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Il était une fois, les Éditions du Lézard… Dans le désert prohibitionniste.

Si l‘on parle de liberté d‘expression, le cas des Éditions du Lézard est assez exemplaire. Petite maison d‘édition, dont les parutions ont toujours été un peu confidentielles, elle a néanmoins permis d‘accéder commodément à de nombreux textes, bien souvent étrangers, qui jalonnent les revendications anti prohibitionnistes.

L‘aventure commença en 1992 avec Jean Pierre Galland et le mythique Fumées Clandestines Tome 1. Il était une fois le cannabis… On ne présente plus l‘ouvrage, toujours disponible, au contraire du Tome 2, Un Monde en Pétard qui lui, ne se trouve plus que d‘occasion.

« Livre de chevet du fumeur de cannabis, première encyclopédie moderne publiée en français sur le cannabis, son histoire millénaire, sa renaissance moderne, sa culture (tant agricole que livresque), et sur les us et coutumes de ses amateurs depuis la secte des Hashaâshîn jusqu’aux actuels cannabinophiles et autres fumeurs de tarpés… Aussi instructif que ludique, bourré d’infos, d’anecdotes et de petits trucs, comprenant une impressionnante revue de presse et le Kamasoutra du fumeur, „Fumée clandestine» est le livre qui a ouvert un débat en France, pour la législation du cannabis » s‘enthousiasmait le site Chanvre-info.ch à l‘occasion d‘une réédition. Livre culte, total respect. Lire la suite

Michel Sitbon, agitateur de neurones

Rencontre avec un éditeur qui depuis 20 ans, inlassablement avec la détermination d‘un sage, contribue toujours à mobiliser les consciences. Entretien avec un pionnier.

[RBH]²³ – Bonjour Michel, pourquoi et dans quelles circonstances as-tu fondé les Éditions du Lézard ?

J‘avais l‘intention de faire une maison d‘édition de livres, et je voyageais aux Etats-Unis (principalement à New York) pour y chercher de l‘inspiration. C‘est dans une librairie St Marks Place, St Mark‘s Bookstore, que je suis tombé en arrêt sur un rayon de livres sur les drogues, une étagère d‘un bon mètre de long, pleine de bouquins passionnants. Ce qui était surtout frappant, c‘est qu‘un tel rayon de livres était impensable en France. On était en 1990, et en vingt ans l‘article L630 de la loi de 70 avait pleinement atteint son objectif : l‘autocensure était totale chez les éditeurs français. Les seuls bouquins trouvables sur le sujet étaient alors du genre «Je suis sorti de l‘enfer de la drogue» ou le fameux Il n‘y a pas de drogué heureux, de Claude Olivenstein, le pape de la spécialité. C‘est pendant ce séjour à New York que j‘ai lu des livres comme Acid dreams (traduit sous le titre LSD et CIA, toujours au catalogue du Lézard) ou The emperor wears no clothes, de Jack Herer (traduit sous le titre L‘Empereur est nu, épuisé depuis longtemps, en cours de réédition au Lézard). C‘était des bouquins passionnants, et je me suis empressé de les faire traduire, ainsi que From chocolate to morphine (Du chocolat à la morphine, aujourd‘hui épuisé), puis bien d‘autres.

[RBH]²³ – Tu dis «autocensure totale chez les éditeurs français» , pourtant il me semble que Jean Pierre Galland avait réussi à publier Fumée Clandestine chez Ramsay ?

Non : c‘est l‘année d‘après, en 1991, que paraîtra Fumée clandestine chez Ramsay. Et c‘était bien sûr l‘exception qui confirmait la règle, ou, mieux, un coup de tonnerre dans la nuit quand Philippe Gildas aura la bonne idée d‘inviter Galland à Nulle Part Ailleurs pour en parler, provoquant un phénomène en librairie: 16.000 ventes en quelques mois pour ce livre proposé au prix a priori prohibitif de 250 francs. Le CIRC naîtra dans la foulée, et les Éditions du Lézard arriveront à point pour se substituer à Ramsay qui, malgré ce succès, avait fait faillite sur ces entrefaites. La coïncidence était heureuse : lorsque je méditais mon projet, Fumée clandestine était dans les tuyaux, mais pas encore publié, et je n‘en avais pas connaissance. Je n‘ai d‘ailleurs eu vent de ce succès éditorial que lorsque j‘ai connu ultérieurement Galland, alors que j‘étais déjà candidat pour publier ce qu‘il voudrait et n‘avait aucune connaissance non plus de la faillite de Ramsay. Du coup, Galland cherchait un éditeur de rechange, ce qui tombait on ne peut mieux !

[RBH]²³ – Donc, les Éditions du Lézard sont nées en 1990 sur une idée qui a germé aux Etats Unis, le berceau de la prohibition, mais quelle était ton ambition principale à l‘époque ? Attaquer frontalement l‘autocensure ou simplement innover en délivrant des connaissances ? Une anecdote au passage, encore aujourd‘hui les journalistes avouent de leur propre chef avoir une forme d‘autocensure sur le sujet, disons-le, toujours tabou…

En l‘occurrence, ce n‘était pas tant aux Etats-Unis « pays de la prohibition » qu‘aux Etats-Unis, pays de la liberté d‘expression, droit garanti par le premier amendement de la constitution américaine, un droit si fort qu‘en dépit de l‘hystérie prohibitionniste rien ne peut interdire de publier librement sur les drogues comme sur tout autre sujet. C‘est une philosophie à l‘opposé du droit français qui multiplie les limitations de cette liberté fondamentale, au point où il serait interdit de dire qu‘une chose est bonne quand elle l‘est, tout comme aujourd‘hui la loi prétend dicter comment on doit s‘habiller. En France, le législateur usurpe de ses pouvoirs à un degré tel qu‘il ose produire des textes qui ordonnent ce qu‘il faudrait penser. Ainsi, on est passible des tribunaux, et de peines relativement lourdes, si on présente les drogues « sous un jour favorable ». En théorie, si je dis cette vérité pharmacologique de base que la morphine est le meilleur remède contre la douleur, je pourrais avoir à en répondre devant la justice. Mais il n‘y a pas que la morphine : toutes les drogues ont des dimensions bénéfiques. La loi qui interdit de parler des drogues favorablement est l‘exact équivalent de celle que les tribunaux de l‘Inquisition appliquaient à d‘éminents savants ou philosophes comme Galilée ou Giordano Bruno, poursuivis en leur temps pour avoir osé dire que la terre pouvait ne pas être plate. C‘est simplement de l‘obscurantisme, et ce ne sont pas des tribunaux religieux qui appliquent ces lois, mais les cours « laïques » de la République. Avec les Éditions du Lézard, j‘ai défendu le principe qu‘aucune loi ne pouvait interdire de présenter les drogues sous un jour véridique. Cela me semblait d‘autant plus indispensable que la loi produit malheureusement l‘effet qu‘elle vise : à force d‘interdiction – et de l‘autocensure qu‘elle induit –, le public est effectivement sous informé sur les drogues. La France est, par exemple, le seul pays où une expression aussi fausse que « la drogue » a pu s‘imposer dans le langage commun. En anglais, on dit « drugs » au pluriel, et même les slogans les plus primitifs de la prohibition, comme le fameux « Just say no » de Nancy Reagan s‘entend au pluriel : « Just say no to drugs ». Le singulier serait une faute de syntaxe. En français, le barbarisme « la drogue » est banal à tous les niveaux d‘éducation. Députés, ministres, journalistes, éditeurs, et même des enseignants, utilisent tous les jours cette expression grotesque. L‘ignorance la plus crasse s‘est ainsi imposée à tous les niveaux de la conscience collective. Or, on ne peut pas parler de choses qu‘on ne connaît pas. On ne peut pas légiférer sans savoir de quoi on parle, sans qu‘il y ait même de livres pour dire ce qui est. On ne va nulle part en interdisant la connaissance. On dit n‘importe quoi, on fait n‘importe quoi, et on s‘enfonce, de catastrophe en catastrophe, dans la nuit la plus noire de la bêtise.

[RBH]²³ – Donc les Éditions du Lézard comme lampe torche plongée dans un trou noir. Alors cite-nous quelques-uns de ces livres éclairants que tu as publiés ?

J‘ai déjà cité LSD et CIA. Ce livre a été particulièrement important pour moi, parce que c‘est en le lisant que j‘ai en quelque sorte découvert le fait que les drogues n‘étaient pas seulement l‘occasion d‘expériences personnelles intéressantes, mais qu‘il y avait, au-delà de ces expériences, une histoire non seulement culturelle mais politique. Il se trouve qu‘aux Etats-Unis aussi, ce livre a beaucoup marqué. Même Burroughs considérait qu‘il y avait un avant et un après ce livre. Tout aussi fondamental, La politique de l‘héroïne, de McCoy, sans lequel on ne comprend rien ni à la guerre en Afghanistan, ni aux services secrets français ou américains, ni à la politique mondiale, ni aux marché des drogues. D‘un autre point de vue, très importants aussi Notre droit aux drogues ou La persécution rituelle des drogues et des drogués, de Thomas Szasz, un des penseurs les plus signifiants de l‘époque. Il y a aussi l‘Histoire générale des drogues, d‘Antonio Escohotado, dont nous n‘aurons publié, pour le moment, que le premier tome, ainsi que son excellent Histoire élémentaire des drogues. Je parle là de livres qui se sont peu ou pas vendus. Et c‘est bien une indication de ce que le public français est illettré sur la question. Il n‘y a qu‘à voir la qualité de ce qui se publie en Espagne, en Allemagne, ou dans tout autre pays comparable. En France, nous n‘aurons bien vendu que des livres d‘images…

[RBH]²³ – Mais en tant qu‘éditeur, as-tu été inquiété, enfin le mot ne convient peut être pas vraiment ? Il me semble que tu as été condamné pour un manuel, et que tu as subi un boycott… je me trompe ?

Disons les choses comme elles sont : les Éditions du Lézard ont choisi de transgresser, délibérément, non la loi, mais le consensus d‘autocensure qui régnait sur ces questions depuis les années 70. Lorsque nous avons commencé, en 1992-93, tout le monde s‘attendait à ce que les foudres de la loi s‘abattent. Et puis non, rien. Ou presque. J‘ai bien été convoqué une fois à la Brigade des stups, par l‘inspecteur Signolet, qui était sûr que nous recyclions de « l‘argent de la drogue ». Comprenant que ce n‘était pas comme ça qu‘ils nous aurait, il s‘est mis à hurler dans son bureau : «On va vous assassiner !» Comme je faisais mine de m‘étonner que des services de police se livrent à de telles activités, il tenta de se rattraper en expliquant que c‘était une image… En effet.

Mais au contraire, ces premières années nous avons rencontré un succès de diffusion remarquable, entraînés par Fumée clandestine, puis Les Très riches heures du cannabis. Et jusqu‘en 1997 nous avons bénéficié d‘une paix royale. La collection se développait, et je me souviens qu‘on pouvait dire alors que nous faisions un travail sans équivalent mondialement, une véritable encyclopédie des drogues se dessinait, titre part titre, et sa présence dans les librairies était souvent très visible. Ainsi à la FNAC-Forum, au rayon «sciences humaines » , un mur entier exposait nos bouquins, en «facing», c‘est-à-dire en montrant bien les couvertures. C‘était impressionnant. Un peu trop. Un jour, un obscur député du XVème arrondissement (de droite) s‘est scandalisé. France-Soir a fait un article, et la Brigade des stups est arrivée, pour… embarquer le patron du magasin qui s‘est retrouvé comme un dealer, interrogé par le même Signolet, je suppose, au quai des Orfèvres. La FNAC publiera un éditorial de son magazine Fnac-contact, en proclamant qu‘elle défendrait la liberté d‘expression jusqu‘à la mort… En fait, dès le lendemain, le mur en question avait disparu, et les bouquins du Lézard se retrouvaient, toujours en pile, mais par terre, cachés derrière une gondole, à la frontière du secteur des disques. Surtout il n‘y avait là que deux ou trois piles, alors qu‘on avait déjà publié des dizaines de titres qui étaient désormais invisibles.

A l‘époque le parquet de Paris refusera de poursuivre, mais c‘est dans le Nord, à Béthune, qu‘une juge d‘instruction, Mme Ramonatxo, prendra le relai. Profitant de ce qu‘on avait trouvé un exemplaire des Très riches heures du cannabis chez quelqu‘un qui cultivait quelques pieds d‘herbe pour sa consommation personnelle, elle engage des poursuites, et procède à la saisie de l‘ensemble des livres du Lézard dans toutes les succursales du Furet du Nord. C‘était bien sûr illégal, et notre avocat réussira à faire casser sa procédure par la chambre d‘accusation. Elle reprit alors son instruction, mais celle-ci était indigente. J‘ai dû me rendre une ou deux fois à Béthune alors pour des auditions pitoyables où la dame était bien incapable de relever la moindre phrase incriminable. L‘affaire était menaçante néanmoins, et je décidais de profiter d‘un Salon du livre pour afficher au dessus de notre stand, sur un panneau de quatre mètres de haut et trois de large, le texte d‘un appel pour la liberté d‘expression. Le panneau était à peine accroché que tombait le non lieu… Ce qui réduisait, bien sûr, la portée de notre protestation…

Il n‘y avait plus de poursuites, mais l‘intimidation avait marché, et on ne reverra jamais un bouquin du Lézard dans l‘ensemble des librairies du Nord… En attendant, j‘étais périodiquement convoqué à la brigade des stups qui s‘était «civilisée» … Il y avait désormais une brigade spécifique chargée de la «communication» . Ce sont les mêmes flics qu‘on envoie depuis dans tous les lycées de France pour sermonner les adolescents et leur expliquer qu‘il vaut mieux boire du pastis («comme moi», dit le flic aviné) plutôt que de fumer un joint. Là, les dialogues étaient plus acceptables qu‘avec Signolet, mais ça se passait généralement mal. Ils me faisaient venir pour m‘engueuler, et c‘était moi qui les engueulait. Ils appréciaient peu que je leur explique que les premiers protecteurs du marché, c‘était eux, et que leur ministre, à l‘époque Charles Pasqua, était le premier dealer de France, déjà pris la main dans le sac au temps de la French connection quand il dirigeait les services export de Ricard qui n‘exportaient que de l‘héroïne…

Cela aura suffit à les calmer pendant des années. Mais une plainte finira par aboutir, à ma surprise, contre Culture en placard. Admettons néanmoins que ce manuel de culture de cannabis prêtait plus le flanc, mais j‘avais fini par l‘ajouter au catalogue sur la demande insistante du public et des militants du CIRC, très proches du Lézard à l‘époque. On avait ainsi republié Closet cultivator, d‘Ed Rosenthal, le livre le plus diffusé de la littérature des drogues, déjà traduit en de nombreux pays. On a défendu alors, en plus de la liberté d‘expression, la cause du cannabis thérapeutique, et le fait que l‘Etat qui nous persécute est en fait le premier responsable du marché clandestin des drogues. Les attendus du jugement seront très gentils, reprenant nos arguments, mais concluant qu‘en l‘état de la loi ceci ne constituait pas moins une infraction. «Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deça des Pyrénées, erreur au-delà», disait un certain Blaise Pascal…  La sanction de 3000 euros, pour un bouquin qu‘on disait avoir vendu à plus de 35.000 exemplaires, était plutôt modérée.

Mais on ne perdait rien pour attendre. En même temps que tombait cette jurisprudence, le ministre de la justice, Dominique Perben, pondait une circulaire interprétant la loi très au-delà de l‘admissible. Sarko était à l‘Intérieur, et «sans complexes» ses flics iront, sur cette base, intimider tous les libraires de France (à l‘exception d‘une poignée de librairie engagées), leur conseillant d‘éviter d‘avoir ces livres s‘ils ne voulaient pas d‘ennuis. Au plus, expliquaient-ils, on pouvait avoir un exemplaire de ces livres «sur la tranche», c‘est-à-dire invisible, dans les rayons. D‘un mois sur l‘autre nos ventes se sont divisées par quatre… Quelques temps plus tard, les chefs de rayons des FNAC recevaient une circulaire, «Ordre de retrait des titres suivants», qui expliquait que «suite à une visite de la brigade des stupéfiants et après l‘examen de nos services juridiques, nous vous demandons de provisoirement retirer les titres suivants»… Suivait une curieuse liste où n‘étaient mentionnés que les titres se vendant le mieux…

L‘effet de cette campagne d‘intimidation policière sera foudroyant, puisque c‘est l‘ensemble de nos livres qui disparaitront de l‘ensemble des librairies du pays – qu‘ils parlent de drogues ou pas. Et cela fait des années maintenant que le «provisoire» dure, à la FNAC comme ailleurs. Ainsi, on imprimait par 5000 exemplaires les titres de l‘Esprit frappeur (la collection de poche du Lézard qui traitait de toutes sortes de sujets en dehors des drogues) et maintenant on les imprime, en numérique, par cent ou deux cent tout au plus.

[RBH]²³ – Une dernière question pour la route, que penses-tu de la situation actuelle en matière de politique des drogues ?

Si ce qu‘on appelle «politique des drogues» est l‘infecte politique sarkozyste, il n‘y a rien à en penser. C‘est la continuité de celle de ses prédécesseurs. C‘est de Gaulle qui a fondé la Vème République en s‘appuyant sur la mafia. C‘était astucieux, mais risqué, et en moins de deux générations la mafia a pris le pouvoir pour son propre compte. Jacques Foccart organisait ça pour de Gaulle. C‘est l‘histoire de la French connection, dont les hommes se chargeaient par ailleurs des basses œuvres du gaullisme, comme la liquidation du leader marocain Mehdi Ben Barka. Le véritable patron de ceci n‘était pas Charles Pasqua, contrairement à ce qu‘on pense souvent, mais Achille Perretti, maire de Neuilly pendant des décennies jusqu‘à sa mort, patron de l‘Union corse et de multiples clubs d‘anciens résistants, pseudo résistants ou autres. Son successeur à la mairie de Neuilly, c‘est Nicolas Sarkozy. Avec lui, la mafia est parvenue directement au pouvoir. La situation est ainsi complètement verrouillée, d‘autant mieux que les intérêts de la mafia se superposent avec ceux du complexe militaro-industriel. Aux Etats-Unis, la situation n‘est pas plus brillante de ce point de vue. De même en Russie, avec Poutine qui incarne mieux encore que Sarkozy cette association de la mafia et de l‘armée. Or, ces trois pays, avec les alliances qu‘ils ont nouées, pèsent lourd sur la scène mondiale, c‘est le moins qu‘on puisse dire. On ne peut espérer que dans la démocratie, mais on voit comment les indignés qui réclament une démocratie réelle, aussi peu nombreux soient-ils, se font embarquer, à Paris comme à New-York. Difficile d‘imaginer une nouvelle politique des drogues dans ces conditions. Mais on ne sait jamais… Ce qui est sûr, c‘est que depuis vingt ans la conscience du caractère non seulement nuisible mais catastrophique de la politique des drogues émerge au niveau planétaire, partout.

Un jour peut-être, celle-ci finira-t-elle par porter ses fruits. Il y aurait beaucoup à gagner, pas seulement pour la politique des drogues, si on parvenait à mettre fin à l‘Etat militariste et prohibitionniste.

CANNABIS CORPSE: Interview Propos recueillis par LoLtheus

Il est toujours utile de lutter contre les préjugés. Se laisser enfermer dans des clichés, trop souvent persistants, relève de l‘esprit moutonnier.

Exemple ; l‘autre jour, un pote me raconte qu‘à Amsterdam, il a demandé à un jeune homme arborant de belles « dreadlocks » (coiffure des rastafaristes, ndlr), le chemin pour se rendre au coffee shop le plus proche. Déception. Malgré les apparences, le rasta était bien incapable de lui répondre, justifiant qu‘il ne consommait pas de cannabis. « L‘habit ne fait pas le moine » dit le dicton. Pour ma part, j‘ai vécu l‘expérience exactement inverse ; A l‘occasion de leur première tournée européenne ; j‘ai eu le plaisir de rencontrer Cannabis Corpse. Ils ont le look Bikers qui picolent, les cheveux longs, sur scène ils font beaucoup de (bon) bruit, sont originaires de Richmond, dans l‘état de Virginie, aux USA. Et pour vous situer un peu, ces gars ont eu envie de monter un groupe autour de leur amour pour le Cannabis et du groupe Cannibal Corpse (death metal). Cannabis et Metal, pourquoi pas ?

En tout cas, ces p‘tits gars ont fini de me prouver que le cannabis touche vraiment tout le monde… avec un bon esprit.

 

[RBH]²³: Salut Cannabis Corpse.

CC: Hi(gh) RBH

[RBH]²³: Bon, la première question qui vient à l‘esprit, lorsqu‘on entend un groupe de Death Metal se mettre à délirer autour du thème « Cannabis » , c‘est la suivante : Vous considérez-vous comme des activistes, d‘une certaine façon ? Ou

tout cela n‘est-il qu‘une sorte de grosse blague ? Car les paroles ont l‘air assez parodiques, voir très délirantes (quand on arrive à les comprendre haha, ndlr)

CC: Bon déjà, fumer des joints fait parti de notre quotidien. Nous ne nous considérons pas « militants » au sens premier…

…Oui, mais si nous partons du principe qu‘une personne (ou un groupe d‘individus) aborde cette cause, d‘une façon positive, ou participe plus ou moins à une meilleure information autour d‘elle sur le sujet, à savoir qu‘au final, la marijuana ne devrait pas être illégale. Partant de ce principe, oui, on peut dire que nous sommes quand même engagés.

[RBH]²³: Etes-vous au courant de la situation en France par rapport au cannabis ? et plus largement, en Europe ?

CC: Nous sommes au courant que les Pays Bas subissent des pressions afin de rendre le cannabis à nouveau illégal. C‘est une honte… au regard de tout l‘argent que ce marché génère, et qui pourrait être utiliser de façon plus intelligente.

Et globalement, nous constatons que le modèle des U.S.A. en matière de prohibition reste un modèle en Europe…

Alors que la situation aux U.S.A. reste assez ambigüe, par exemple en Californie, et dans le Michigan (et dans quinze autres états), c‘est quasiment légalisé, ou dépénalisé par le biais de l‘usage thérapeutique. Alors que la majorité des états (surtout sur la côte est) prône encore une politique assez répressive.

[RBH]²³: Et dans votre état, la Virginie ?

CC : C‘est totalement illégal. Si vous êtes pris en train de fumer un joint, vous avez des chances d‘aller passer 24h en prison, vous payez votre amende et au revoir. Aussi simple que ça. C‘est assez dur à vivre, mais ça ne nous empêche pas de faire ce que nous aimons, que ce soit la musique ou fumer notre herbe.

[RBH]²³: Si je vous dis, nous sommes des « Hereristes », ça vous parle ? Et si je prononce le nom de « Jack Herer »… ?

CC : wow, oui bien sûr, …hahaha, bien trouvé !

Oui, Jack Herer était un gars absolument formidable, un vrai visionnaire. Il a dit tellement de choses vraies sur le cannabis.

Et il est clair qu‘au niveau engagement, on ne se considère vraiment pas au même niveau. Là c‘est du sérieux ; ce gars était en permanence sur la route, à la rencontre des gens, à essayer de les informer, il a vraiment dédié une partie de sa vie à la cause. Son livre reste une bible, c‘est évident.

[RBH]²³: C‘est clair. Donc si j‘ai bien compris, vous préférez prendre le parti d‘en rire mais sans perdre pas de vue que ce sujet est important, c‘est ça ?

CC : Tu sais, à notre niveau, nous préférons penser que les gens sont capables de s‘informer par eux-même, et surtout à notre époque.

Et nous sommes d‘abord là pour donner de la musique cool à écouter,…avec un thème majeur pour réfléchir… ou s‘éclater la tête, c‘est selon (rires).

En fait, ce groupe est littéralement né de notre amour pour le Cannabis et le death metal (le groupe Cannibal Corpse en particulier). En gros, nous aimons fumer de la bonne herbe en écoutant des musiques extrêmes. C‘est notre truc. Et si tu écoutes notre musique, c‘est du sérieux, ça joue. Et dans nos paroles, on peut comprendre que nous abordons des choses sérieuses. Or même si nous prenons un ton décalé en jouant les déjantés en apparence, ça ne doit pas faire oublier que notre démarche à quelque niveau qu‘elle soit reste cohérente sur le fond malgré tout.

Bref ce groupe est né d‘un amour, sans doute insolite pour certains, mais ça reste de l‘amour (mdr)

[RBH]²³: Aaah l‘amour… Et c‘est peut-être la même chose à RBH23, on l‘aime tellement cette plante dont le nom latin doit être inconnu de notre président, qu‘on a décidé de lui rappeler tous les bons usages…

CC : Ha oui, on a vu ça, pas mal votre petit journal. Vous allez y arriver on en est sûr, il n‘y a pas de raison. Le mouvement devient global et la cause est juste.

[RBH]²³: Bien merci les gars, pour l‘encouragement. Avez-vous un message à adresser à nos lecteurs ?

CC : oui, « smoke weed every day ! » (on vous laisse traduire), continuez à soutenir Cannabis Sans Frontières et RBH… et surtout écoutez notre dernier album (héhé)

[RBH]²³: Salut Josh, Phil, Andy et Nick. Bonne fin de tournée à vous… et faites tourner… les vinyls et les CD.

Pour [RBH]²³ et Cannabis Sans Frontières

Image: Cannabis Corpse au motocultor Festival – photo: loltheus © 2011

[RBH]²³ Prochain Numéro : Cannabis thérapeutique

Le N°4 sera principalement dédié à cette « urgence humanitaire ». C‘est une information, un appel, un encouragement, une nécessité… Nous souhaitons rassembler tous types de témoignages personnels ou collectifs (non-anonymes si possible), dont nous sélectionnerons les meilleurs pour la publication papier. Tous seront disponibles en intégralité dans une rubrique du site rbh23.com

Variétés thérapeutiques

Découvrons la variété des cannabis thérapeutiques avec leurs bienfaits évalués par des personnes atteintes de maladies graves. Circulant sur internet, voici une liste non exhaustive des variétés et de leurs effets thérapeutiques reconnus par la médecine.

Apollo 11

Origine : C‘99 x Genius (Jack Herer) / [shivaskunk x JH f2] x shivaskunk

Disponibilité : Brothers Grimm

Floraison : 45-55 jours

Récolte : Moyenne à bonne

Prescrit pour : épilepsie, sclérose en plaques et autres problèmes neurologiques

AK-47 

Origine : Colombian, Mexican, Thai et Afghani

Disponibilité : Serious Seeds

Floraison : 53 – 63 jours

Récolte : Bonne à super

Prescrit pour : douleurs chroniques, nausée, dépression, insomnie, maux de tête

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Les échos du Chanvre – Reconsidérer le chanvre

Le chanvre, plante compagne de l‘humanité depuis des millénaires, connu pour sa fibre et ses graines – le chènevis – connaît depuis plusieurs années un renouveau dans le monde entier : en Amérique du Nord et plus près de chez nous en Europe – Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Angleterre, Suisse… – l‘industrie du chanvre est florissante et développe chaque jour de nouveaux débouchés et des emplois. De novembre 1995 à l‘été 2002, Les échos du Chanvre (à l‘origine imprimé sur papier chanvre) a informé un public avisé sur l‘histoire et les traditions, a présenté des entreprises du secteur textile, construction, alimentaire, cosmétique, etc., les usages thérapeutiques, publié des traductions d‘articles significatifs, et les rubriques Souvenirs-Souvenirs, Cannabrèves…

Les échos du Chanvre est édité par La Maison du Chanvre, association Loi 1901 qui a pour but la promotion du chanvre. Diffusion en France, Suisse, Belgique, Québec… et aux quatre coins du monde.

Dans le contexte écologique actuel (pollution liée aux hydrocarbures, déforestation massive, OGM, réchauffement climatique, etc…), le chanvre a sa place et mérite d‘être redécouvert.

www.echosduchanvre.com

Comment la Prohibition – m’a transformé en criminel

L’interdiction légale de la consommation, de la cession et de la production des psychotropes fait aujourd’hui plus que jamais débat, timidement en France2 et de façon bien plus ouverte dans le reste du monde (de l’ONU3 aux Amériques4 mais aussi en Europe5). La principale raison pour laquelle d’aucuns tentent de s’attaquer au droit exceptionnel et à l’omerta mis en place pour lutter contre « la drogue » est qu’il s’agit, en sus d’un profond non-sens économique, d’une véritable pénalisation de comportements anodins ou du moins inoffensifs.

L’Hexagone compterait plus d’un million d’usagers réguliers du cannabis, et au moins cinq cent mille usagers quotidiens. Sans compter tous ceux qui n’en consomment qu’une fois tous les deux ou trois mois6… L’âge des consommateurs avance de plus en plus, mais pour autant un gamin de 16 ans a de fortes chances de courir les mêmes risques que ceux d’un papy de 50 ans. En effet, mis à part l’autoproduction il n’y a guère que le marché noir pour s’approvisionner. Or cette seconde méthode est très risquée et peut être particulièrement aléatoire: aller « toucher », que ce soit dans une cité ou même à un ami qui en fait un revenu d’appoint, cela implique surtout le transport peu commode du produit au vu et au su de la police. Lire la suite

Quand un média prend position dans le débat

La presse avec un oeil de sirius

Comme en écho à la préoccupation exprimée dans notre première chronique, la Fédération Française d’Addictologie, sensible à l’importance des notions employées dans le débat sur le cannabis, a publié des « éléments de langage pour sortir de la confusion et des malentendus ». Mise au point salutaire qui « [précise] les termes utilisés pour définir des mesures et des changements possibles de politique envers les drogues » (Cf. http://petitlien.fr/ffasemantique).

Examinons maintenant quelques moments significatifs où le cannabis a surgi dans l’actualité, et de quelle manière, en quels termes.

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Harvey Milk exemple à suivre

Dans le journal de ce matin de juin, les propos de notre Premier Ministre m’écorchent les yeux et l’intelligence. Monsieur Fillon ne peut « envisager une seconde » la dépénalisation du cannabis. Envisager les choses plus d‘une seconde, ça s‘appelle réfléchir. Ça évite de dire trop de conneries. Mais je vais résister à cet abject penchant humain d’être plus facilement inspiré par mon indignation que par mon enthousiasme, et je vais vous parler d’un vrai homme politique plutôt que du fusible trop solide qui nous tient lieu de chef du gouvernement.

Premier homme ouvertement gay à être élu en Californie, Harvey Milk fut un homme politique au vrai sens du terme, quelqu’un qui avait compris que le but de la politique était de mieux vivre ensemble et non d’ériger en systèmes des maladies mentales consensuelles. Il avait surtout compris qu’on n’atteint ce but qu’en venant à bout de la peur et qu’on n’a peur que de ce qu’on ne connaît pas.

En 1970 à San Francisco, être pris en flagrant délit de rapports homosexuels faisant encourir l’éviction d’un appartement loué, beaucoup de gays se mirent à faire plus volontiers l’amour dans les parcs la nuit que chez eux, pour ne pas perdre leur logement. 2800 personnes furent arrêtées pour ce motif en 1971, tous classés « délinquants sexuels » au même titre que les violeurs et les pédophiles. L’interdiction avait généré une pratique dont elle tira argument : « les homosexuels sont des animaux, ils ne peuvent pas s’empêcher, même en public ». Cette situation honteuse et la propagande qui l’accompagnait était encore un progrès par rapport aux décennies précédentes, où c’est à coup d’électrochocs qu’on s’acharnait à guérir les homosexuels de leur terrible vice.

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exPRESSo: Cannaclaques et Cannabises

La presse en parle

Krokodil et compagnie

Au mépris d‘une véritable utilité préventive, les organes de la prohibition assurent la publicité de produits aux conséquences graves. Comme par exemple, sur le site web LeFigaro.fr, cet article intitulé « Une nouvelle drogue mortelle arrive en Europe » qui décrit un phénomène récurrent depuis l‘instauration de la prohibition : l‘arrivée sur le marché (donc en vente « libre »), de nouvelles drogues accompagnant de nouvelles pratiques sans que l‘on puisse véritablement maîtriser les conséquences, sauf à les déplorer. Pis est d‘expliciter la recette et le mode opératoire pour obtenir le produit « nouveau ». Et dire que le cannabis est toujours classé au même titre que ces substances nocives… comme le « krokodil ». Heureusement à la lecture des commentaires des internautes, comme celui de Keiro « Allez voir la composition politique des parlements cantonaux qui ont été pionnier sur la question en Suisse (pays qui n‘a jamais vu plus de 30% de votants à gauche)… Cela permettra de compenser des arguments d‘un niveau totalement pathétique», on se rassurera sur les capacités d‘évolutions de la politique en matière de drogues dans notre pré carré. Pour mieux cerner la question, passez donc par le blog Droguesnews d‘Arnaud Aubron qui pose la question : le krokodil deferle-t-il vraiment sur l‘Europe ?

SNATCH

Le N°9 de SNATCH rendant hommage à DJ Medhi disparu accidentellement, en Une on peut lire « Weed & shit : et si c‘était légal ? Voyage futuriste dans une France qui bédave sans complexe ». Futuriste ? Pas tant que ça, si l‘on regarde objectivement la réalité comme on tente de le faire avec [RBH]23 – La Gazette du Chanvre.

Bétisier

Dans l‘Est éclair, le 15/10 : „On trouve dans la résine de cannabis de la poussière de verre faisant des microcoupures dans l‘organisme et permettant à la drogue de faire effet plus vite…»

1. Comme on sait, de la poussière de verre est parfois ajoutée à l‘herbe depuis quelques années pour en augmenter le poids – effet tragique de la prohibition – et celles-ci peuvent provoquer des lésions pulmonaires graves. Ce phénomène est heureusement en régression, bien qu‘il n‘ait pas complètement disparu. Attention : quand l‘herbe est cristallisée, elle n‘est pas meilleure, elle est dangereuse ! Mais cela ne concerne certainement pas le shit (autrement dit la «résine de cannabis» ici évoquée. Celle-ci peut être coupée à toutes sortes de choses pour en augmenter le poids, de la paraffine, du henné, ou peut-être pour accentuer l‘effet avec des cachetons, etc…

2. Ces billes de verres n‘ont strictement aucun effet psychotrope. Le prétendre est simplement irresponsable dans la mesure où cela peut inciter des consommateurs à les rechercher !

Où l‘on voit qu‘il est urgent de sortir de la prohibition pour en finir avec ces bêtises !

 

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