergétiques et environnementales. Il y a eu aussi projection et débats autour de l‘excellent film canadien Grass produit par Ron Mann en 1999, sur la base d‘images d‘archives qui est toujours aussi porteur d‘enseignements sur la façon irresponsable dont la prohibition actuelle du cannabis a été mise en place. (Cf. notes en fin d‘article, pour ceux qui ne connaîtraient pas).

Un léger esprit ludique flottait également, grâce au quiz préparé par les Jeunes Ecologistes et un concours de perspicacité conçu par les représentants du CIRC, par lesquels on pouvait gagner des lots de documentation et de produits au chanvre.

Mais en ce printemps estival, les berges de Saône étaient remplies de monde, les pelouses du parc de la Tête d‘Or aussi, et malheureusement seule une centaine de personnes s’invitèrent dans la manifestation. Mais celles là parurent plutôt très intéressées, surtout les plus djeuns qui découvraient …

Alors, ce type de rencontres, qui demande juste (c‘est déjà pas mal, c‘est vrai !) l‘énergie de la préparation, devrait pouvoir se répéter un peu partout sans trop de difficultés après tout. Un grand merci pour cet exemple donné…

 

A signaler également dans les actions du CIRC Lyon

Profitant des élections présidentielles, un colis de produits à base de cannabis fut adressé à chaque candidat, accompagné d‘une lettre-questionnaire, dont entre autres ces quelques questions : Etes-vous, oui ou non, d‘accord pour l‘extension de la production et de l‘utilisation du Chanvre industriel ? Pour ou contre, donner la possibilité à une personne malade d‘utiliser de façon « règlementaire » du Cannabis à des fins thérapeutiques ? Souhaitez-vous la légalisation du Cannabis et de l‘autoproduction à des fins récréatives ?

Le CIRC Lyon comptait sur le relai des médias pour évoquer la place du chanvre dans notre société, [RBH]²³ – La Gazette du Chanvre s‘enorgueillit de relayer cette initiative passée sous silence.

CIRC LYON

BP 93043

69605 Villeurbanne cedex

06.11.53.10.07

circ-lyon@no-log.org

www.circ-lyon.fr

Ressources :

www.dailymotion.com/video/xusue_grass-doc-sur-le-cannabis-aux-us-pa_news#from=embed part 1

www.dailymotion.com/video/xupcn_grass-doc-sur-le-cannabis-aux-us-pa_news part 2

www.circ-lyon.fr

La presse et le cannabis médical 3ème partie

Suite de notre étude comparative sur le thème du cannabis thérapeutique dans quatre titres de la presse quotidienne nationale – Libération (L), Le Monde (LM), Le Figaro (F) et l’Humanité (H), sur la période du 1/1/1997 au 1/1/20121.

Dans la chronique précédente, l’examen du genre journalistique du commentaire (éditorial, tribune, critique) a montré à nouveau la diversité d’opinion et d’engagement des journaux vis-à-vis du cannabis thérapeutique : opposition cautionnée scientifiquement du Figaro (tribunes), adhésion mesurée du Monde (éditorial), ferveur quasi militante des titres de gauche, Libération et l’Humanité (critiques)…

Enquête, reportage

Examinons des genres informatifs plus élaborés, comme l’enquête et le reportage, censés approfondir le sujet par une recherche accrue d’informations. Seuls Libération (une enquête, quatre reportages) et Le Monde (trois enquêtes) y recourent pour relater essentiellement les enjeux de la légalisation du cannabis médical en Californie (cinq enquêtes ou reportages), contre un seul reportage pour les Pays-Bas. «En Californie, le petit joint sur ordonnance» (L, 19/2/97)(a), «“Pétards” sur ordonnance» (LM, 7/1/97)(b), «Cannabis sur ordonnance» (L, 21/2/04)(c)… L’idée d’une prescription banalisée, suggérée par ces titres similaires, est dissipée par l’évocation des multiples contradictions que cette autorisation révèle : «pour les médecins, la question centrale n‘est pas tant aujourd‘hui d‘ordre médical que de nature policière : quels risques sont-ils prêts à prendre pour recommander à leurs patients d‘utiliser une substance qui demeure une drogue illégale ?» (a) ; pour la recherche : «la question des propriétés médicales du cannabis, qui a fait l‘objet de peu de recherches scientifiques solides, est au cœur du débat. Précisément parce que les responsables fédéraux s‘y sont opposés, dénoncent certains médecins et chercheurs américains» (b) ; «le non-remboursement du cannabis thérapeutique» est justifié «par l‘absence de preuves scientifiques assez étayées de son efficacité. Or c‘est le produit des ventes légales qui finance la recherche.» (c). Cinq ans après, même constat d’une «situation inextricable» par Le Monde, qui rejoint l’avis d’un procureur californien en faveur d’une légalisation «complète» qui éviterait aussi «l‘immense gaspillage provoqué par cette guerre sans fin de l‘Etat contre le cannabis» (LM, «Cannabis en stock», 24/5/09). Lucide, J.P. Géné souligne que «les programmes de cannabis thérapeutique arrachés de haute lutte ici ou là pour le traitement des malades atteints du sida ne doivent pas cacher la réalité. Ce ne sont que quelques lueurs de raison dans un monde où il est toujours interdit de consommer, de produire et de distribuer herbe ou haschich.» (LM, 2/9/11). Les années passent, les problèmes demeurent.

Interview

Quels experts ou référents évoquent le thème du cannabis médical lors de leurs entretiens, et à quelles occasions? Le Dr Hovnanian, président du CNID, s’insurge contre les positions nuancées du rapport de l’Académie des sciences sur le cannabis, qu‘il soupçonne de légitimer la dépénalisation: «Il y a d‘énormes intérêts financiers en jeu. Soros n‘a-t-il pas financé pour cinq millions de dollars la campagne de dépénalisation du cannabis aux Etats-Unis en évoquant des vertus médicales. Mais ces vertus médicales ne sont autres que l‘effet que produit la morphine pour adoucir des fins de vie.» (H, 2/4/97). À l’inverse, Valère Rogissart (association Aides) se réjouit que B. Kouchner soit favorable à «l‘usage thérapeutique du cannabis (…) [qui] permettrait de le sortir de la vision d‘un usage qui serait simplement récréatif. (…) Si c’est un produit qui peut soulager, il faut y aller.» Avisant que «la loi de 1970 est quand même un bastion compliqué à conquérir», il espère, prudemment : «peut-être a-t-on plus de chance par ce biais-là que par le biais dépénalisation-légalisation qui n‘avance pas en France.» (L, 2/12/97). Espoir vain… qui suscite, treize ans plus tard, les regrets du sociologue M. Kokoreff : «aux Etats-Unis, un important débat s‘est organisé autour de la légalisation de la marijuana, début 2009, quand l‘Etat de Californie – où le cannabis thérapeutique est autorisé depuis 1996 – était au bord de la faillite. En France, ce débat est inimaginable» (LM, 4/6/10).

Portrait

Le portrait donne un supplément d’âme à une information, illustrant un sujet de société à partir d’expériences personnelles. Simple allusion dans le portrait de l‘écrivain américain Armistead Maupin, historien du sida (et malade), avouant que «la marijuana soulage la douleur des malades en phase terminale – j‘en fume moi-même, pour mon plaisir (rires)» (H, 22/01/01), le cannabis médical est en revanche le thème central de deux portraits de malades dans Libération. Premier cas, Christian Sanchez (abrév. CS), 50 ans, séropositif, condamné pour avoir cultivé du cannabis, qu‘il consomme pour atténuer les effets de la trithérapie. Le journaliste M. Henry concède : «un petit joint, ça aide, même si aucune étude scientifique ne démontre un éventuel intérêt thérapeutique», et précise : «[CS] redoute toutefois qu‘on confonde son combat avec celui pour la dépénalisation du cannabis (…)». «Aucun médecin ne nous soutient. Ce sont des couards. Kouchner avait bien un peu ouvert la voie. Mais depuis, rien. (…) Les médecins doivent s‘engager, expliquer à la justice !» s’indigne CS, réclamant une «une injonction thérapeutique»… pour consommer «sous contrôle» (L, 23/10/02). Second cas, assez similaire : Nicolas, 31 ans, atteint de sclérose en plaques, cannabiculteur, dénoncé, arrêté, puis condamné. Mais il est dispensé de peine, par «application humaine de la loi». Décision qu‘il juge «miraculeuse». M. Henry insiste sur la spécificité du jugement, qui «n’est pas une reconnaissance du cannabis thérapeutique» et «ne peut faire jurisprudence». Comme CS, Nicolas refuse d’être le «porte-étendard» de «la dépénalisation généralisée», et espère un «assouplissement de la loi» pour les malades : «l’idéal, ce serait un club de cultivateurs, où les malades chercheraient leur produit à un prix sport». (L, 13/10/11).

Au détour du portrait du fameux avocat F. Caballero, Libération du 11/1/97 rappelait que : «pour un consommateur de haschisch malade du sida, [il] plaide “l’usage thérapeutique”. Il perd sur le fond, mais son client est dispensé de peine.». Déjà une décision «miraculeuse» ?

Récapitulons : les enquêtes en Californie donnent à Libération et au Monde l‘occasion d‘explorer les paradoxes du cannabis médical. Les quelques interviews légitiment le positionnement des journaux. Via les portraits, Libération s‘engage (avec mesure) et se singularise. Mais, on le voit, le débat n‘évolue guère en France.

À suivre.

1 Afin que l’étude, s’arrêtant initialement au 19/11/11, couvre quinze années pleines. Aucun article relatif à notre thème n’est paru dans l’intervalle.

 Par Raph

exPRESSo – La presse en parle

Cannaclaques et Cannabises

« Legalize It ! » sur RMC

Eric Brunet, animateur d‘un show d‘actu sur RMC recevait Francis Caballero, auteur de Legalize It ! aux Editions l‘Esprit Frappeur le 10 avril 2012, une émission qu‘on peut écouter en podcast, on y entend beaucoup de monstruosités, ambiance bar du commerce où le président du MLC est confronté aux auditeurs, tous en majorité réactionnaires et bien pensants, tandis que le « brunetmètre » donnera en fin d‘émission 67% des sondés en faveur de la légalisation du cannabis. Mais sur un autre sondage en conclusion de l‘éditorial le 16 juin 2011, à la question «souhaitez-vous une légalisation du cannabis?» 81% des 5247 internautes répondent OUI, et sur un sondage plus récent datant du 26 mars 2012, 70% des 2190 réponses sont «favorables à la dépénalisation du cannabis». CQFD, la tendance est sans ambiguïté.

www.podcast.rmc.fr/channel215/20120410_carrement_brunet_0.mp3

Télérama : Campagne présidentielle, la dépénalisation du cannabis

Dans son numéro 3245 du 21 mars 2012 pages 32-34, un article analyse la situation politique en France. La journaliste Juliette Bénabent pose de manière méticuleuse les arguments répondant à la question «dépénaliser ou pas le cannabis?». De manière assez inattendue pour ce magazine de télévision réservé aux intellos, deux pages bien écrites méritent un coup d‘oeil. Pour tenter de mobiliser la masse des usagers en France qui se laisse manipuler par les politiques sécuritaires, on retirera cette citation : «Qu’est-ce qui meut une femme ou un homme politique ? L’amour de son prochain et l’intérêt général, bien sûr, mais aussi l’espoir d’un gain électoral. Pour initier et défendre un changement d’importance, il lui faut ce que le sociologue Henri Bergeron nomme une «incitation forte à l’action». Ce peut être une pression internationale, l’action de lobbys ou de l’opinion publique. Rien de tout cela n’existe en l’occurrence. La France n’abrite aucun mouvement social d’envergure concernant la drogue, comme celui pour les droits de la femme ou contre la peine de mort».

Le débat piétine. Alors, autant rêver. Daniel Vaillant plane peut-être quand il imagine une filière de «mille cinq cents cannabiculteurs officiels, encadrés par l‘Etat, qui produiraient «bio», des joints vendus dans des commerces agréés, à taux contrôlé de 8 % de THC (tétrahydrocannabinol, la molécule psychotrope qu’il contient).» Mais il n’est pas le seul.

www.cannabissansfrontieres.org/campagne-presidentielle-la,633.html

La Politique est un sport de combat

Pendant toute la campagne, Michel Henry journaliste à Libération se mue en entraîneur pour coacher les candidats à la présidentielle. Dans sa chronique, il compare la candidate EE-LV, Eva Joly en «coureuse solitaire de la légalisation» avec cette conclusion «Les candidats ignorent ce sujet auquel ils ne connaissent pas forcément grand chose. La campagne pourrait servir à améliorer leurs connaissances, et les nôtres. Dans un livre pragmatique qui vient de sortir, un avocat, Francis Caballero, explique comment légaliser le cannabis («Legalize it !», L‘esprit frappeur, 10 euros). Les candidats peuvent s‘y reporter, pour nourrir un débat. Mais qui en veut ? Pas grand monde. Sauf Eva Joly, qui continue de courir, solitaire, derrière le peloton.». Une fois de plus, constatons que les propositions des écologistes ne manquent ni de courage, ni de pertinence mais seulement d‘un soutien populaire à la hauteur des enjeux. Alors les gens en âge de voter sont-ils lâches ou préfèrent-ils se laisser manipuler et berner par des démagogues ? Pour la légalisation du cannabis, nul doute que la réponse est dans la question

www.liberation.fr/politiques/01012399498-eva-joly-en-coureuse-solitaire-sur-la-legalisation-du-cannabis

France Inter : Faut-il passer le oinj ?

Non, ce n‘est pas une émission du Mouv‘, mais bien la station phare de la maison mère qui parle verlan ce matin du 18 avril… avec comme invité un ancien flic à la retraite (co-auteur du livre Pour en finir avec les dealers) et un médecin «addictologue» bien connu de la planète antiprohibitionniste, le Dr william Lowenstein (dont il se murmure qu‘il remplacerait Etienne Apaire à la MILDT) et du psychologue Serge Hefez, chroniqueur du mercredi de cette émission de Guillaume Erner «Service public».

Pour une fois qu‘une émission traite le sujet de manière à peu près sérieuse, avec des invités maitrisant leur sujet et surtout en dévoilant une réalité «la politique actuelle en matière de lutte contre la drogue fait plus de mal que de bien» et que «la prohibition est un échec, un monde sans drogue une utopie…Soyons créatifs comme le réclame Obama et trouvons une troisième voie entre la prohibition et la légalisation». Enfin, à l‘écoute de cette émission, on se rend compte du chemin à parcourir pour rétablir certaines vérités comme «il n‘existe pas de drogues dures, mais des pratiques douces ou dures de la consommation de drogues, quel que soit le statut légal de la substance en cause».

Une question à laquelle on aurait aimé pouvoir répondre librement : «Oui, mais pas à n‘importe qui et si possible un oinj de beuh pure parce qu‘avec le tabac c‘est moins bon pour la santé». Dans tous les cas, faire tourner l‘info, la bonne information n‘a jamais nuit à la santé au contraire…

www.franceinter.fr/player/reecouter?play=339669

La fumette saine selon Charlie Hebdo

Révélant que les nanoparticules nuiraient à la qualité du sperme – un mal aussi attribué au cannabis par les partisans de sa prohibition-, Charlie Hebdo lance un pavé dans la mare : « La marijuana, en revanche, la majorité des gens dits responsables est prompte à en dénoncer les dangers !  Sans jamais tenir compte des recherches montrant ses vertus thérapeutiques – pour le traitement de la douleur, par exemple. Mais il est vrai que cette drogue a aussi des effets négatifs, notamment sur la mémoire. L‘idéal ne serait-il pas d‘avoir les avantages sans les inconvénients ?… Cela pourrait devenir possible grâce aux travaux de Xia Zhang (Royal Hospital, Ottawa) et de Giovanni Marsicano (INSERM, université Bordeaux-II).

Ils ont montré que la marijuana affaiblissait la mémoire en agissant, non pas sur les neurones, comme on le croyait jusqu‘ici, mais sur d‘autres cellules du cerveau, appelées astrocytes. À partir de là, l‘idée serait de séparer les effets de la drogue : la faire agir sur les neurones sans toucher aux astrocytes, ce qui permettrait d‘en exploiter les bienfaits sans altérer la mémoire.
D‘une certaine façon, la marijuana, c‘est l‘inverse des nanoparticules. Les secondes envahissent notre quotidien alors que les scientifiques en démontrent les dangers… Et la première continue d‘être diabolisée malgré la démonstration de ses vertus thérapeutiques ».

Source : Charlie Hebdo 11/4/12 n°1034

Politique de l’autruche

Ce pourrait être un scoop mondial, puisque qu‘aucun média n‘en a encore vraiment parlé. Quid de la 55ème session de la Commission des Stupéfiants de l‘ONU à Vienne qui s‘est tenue du 9 au 16 mars ? Rien, nada, nitchevo. Sur Internet, avec « Vienna 2012 drugs », on tombe d‘abord sur un communiqué du Comité des ONG à Vienne, puis sur les compte-rendu d‘ENCOD, ensuite sur le site de l‘INPUD, enfin sur celui de l‘IDPC. En résumé : les ONG de la société civile. Notons qu‘il y avait aussi des représentants d‘autres réseaux comme TNI, LEAP, Youth Rise, SSDP, etc…

Les rares lignes dont on a pu prendre connaissance dans la presse autrichienne locale à défaut de voir les autres médias internationaux s‘y intéresser, tournaient autour du passage remarqué une fois de plus du président de l‘état plurinational de Bolivie, Evo Moralès. Fermement, il a su présenter à la Tribune de la plénière d‘ouverture de la CND, les produits dérivés par lesquels les Boliviens veulent faire progresser en dépit de l‘imbroglio avec les Nations Unies, leur revendication d‘une utilisation traditionnelle de cette feuille de coca, qui n‘est pas la cocaïne (1). Sinon, la présence diplomatique massive, visible et bien orchestrée de délégations d‘Afghanistan, de Turquie, de Colombie, du Pakistan, et de la Thaïlande n‘aura pas suffi à contenir les aspirations au changement. Même si dans les textes officiels rien ne transparaît, il demeure qu‘en 2012 le souffle de la réforme s‘est largement fait ressentir. Essentiellement porté par la présence de nombreux représentants d‘ONG, certaines questions mais aussi des affirmations qui dérangent ont pu être formulées directement. Comme par exemple, au moment de la conférence de presse du Yuri Fedotov, le chef de l‘UNODC qui s‘est interrompu au bout de 33 minutes parce qu‘il souhaitait répondre aux questions de « vrais journalistes, pas d‘activistes ». Il faut dire que la dernière question était perfide : « pensez-vous que les Etats des USA qui ont adopté des lois favorables au cannabis thérapeutique soient en contradiction avec les conventions internationales ? ». Sèchement, il a répondu « OUI, c‘est le cas » en se levant immédiatement. Juste auparavant il avait été gravement échaudé, par les questions relatives à la politique en Russie à l‘égard des usagers de drogues injectables, et des programmes de substitution et de réduction des risques quasi inexistants… C‘était d‘une certaine manière l‘obliger à balayer devant sa porte. Il l‘aura refermée.

Personne ne saura vraiment si le nouveau président Poutine entendra un jour ces fortes critiques. Toujours est-il que la stratégie onusienne de maintien de la prohibition passe désormais de la main des Etats-Unis à celles des Russes, qui reprennent le flambeau avec une ferme intention hygiéno-totalitaire, et un maitre mot : abstinence.

Et cela, les délégués russes l‘ont fait clairement sentir, le vendredi après midi, lors de la discussion sur la dernière résolution, puisque toutes avaient été adoptées la veille à un train d‘enfer. C‘est sur la présence et la participation de certaines ONG, que les délégués russes par une démonstration hallucinante osèrent utiliser la transparence quant à la sélection des ONG, arguant que la participation de certaines d‘entre-elles était non-démocratique… Un avertissement clair pour l‘année prochaine, où il y aura manifestement une volonté de contrôler et sans doute limiter la participation de délégués de certaines associations.

D‘un point de vue général, si on observe bien l‘actualité, la proposition des états de l‘isthme amérindien (Mexique, Colombie, Honduras, Guatemala) d‘ouvrir un débat sur une possible alternative à celle en usage et en échec total depuis des décennies, sur fond de rapport de la Commission Mondiale sur la Politique des Drogues, a ouvert la brèche : la légalisation sera bientôt officiellement et assez logiquement mise à l‘agenda des grandes réunions internationales, comme le sommet des Amériques du 14-15 avril.

Tout comme la crise économique en Europe favorise une tendance aux politiques de dépénalisation faisant appel au pragmatisme, à l‘exemple du Portugal. La Pologne, et la Grèce, deux pays qui avaient des législations similaires à celle en vigueur en France, ont décidé de stopper cette stratégie contreproductive au cours du dernier semestre 2011.

Enfin, la prochaine stratégie de l‘Union européenne sera adoptée sous présidence chypriote, il y a tout lieu de penser qu‘elle sera le reflet de ces discussions avec la société civile, et des recommandations du Parlement européen. C‘était en tout cas, l‘analyse optimiste du responsable du TNI, Martin Jelsma répondant à la question d‘un universitaire de l‘UNODC qui souhaitait savoir s‘il n‘y avait pas trop d‘espoirs face à un appareil peu enclin à lâcher prise…

C‘est peut-être une des avancées qui ressortira des discussions officielles de cette CND 2012, quand le vent de la réforme aura définitivement changé le sens des priorités entre d‘un côté la prévention et le soin et de l‘autre côté la pénalisation et la répression. C‘était d‘ailleurs la thématique d‘une résolution remettant en cause les politiques uniquement répressives, appliquant notamment les exécutions capitales. Deux documents en plus sont quand même sortis : le premier est cette déclaration commune de plusieurs agences de l‘ONU pour demander que les camps de réhabilitation par le travail soient fermés parce qu‘ils sont contraires aux Droits de l‘Homme. Le second, c‘est « un guide pour l‘estimation des besoins de substances placées sous contrôle international » par l‘INCB (en français OICS) (2). Plus concrètement encore, dans les couloirs, comme dans certaines réunions programmées en marge du sommet officiel, le « cannabis médical », la « régulation légale », « l‘accès aux médicaments antidouleurs », la « réduction des risques », « l‘ouverture d‘un débat », « la prise en compte de la parole des usagers » paroles portées par la société civile paraissent avoir été au cœur des échanges. Avec une forte aspiration à sortir des postures incantatoires pour prendre en compte la réalité du terrain.

Ressources :

(1) : Le magnifique reportage vidéo en anglais :

DrogRiporter, HCLU

(2) : IDPC Publications 2012: Guide on estimating requirements for substances under international control

Sources :

CCSA – VNGOC PR 2012 March 13

ENCOD: Impressions from Vienna

INPUD: INPUD is at the CND in Vienna, so what is going on

IDPC: Reports from the 55th session of the CND

Par Farid Ghehiouèche

Test salivaire « antistup », non merci !

Il faut refuser l‘arbitraire du contrôle salivaire sur les bords des routes. « Dîtes non au test salivaire » en toutes circonstances, et déclarez simplement « Je ne suis pas sous l‘emprise de stupéfiants, c‘est interdit. Je ne suis pas positif au THC, peut-être au THC-COOH ».*

une première en France. Un automobiliste du Maine-et-Loire, âgé de 36 ans, a été relaxé, alors qu’il restait dans son sang des traces de cannabis après une consommation plusieurs jours avant les faits – le 14 octobre 2011, contrôlé positif aux stupéfiants après un dépistage salivaire-. Plaidant la relaxe avec à l‘appui une décision du Conseil Constitutionnel, ses avocats, Me Pascal Rouiller et Me Vincent Jamoteau devant le tribunal correctionnel d’Angers ont fait valoir qu‘«il n’existe, en matière de stupéfiants, aucun seuil sérieux, aucun taux défini par la loi, pour établir une quelconque influence sur le comportement d’un automobiliste (…) Nous ne contestons pas les dispositions concernant l’usage de stupéfiants mais celles relatives au code de la route souhaitant réprimer la conduite sous influence de stupéfiants.». Se référant à l’emprise d’un état alcoolique où un seuil minimum est déterminé pour envisager la répression, une juge d’Angers a donc relaxer leur client. Or une décision du conseil constitutionnel affirme : «Il appartient au pouvoir réglementaire, sous le contrôle du juge compétent, de fixer en état des connaissances scientifiques, médicales et techniques, les seuils minima de détection témoignant de l’usage de stupéfiants.»

Les deux avocats ont alors fourni, au tribunal d’Angers, les avis de professeurs de l’Inserm et de plusieurs médecins chercheurs qui disent clairement : «En matière de prise de cannabis, il faut prendre en compte deux éléments : la présence d’un principe actif appelé le THC et un principe passif le THC-COOH.»

Le THC dans le sang à un certain degré atteste d’une consommation récente de cannabis pouvant, selon les experts, perturber les facultés du conducteur. Le THC-COOH dans le sang ou les urines révèle une consommation pouvant remonter à plusieurs jours, voire plusieurs semaines, sans lien avec d’éventuels effets sur le comportement de conduire.

Pour l’automobiliste du Maine-et-Loire, ses analyses n’ont révélé aucune présence de THC, seulement du THC-COOH à hauteur de 3,7 nanogrammes. Dans son délibéré, la juge d’Angers note d’abord : «Il est indéniable, qu’en matière d’alcool au volant, un seuil a été évalué selon l’esprit de la loi.» En ce qui concerne, la conduite sous influence de stupéfiants définie par aucun seuil, elle estime : «La seule présence de THC-COOH, au regard des connaissances médicales et scientifiques actuelles ne permet pas, en l’absence de THC qui correspond au principe actif du cannabis, d’affirmer que le comportement du conducteur se trouve modifié et qu’il y ait un quelconque effet sur la conduite d’un véhicule.» L’automobiliste est relaxé. Le parquet d’Angers a fait immédiatement appel.

Pour rappel (Cf [RBH]²³ – N°4), une étude américaine concernant les états autorisant l‘usage thérapeutique du cannabis, la consommation d‘alcool et les accidents de la route conduite par les Dr D. Mark Anderson (Université du Montana) et Daniel Rees (Université du Colorado) confirme que «conduire en ayant consommé du cannabis rend plus prudent et attentif, et réduit le nombre d’accidents -réduction de 9% des accidents routiers constatés dans les états disposant de lois autorisant l’accès au cannabis thérapeutique). Consommer du cannabis réduit la consommation d’alcool surtout chez les 20-29 ans. L’étude montre que l’effet de l’herbe sur les conducteurs est l’inverse de celui produit par l’alcool… les conducteurs sous l’influence du cannabis roulent moins vite, prennent de meilleures décisions et respectent les distances de sécurité…»

Vampire racket

La MILDT nous informe qu‘en vertu de l‘article 86 de la loi LOPPSI II prévoyant de mettre à la charge de la personne condamnée des frais de dépistage de stupéfiants, un arrêté du 29 février 2012 modifie donc l‘article 1018A du code général des impôts qui régit les frais de procédure. Cette augmentation du droit fixe de procédure est applicable depuis le 9 mars 2012.

Cette somme, fixée à 210 euros, vient augmenter le montant des droits fixes de procédure dû par chaque personne condamnée. Elle correspond au montant maximal des indemnités allouées aux laboratoires effectuant les analyses toxicologiques permettant d‘établir la présence de stupéfiants dans le sang.

Les automobilistes peuvent être soumis à des contrôles routiers au cours desquels le dépistage de la prise de stupéfiants peut être effectué. En cas de test salivaire positif, une prise de sang est effectuée afin de procéder à des analyses toxicologiques complètes car seules ces analyses permettent d‘établir la présence de stupéfiants dans le sang de manière (Ndlr : quasi) irréfutable devant un tribunal. Ce dépistage devient obligatoire en cas d‘accident mortel ou en cas d‘accident corporel si le conducteur est soupçonné d‘avoir fait usage de stupéfiants. Ces analyses ayant un coût non négligeable pour la collectivité viennent donc d‘être mises à la charge du délinquant routier.

Il faut dénoncer l‘Etat vampire qui pompe notre argent et notre sang ! Il faudrait s‘en tenir à cette déclaration « Juré, craché Monsier l‘agent, je n‘ai jamais consommé parce que c‘est interdit et je refuse de pratiquer un test salivaire défectueux ou non fiable ».

Source :

www.drogues.gouv.fr

Si vous ne l‘avez pas encore fait, signez dès maintenant la pétition Répression routière : trop c‘est trop !

www.liguedesconducteurs.org/petition-aux-candidats.html

* Démonstration avec un article d‘Yves Launay dans le journal quotidien le plus lu en France, Ouest France, commenté par Cannabissansfrontieres.org.

Sources :

Cannabis Sans Frontieres

http://www.iza.org/en/webcontent/publications/papers/viewAbstract?dp_id=6112

Ressources utiles :

http://insecurite.blog.lemonde.fr/2011/07/17/a-quand-un-vrai-debat-sur-la-reglementation-des-drogues/

http://ffsu.org/fileadmin/ffsu/pdf/Secutopics/Conduites_a_risques/Politique_francaise_des_droguesFINAL.pdf

J’ai Rendez-Vous le 18 juin

La dix-neuvième édition de « l’Appel du 18 joint » tombe un lundi, le lendemain du deuxième tour des législatives.

Imaginons que le nouveau président soit de gauche tout comme les députés qui composeront l’Assemblée nationale le 17 juin au soir. Et si ce n’était pas le cas, si contre toute attente, Sarkozy et sa clique gardaient le pouvoir, et bien nous ne changerions rien à notre discours et dénoncerions la politique de tolérance zéro que le gouvernement a tissé au fil des années. D’un rapport partial (Drogue : l’autre cancer) à une campagne de prévention grotesque, d’une circulaire digne d’un État totalitaire (la circulaire Perben exigeant des procureurs «une politique pénale volontariste» contre «la provocation à l‘usage des stupéfiants») au dernier plan de la Mildt qui privilégie la répression au détriment de l’éducation, nous ne pouvions imaginer pire politique que celle d’Étienne Apaire…lequel (ouf !) quitte sa fonction de président de la Mildt pour devenir Inspecteur général adjoint des services judiciaires.

Imaginons que la droite à la tête de l’État depuis 1995 élise un président socialiste en 2012. Vous l’avez remarqué comme moi, sur le sujet sensible des drogues, aucun des candidats de gauche (à l’exception d’Éva Joly) s’est exprimé malgré les provocations de la droite. En témoigne Claude Guéant interpellant le candidat socialiste de la tribune de l’Assemblée nationale : «Les Français ont le droit de savoir et nous devons poser la question à François Hollande de savoir ce qu’il pense de cette question.»Grossière provocation de l’homme de main du président qui voudrait que le candidat socialiste condamne la politique répressive de la Mildt et se prononce (ça ne mange pas de pain) en faveur d’un grand débat et bla bla bla… Ce qui suffirait à Claude Guéant pour entamer le couplet bien connu du laxisme de la gauche envers le cannabis, ce fléau de la jeunesse.

Nous avons appris du passé qu’il faut harceler les responsables politiques et leur démontrer les dégâts de la prohibition pour qu’ils évoluent. En cas de victoire de la gauche, les activistes s’y emploieront, mais ils n’accompliront rien sans vous qui, après avoir défilé par milliers le 12 mai, nous retrouverez à La Villette le 18 juin (et partout en France) pour dire que le moment est venu d’abroger la loi de 1970 et d’inventer une  alternative à la prohibition du cannabis.

Jean Pierre Galland, est Président du Circ-Paris

Par Jean Pierre Galland
Image: Hanf Journal

Si ça fuit, faut faire un joint !

«Est-ce qu‘il y a un joint qui tourne ? « demande Richard Branson à Barack Obama, dans la Maison Blanche, mais on ne sait pas si c‘était pour lui dire « monte sur la corde à la linge » ou « lâche la boulette paie ton spliff »…

A Carthagène, au sommet des Amériques, le même Barack Obama dit « qu‘il n‘est pas opposé à un débat, mais que lui et son administration restent opposés à la légalisation » et une semaine plus tard le tsar antidrogue US, Gil Kerlikowske détaille un programme de 113 mesures axé prioritaitement sur la prise en charge sanitaire, la prévention, des mesures « pour tourner le dos aux politiques du passé qui conduisent aux incarcérations de masse, en ignorant qu‘il est nécessaire d‘avoir une approche équilibrée ». Remarquons qu‘en moins d‘un an, une dizaine de pays sud-américains ont adopté des mesures pragmatiques en rupture avec la sacro-sainte « guerre à la drogue » si chère aux Gringos !

Ailleurs aussi, ça craque ! En Australie, ils avancent à grand pas. En Tunisie, on manifeste pour la dépénalisation de la consommation de cannabis. Au Maroc, on y pense de plus en plus et la presse s‘en fait l‘écho, parce que « l‘or vert » aurait plus d‘avenir que l‘or noir. En Indonésie, des usagers de drogues manifestent pour dénoncer les violences policières à leur encontre. Même en Malaisie, la réduction des risques fait son chemin. En Iran où l‘on distribue des seringues propres aux usagers incarcérés pour lutter contre les maladies infectieuses, comme le SIDA, mais en France ce n‘est pas possible !

En Europe, en Allemagne, les partisans de la légalisation programment une tournée de « 100 jours pour la légalisation » ; en Espagne, le maire d‘une ville fait voter par référendum le lancement de la culture de cannabis pour renflouer ses caisses ; la ville de Copenhague veut légaliser et les coffeshops de la province de Maastricht résistent… contrairement à ce qu‘on veut nous faire croire ici dans l‘Hexagone. Et l‘évidence s‘impose, le génie commence à sortir de la bouteille. La légalisation, une autre forme de régulation du phénomène « drogues » est à l‘ordre du jour partout dans les têtes. Y compris au niveau de l‘Union européenne, où les organisations de la société civile sont maintenant partie prenante des discussions conduites sous la présidence danoise et qui se termineront à Chypre vers la fin de l‘année.

Mais en France, 21 millions de spectateurs regardent benoîtement un drame national (mondial), et on continue de faire comme si cela n‘existait pas : les personnes atteintes de maladies gravement handicapantes ne peuvent toujours pas se soulager facilement avec du cannabis. Avez-vous entendu ou vu lors des Sidaction ou Téléthon, une seconde de témoignage à propos de l‘usage thérapeutique du cannabis ?

Ici, on condamne Jean Paul Laurent et des milliers d‘anonymes avec un simple test salivaire non fiable à 100%, bientôt l‘ethylotest vierge obligatoire dans le véhicule (donc toujours en avoir au minimum deux pour se « rassurer »), etc… Et on peut multiplier les exemples pour renflouer les caisses de l‘Etat policier en même temps que celles des laboratoires. Même si ça coûte encore plus cher à la société.

Des milliers d‘individus, usagers de drogues, internautes, travailleurs immigrés, demandeurs d‘asile, des « nounous », des « biffins », etc… sont condamnés à devenir des délinquants et à désobéir aux multiples lois liberticides… C‘est pour réagir face à cette urgence globale pour la défense de nos droits humains vitaux, que des Pirates, des Indigné-e-s, des Hereristes ou Erroristes sont en train d‘émerger du paysage mondial. Parions que bientôt ils inonderont le pré carré comme un tsunami pacifique.

Alors Barack, Angela, Vladimir, Hu, Nicolas, David ? C‘est sûr. Il faudra plus d‘un joint pour colmater les brèches du vaisseau terre !

redaction@rbh23.com

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