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Reportage gonzo aux Nations Unies

1 – De la présence française à Vienne

Hors quelques représentants de la Réduction des risques, dont Médecins du Monde et Aides, deux personnalités francophones issues de la délégation de la Commission Globale pour la Politique des Drogues, Mme Ruth Dreyfus, ancienne présidente de la Confédération Helvétique et M. Michel Kazatchkine, ancien directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, la présence française n‘était pas optimale, à la différence des délégations de la société civile en provenance des Pays-Bas, de quelques pays d‘Europe de l‘est, de l‘Angleterre, et même un certain nombre des Etats Unis.

Il faut dire qu‘Etienne Apaire est sur le départ, et la perspective d‘un changement de gouvernement en France et de l‘éventuelle formulation d‘une nouvelle politique dicte logiquement une réserve. Fraîchement débarqué, je serrai la main du Président de la MILDT en lui soumettant le livre de Francis Caballero Legalize It !, qu‘il refusa en demandant qu‘il lui soit adressé avec les dédicaces conjointes de l‘auteur et de l‘éditeur. Je le titillais à propos d‘une invitation suspecte circulant sur internet proposant une soirée festive dans les locaux de la MILDT, le lundi 18 juin… Il n‘en savait pas plus sur cette vraie-fausse invitation. Mais dans son attitude totalement détachée, on sentait bien que son grand plaisir allait être de remplir un maximum de sacs au supermarché détaxé réservé aux délégués officiels et aux personnels des agences onusiennes.

Plus sérieusement, la cheffe de la délégation française, Madame l‘Ambassadeur de France en Autriche aurait peut-être dû garder plus de réserve lors d‘une rencontre bi-latérale, face aux membres de la délégation Bolivienne.

Après leur avoir signalé que la France s‘opposera par une lettre au secrétaire général des Nations Unies à leur réadhésion aux conventions sur les stupéfiants ; elle émit l‘idée particulière que la Bolivie « devrait changer de constitution en se conformant au système international » !!!

Même si l‘on peut supposer que l‘intention n‘était pas mauvaise bien que totalement impérialiste, la France semblant bien peu respecter un principe fondamental, celui de la souveraineté des peuples… Par ailleurs, la seule intervention de sa part dont j‘ai pu être le témoin lors de la plénière de clôture concernait l‘emploi et la rédaction des acronymes en version française dans les textes pour les francophones (par exemple, en anglais UNODC – en Français ONUDC ; INCB / OICS ; EU / UE ; etc) et c‘est alors qu‘on mesure l‘importance d‘être français…

2 – Des événements connexes

Que ce soit les événements de l‘IDPC lors des pauses déjeuner, ou ceux programmés dans les rencontres informelles à l‘initiative du Comité des ONG de Vienne comme celles avec le Directeur de l‘ONUDC, Yuri Fedotov, la Présidente de la CND ou celle avec le président de l‘OICS, un vent de réforme a soufflé fort, avec des prises de paroles assez tranchantes. Comme par exemple, l‘intervention de Boaz Wechtel de l‘ENCOD demandant à la présidente de la CND, lors de la rencontre informelle organisée par le Comité des ONG de Vienne « quand allait être mis à l‘ordre du jour la question de l‘usage du cannabis thérapeutique, en s‘appuyant sur les recommandations formulées par l‘OMS en 2003 ? ».

3 – « Le chant du cygne » des prohibitionnistes

Au titre des expériences uniques, j‘ai pris part à la rencontre organisée par une coalition US bien implantée aussi dans de nombreux pays du Sud, la CADCA, qui lutte contre les dépendances à l‘alcool, le tabac et les drogues. Bien entendu en premier lieu contre le cannabis, première des drogues illicites consommées. A la différence des précédentes coordinations prohibitionnistes qui défendaient mordicus l‘abstinence avec un grand A, ces nouveaux croisés de la prohibition ont adapté une des règles élémentaires de la réduction des risques : la démarche communautaire. Avec pour vecteur de développement, la volonté d‘intégrer les usagers dans un partage de responsabilités en théorie socio-écologiques. Ce n‘est plus un programme imposé par une structure, mais un contrat choisi d‘assistance mutuelle entre usagers et non usagers volontaires, et ce dans un cadre évolutif. La démarche n‘est pas religieuse, ni même centrée sur des traditions. Elle se développe rapidement parce qu‘elle est avant tout une action à dimension socio-économique. On le sait, dans des pays pauvres, et dans les favelas, le moindre projet s‘inscrivant dans une démarche écologique à caractère socio-économique peut avoir une incidence directe sur la vie quotidienne, surtout si le but final est de « chasser le mal » et « redonner espoir à la jeunesse », car les fondamentaux du discours prohibitionniste demeurent. De plus, comme généralement les services de l‘Etat sont inexistants, ces projets locaux bien ancrés sont assez facilement accueillis par des gouvernements plutôt répressifs. Il faut reconnaître qu‘ils se déchargent ainsi, et à peu de frais, des devoirs leur incombant en matière de prévention.

4 – Buffet Thaïlandais

Je n‘ai pas vraiment picolé, à peine deux verres de vin rouge, ni beaucoup mangé. J‘ai surtout pris le temps d‘observer, le ballet des cartes de visites échangées et des photos souvenirs prises pour ensuite pouvoir dire « j‘y étais », « j‘ai vu untel »… Alors j‘ai aussi filmé, le côté guindé limite coincé d‘une rencontre improbable entre Yuri Fédotov, à l‘allure de colosse policier, et de la frêle et jeune princesse du Royaume de Thaïlande. C‘était pour la bonne cause, car la Thaïlande a au cours des dix dernières années investie massivement dans des projets de développement alternatifs pour substituer d‘autres productions aux cultures illicites du pavot dans le Nord du pays.

Et le lendemain lors d‘une réunion officielle, l‘UNODC a clairement affirmé vouloir reproduire ce mode opératoire partout où c‘est possible ailleurs, notamment en Afghanistan et en Colombie… Dans les couloirs, à chaque fois que j‘en ai eu l‘occasion, avec des Pakistanais, des Afghans, des Birmans, des Chinois (Hong Kong), j‘ai tenté de parler « poppy for medecine – du pavot pour soigner » solution défendue par l‘ICOS : car 80% de la production légale d‘antalgiques à base d‘opioïdes est consommée par 20% de la population mondiale.

En gros, les gens habitant les pays riches s‘assurent la disponibilité via l‘Organe de Contrôle International des Stupéfiants1 et comme par hasard le reste de l‘humanité crève en souffrant durement.

Il suffirait de transformer plus d‘Opium en morphine, en implantant une unité de transformation en Afghanistan pour quasiment tarir les ressources du trafic et permettre que dans tous les hôpitaux du monde, les patients puissent être soulagés uniformément de leurs douleurs.

Par Farid Ghehiouèche

(1) www.idpc.net/publications/2012/03/guide-on-estimating-requirements-for-substances-under-international-control

Débat européen : Comment faire sauter le verrou gaulois ?

François Hollande a botté en touche sur la question de la politique française en matière de drogues, en renvoyant ce débat « au niveau européen », tout en voulant conserver « l‘interdit », alors que la plupart de nos pays voisins ont dépénalisé la consommation. Or, en 2004, le débat au niveau du Parlement européen portait sur la définition d‘une stratégie de l‘Union européenne jusqu‘en 2012. Le bilan est simple : on pourrait reprendre mot-pour-mot en actualisant les propositions du Rapport Catania, voté au Parlement européen le 15 décembre 2004. Voici la synthèse de quelques extraits, pour informer le futur président de la République.

PROPOSITION DE RECOMMANDATION DU PARLEMENT EUROPÉEN À L‘INTENTION DU CONSEIL

sur la stratégie antidrogue de l‘UE (2005- 2012) (2004/2221(INI))

Dans ce document historique, le Parlement européen confirmait «qu‘en dépit des politiques mises en oeuvre jusqu‘à présent aux niveaux international, européen et national, le phénomène de la production, de la consommation ainsi que du commerce des substances illicites» avait «atteint un degré très élevé dans tous les États membres et que, face à cet échec, il est indispensable pour l‘Union européenne de revoir sa stratégie d‘ensemble en matière de stupéfiants». Le même constat devrait être tiré dans quelques mois. Or en 2004, c‘est à l‘aveugle que la stratégie a été adoptée, puisque «ni l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) ni la Commission» n‘avaient présenté de «rapport d’évaluation technique et politique (…) afin de vérifier si et dans quelle mesure les objectifs et actions formulés dans le cadre de la stratégie précédente ont conduit à des résultats». Le Parlement européen adressait «au Conseil européen et au Conseil, en vue de la définition de la future stratégie antidrogue de l‘UE (2005-2012) et, sur un plan général, pour la politique de l‘Union européenne en matière de drogue», les quelques recommandations suivantes dans une langue à base d‘euphémismes chers aux technocrates : Pour dire par exemple, «c‘est une catastrophe et il urge de s‘y prendre autrement», on écrira «prendre conscience du fait que les évaluations réalisées à ce jour sur les six objectifs primaires contenus dans la stratégie antidrogue de l’UE (2000-2004) ne font état d‘aucun objectif atteint et en tirer les conséquences politiques et législatives qui s‘imposent pour l‘élaboration de la stratégie communautaire en matière de lutte contre la drogue 2005-2012 et des plans d‘action connexes»;

Pour dire «comment agir différemment», on dissertera longuement :, on écrira : «asseoir davantage la nouvelle stratégie sur la recherche scientifique et sur une concertation approfondie et structurelle avec ceux qui oeuvrent sur le terrain dans les États membres», par exemple en intensifiant «la recherche scientifique et sociale sur les substances illégales à des fins médicales et sociales pertinentes ; en créant « une ligne budgétaire spécifique pour faciliter un processus permanent de consultation des organisations de la société civile concernées et des experts professionnels indépendants sur l‘impact de la politique antidrogue au niveau du citoyen». Tout cela pour «renforcer de façon exponentielle la participation et l’engagement des toxicomanes et des consommateurs de substances illicites, de la société civile, des ONG et du secteur bénévole ainsi que de l‘opinion publique dans la recherche de solutions aux problèmes rencontrés, plus particulièrement en associant davantage les organisations qui oeuvrent sur le terrain aux activités du Groupe horizontal „drogue“, en organisant chaque année une initiative européenne de prévention, et en prévoyant, sur une base expérimentale, des centres informels facilement accessibles en vue de réduire les dommages et mettre en oeuvre une stratégie antiprohibitionniste»;

Dans les toutes dernières pages, après avoir épuisé les lettres de l‘alphabet, on pouvait lire ces lignes magnifiques, toujours d‘actualité et si peu débattues pour «procéder à l’augmentation significative de l’aide au développement des pays producteurs de drogue au travers de la mise en oeuvre de programmes assurant le financement de cultures alternatives durables et de la réduction drastique de la pauvreté; examiner également la possibilité de favoriser et de protéger la production à des fins médicales et scientifiques d‘opiacés, par exemple, ainsi que prendre en considération la possibilité de lancer des projets pilote pour la production industrielle de produits licites dérivés des plantes couvertes par la convention de 1961, comme la feuille de coca et le chanvre indien». Pour «prévoir et assurer l‘accès à des programmes de substitution, en portant une attention particulière à l‘environnement carcéral, tout en encourageant l‘application de mesures de remplacement de l‘incarcération pour les consommateurs de substances illicites ou pour les délits mineurs et non violents liés à ces dernières». ;

Et de manière claire et limpide, proposer une évolution révolutionnaire : «développer la recherche sur l‘usage de plantes actuellement illégales ou dans une zone grise, comme le chanvre indien, l‘opium ou les feuilles de coca, dans les domaines de la médecine, de la sécurité alimentaire, de l‘agriculture durable, de la constitution de sources d‘énergie alternatives, du remplacement de produits à base de bois ou de pétrole ou pour d‘autres fins utiles».

Bien entendu, le Parlement européen en stipulant de «réviser la décision-cadre relative au trafic de drogue afin de tenir compte des points de vue exprimés par le Parlement, dans le respect des principes de subsidiarité et de proportionnalité inscrits dans les traités», n‘est pas dupe des pratiques de la Commission européenne et du Conseil européen qui généralement préfèrent ignorer les prises de positions des représentants élus.

Mais de toutes ces lignes, celles-ci sont à connaître par coeur par qui voudrait vraiment sérieusement inscrire à son programme une troisième voie possible, entre répression qui dit non et légalisation qui dit oui, pour une nouvelle forme de régulation. Il faudrait suggérer de «mener une étude scientifique sur les coûts et les avantages des politiques actuelles de contrôle des stupéfiants qui comporte en particulier une analyse du cannabis et de ses différents dérivés licites et illicites, afin d‘en évaluer les effets, le potentiel thérapeutique de même que les résultats de politiques de criminalisation et les alternatives possibles; une analyse de l‘efficacité des programmes de distribution d‘héroïne sous contrôle médical à des fins thérapeutiques sous l‘angle d‘une réduction des décès liés à la drogue; une analyse des coûts économiques, juridiques, sociaux et environnementaux des politiques de prohibition en termes de ressources humaines et financières nécessaires à l‘application de la législation; une analyse de l‘impact sur les pays tiers des politiques actuelles menées dans le cadre de la stratégie européenne aussi bien que du système mondial de contrôle de la drogue».

A méditer tranquillement.

Etant donné qu‘aucun parti ou responsable politique en France n‘en a tenu compte jusqu‘à maintenant, en faisant quelques mises à jour au document [REF : PE 347.270v03-00 (15/15) RR\549725FR.doc], cela pourrait servir de feuille de route originale pour la nouvelle stratégie de l‘Union européenne qui sera adoptée d‘ici la fin de cette année.

Avis à tous ceux qui cherchent à gagner des millions pour équilibrer leur budget.

Appel du 18 joint

Le 18 juin, à 18h, à la Villette (et ailleurs), 19ème édition de « l‘Appel du 18 joint », qui cette année tombera un lundi, au lendemain de l‘élection d‘une nouvelle assemblée nationale, pour appeler les députés (et les sénateurs) à abroger la loi de 1970 – et leur rappeler qu‘une légalisation est possible, urgente et nécessaire.

www.18joint.org

www.circ-asso.net

Agenda

 

5 mai

 

Worldwide Marijuana March Plus de 200 villes dans le monde pour la légalisation du cannabis. + d‘infos :

http://cannabis.wikia.com/wiki/Main_Page

12 mai

France

Marche Mondiale du Cannabis – Partout en France.

+ d‘infos, http://marche.mondiale.free.fr

23-25 mai

Marseille

 

conférence internationale sur le SIDA et autres maladies infectieuses émergentes à Marseille

+ d‘infos : www.isheid.com/fr.html

17 juin

Amsterdam

 

Journée du chanvre hollandais

 

18 juin

France

« Appel du 18 joint »

+ d‘infos, www.18joint.org ; www.circ-asso.net

3 – 12 juillet

Europe

Journées d‘été sur les drogues illicites en Europe « Offre, demande et politiques publiques », co-organisées par l‘Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies. + d‘infos :

www.drugsummerschool.cies.iscte-iul.pt/np4/home

   

 

 

Cannabis : Le trou noir de la science en France

Alors que le Pr Costentin veut encore à la manière d‘un Claude Allègre enfumer le débat en sortant un livre Pourquoi il ne faut pas dépénaliser le cannabis ? , j‘ai sondé l‘Académie des Sciences pour en savoir plus et faire le point.

Pierre POTIER, membre de l’Académie des sciences, directeur de recherche émérite au CNRS rédigeait un article intitulé Tout est chimie publié dans le bulletin de l‘Académie Nationale de Médecine N°1 en janvier 2002. Il y a dix ans, on pouvait lire : «Pour rester dans le domaine des «drogues», une situation très semblable se retrouve avec le haschich (la marijuana ou «la yerba»). Il s’agit d’une résine secrétée par le chanvre indien et utilisée depuis des millénaires pour traiter diverses maladies, effacer la douleur et pour droguer des hommes (les haschichins qui deviendront les assassins!). Comme dans le cas de l’opium et de la morphine, il peut y avoir accoutumance (toxicomanie). Les travaux de Mechoulam ont montré que le produit actif principal du haschich est le tétrahydrocannabinol.

Plus tard il fut démontré que ce produit, végétal, se fixait sur des récepteurs cérébraux et périphériques nommés CB1 et CB2. Il ne restait plus qu’à trouver les « endo-cannabinoïdes ». On isola alors l‘anandamide (du sanskrit ananda) dérivé fort simple d’un acide gras très répandu (y compris dans les cacahuètes!) : l’acide arachidonique. On trouve de tels composés dans le chocolat. De là à imaginer que quand on est « accro » du chocolat on peut, ensuite, descendre les marches de la dépravation toxicomaniaque vers le haschich…!

Qu’en cette période de fêtes, on se rassure : le chocolat n’est pas une drogue dure. Il arrive que des personnes consommant des quantités déraisonnables de chocolat (une tablette par jour avouée) comme d’autres disent un paquet par jour (pour le tabac) puissent avoir des migraines insupportables. Or, on sait, de mieux en mieux, que les migraines sont de véritables « orages cérébraux » rappelant les crises d’épilepsie, mais on sait aussi, depuis peu, que les dérivés du chanvre indien (tétrahydrocannabinol et dérivés proches) agissent pour prévenir et s’opposer aux crises d’épilepsie. Il y a encore de la besogne dans ce domaine de la recherche thérapeutique : cerveau, comportements, immunologie, etc. Cherchez et trouvez, le jardin du Bon Dieu est ouvert.»

En résumé, la consommation de cannabis n‘est pas plus néfaste à la santé humaine que celle du chocolat, dont on se méfiera s‘il est gonflé aux graisses hydrogénées, à l‘huile de palme…

Dans la Biographie du Pr Schwartz, on peut lire une chose (d)étonnante : «Il a également découvert plusieurs sous-types de récepteurs de la sérotonine et établi le rôle neurotransmetteur de l‘anandamide, ligand endogène des récepteurs du cannabis, ce qui pourrait avoir des applications thérapeutiques dans les pathologies liées à la dépendance aux drogues.» Alors qu‘on nous bassine avec la théorie de l‘escalade et autres fumisteries mensongères à propos du cannabis… Il serait temps d‘en finir avec l‘hypocrisie, et de regarder la réalité en face.

Mais il serait bon que la science se débarrasse de présupposés moraux ou idéologiques, pour éclairer de la manière rationnelle le débat. Comme par exemple dans le paragraphe « Drogues » du rapport d‘activité de l‘Académie des Sciences en janvier 2002 : «L’usage des drogues illicites est particulièrement fréquent chez les adolescents français des deux sexes qui sont, dans l’Union européenne, parmi les plus gros consommateurs de cannabis (environ la moitié des fumeurs de tabac de moins de 30 ans en fument occasionnellement ou régulièrement) et d’autres drogues (ecstasy, amphétamines), avec cependant de grandes variations en fonction de la région, du quartier, du milieu socio-économique et familial et du niveau de réussite scolaire.

Cependant, nul groupe n’est épargné. Les associations entre drogues licites (tabac, alcool) et illicites sont devenues la règle. Les drogues licites et illicites (nicotine, héroïne, morphine, cannabinol) agissent sur un même système de neurotransmetteurs qui provoquent plaisir et aversion et, de ce fait, induisent une dépendance de plus en plus forte.

Il faut avertir les adolescents des méfaits des drogues, mais surtout rechercher les racines de ce besoin de fuite qui leur fait sacrifier leur avenir et leur santé à une satisfaction éphémère. Les drogues sont souvent associées à une fréquence élevée de troubles psychosomatiques, à la violence contre les autres ou contre soi (tentatives de suicide), à la prise de tranquillisants et de somnifères (la plus élevée au monde chez les jeunes Français), tous phénomènes qui traduisent un manque de confiance en soi, en les autres et en l’avenir.»

Dix ans plus tard, le constat pourrait être quasi identique, sauf que si l‘une des plus vieilles institutions au monde est restée inerte et muette sur le sujet à en juger les documents disponibles sur son site internet, partout ailleurs dans le monde cette omerta est brisée menue. Dix ans de trou noir, il faut que ça change.

Par Pr Sativa

Sources :

http://www.academie-sciences.fr/academie/membre/SchwartzJC_bio0210.pdf

http://www.academie-sciences.fr/activite/lettre/lettre10.pdf

http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/rapport0102.pdf

 

J‘accuse

J’accuse la France d‘être la nation la plus rétrograde d‘Europe en matière de drogues illicites, la seule (avec le Luxembourg) où l‘on aille encore en prison pour le simple fait d‘avoir fumé un joint.

J’accuse les ministres de l‘Intérieur, ainsi que les ministres de la Justice qui se sont succédé depuis quinze ans, de n‘avoir pas fait respecter la circulaire Pelletier enjoignant de ne pas poursuivre les fumeurs de cannabis en possession de petites quantités d‘herbe ou de haschisch destinées à leur usage personnel.

J’accuse les ministres de la Santé successifs d‘avoir ignoré que le cannabis ne pose pas de problème de santé publique ; et je les accuse de ne pas avoir su s‘entourer des conseillers qui les auraient éclairés.

J’accuse les divers Monsieur ou Madame Drogue d‘avoir contribué à une désinformation systématique, et d‘avoir par là même discrédité auprès des jeunes toutes les campagnes d‘information véritable.

J’accuse les membres des différents gouvernements qui sont venus au pouvoir depuis vingt ans d‘avoir décidé de leur attitude face aux drogues illicites en fonction de tactiques politiques plutôt qu‘en fonction du bien des citoyens.

J’accuse les législateurs qui ont voté une loi aberrante, reposant sur des mots sans définition, comme le mot stupéfiant (un stupéfiant y est défini comme «une substance inscrite au tableau des stupéfiants» … ).

J’accuse les juges et les procureurs qui appliquent sans broncher une loi inique, portant atteinte aux libertés les plus fondamentales, d‘envoyer chaque année en prison quelques milliers de citoyens auxquels on ne peut faire d‘autre grief que de préférer la marijuana au tabac ; et je les tiens pour responsables des 32 000 interpellations annuelles pour cause de cannabis.

J’accuse les médecins qui ne savent pas, ou qui ne font pas savoir, qu‘au contraire de l‘alcool et du tabac, officiellement responsables de 82 000 morts par an en France, on ne trouve pas, dans toutes les annales de la médecine, un seul cas de décès imputable au cannabis.

J’accuse la police, qui se félicite à chaque fois qu‘elle met la main sur un petit vendeur, pendant que l‘argent sale (10 % de notre produit national brut, selon le rapport Larcher) inonde la vie financière et corrompt les dirigeants les plus haut placés, dont la «respectabilité» garantit l‘impunité.

J’accuse les pays du Nord qui, en tout impérialisme culturel, ont interdit aux pays du Sud de consommer leurs psychotropes traditionnels, comme le cannabis, intégré depuis plusieurs milliers d‘années à la vie religieuse et profané sur le continent indien ; et je les accuse d‘imposer à ces pays, comme seules drogues licites, l‘alcool, le tabac à les psychotropes chimiques fabriqués par notre industrie pharmaceutique.

J’accuse les scientifiques qui préfèrent détourner le regard lorsque des études pseudo-scientifiques servent de caution aux croisés de la guerre contre le cannabis.

J’accuse les économistes qui taisent l‘exorbitant fardeau financier de la prohibition, le scandale des millions de dollars dépensés annuellement dans les pays industrialisés pour tenter, au-delà de toute raison, de maintenir en place une prohibition dont l‘échec est patent; et je les accuse aussi de ne pas démonter le mécanisme pourtant fort simple par lequel la répression fait monter les prix et stimule le marché des drogues illicites, contribuant à l‘expansion du trafic.

J’accuse les intervenants en toxicomanie qui perpétuent le malentendu en ne répétant pas en toute occasion qu‘il n‘y a pas de dépéndance physique au cannabis ; et que les fumeurs d‘herbe, ou de haschisch, loin d‘être des malades à soigner, n‘ont aucun besoin de leur aide.

J’accuse les spécialistes qui laissent se perpétuer le mythe de l‘escalade alors que les chiffres parlent d‘eux-mêmes 96 % des fumeurs de cannabis ne «passent» pas aux drogues dures.

J’accuse tous ceux, journalistes, enseignants, éducateurs, qui contribuent au maintien de l‘imposture en utilisant l‘expression «la drogue», amalgamant de fait des substances qui n‘ont rien de commun entre elles, si ce n‘est de tomber sous le coup du même interdit.

J’accuse les parents qui n‘ont pas su maintenir ouvertes les portes de la communication avec leurs enfants et qui, en conséquence, voient d‘un oeil favorable l‘installation d‘un climat policier jusque dans les familles.

J’accuse les cinq millions estimés de fumeurs d‘herbe ou de haschisch en France, tous ceux qui savent et qui pourtant se sont réfugiés dans le silence hypocrite face à la doctrine officielle.

J’accuse enfin les technocrates peu soucieux d‘éthique qui s‘apprêtent à se remplir les poches en nous imposant le dépistage du cannabis dans les urines, sous de faux prétextes de sécurité.

 

En conséquence, j‘exhorte tous les citoyens de ce pays à mettre en oeuvre ce qui est en leur pouvoir pour corriger une désastreuse erreur collective ; et j‘appelle, en particulier, à la révision de la loi de 1970 qui viole la Déclaration universelle des droits de l‘homme selon laquelle «la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui».

Par Michka (Paris 1993)

Ressources:

Pour consulter le site de MamaEditions

www.mamaeditions.net/

www.liberterre.fr/entheogenes/psychonautes/michka/jaccuse.html

Poutou déboulonne la prohibition

Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, est le seul à avoir répondu à chacune des questions que nous avons adressées aux candidats à l‘élection présidentielle (Cf [RBH]²³ – La Gazette du Chanvre N°5)

Que pensez-vous de la politique de prohibition actuelle en France?

La politique de prohibition n’est efficace ni en termes de santé (c’est même le contraire), ni en termes de contrôle du trafic. Derrière un discours paternaliste de protection de la santé publique, priorité est donnée à une logique répressive à l‘égard des plus jeunes et des plus pauvres. En outre, cette politique est inefficace puisque l‘on constate une augmentation continue du nombre d‘usagers en France. Cette politique de prohibition sert des objectifs politiques. Aujourd’hui, on stigmatise le trafic à Sevran (Seine-Saint-Denis) car cela permet de viser les jeunes, les immigrés, les pauvres. Les problèmes sont bien réels dans les banlieues mais la drogue n’en est pas la cause. La situation actuelle est la conséquence du chômage de masse, de la misère économique. Plusieurs milliers de jeunes sont incarcérés chaque année pour consommation et trafic de cannabis, principalement issus de milieux populaires, alors que tout le monde sait que la drogue circule partout. Jean-Luc Delarue qui a avoué consommer 10 000 euros de cocaïne par mois dans le 6e arrondissement de Paris, n’a pas fait un seul jour de prison. Il est évident que la police et la justice mènent sur la question des drogues une politique antijeunes, au faciès, afin de maintenir un contrôle sécuritaire et économique en banlieue. Nous sommes donc pour l‘abrogation des lois antidrogue de 1970 .

Que pensez-vous du rapport parlementaire dit rapport Vaillant et de ce qu’il préconise?

Le NPA et son candidat Philippe Poutou est pour la légalisation qui est, pour nous, la seule mesure sérieuse en termes de santé publique. Il faut apprendre à vivre avec les drogues, les gérer au mieux. N’oublions pas que les deux drogues les plus dangereuses en France sont légales : le tabac (60 000 morts par an) et l’alcool (35 000 morts par an). Le seul moyen pour faire réellement de la prévention et de l’aide à la diminution des risques (utilisation de seringues stériles pour prévenir les infections par exemple) passe par la dépénalisation des drogues. Ne plus faire du consommateur un délinquant est le préalable à toute politique de santé qui vise à réellement aider les gens dans l’usage de drogues qui peut devenir ingérable pour certains. Pour l’instant, les réponses de la gauche sont faibles. Le PS partage fondamentalement le discours de l’UMP sur la question. Hollande s‘oppose à la légalisation du cannabis. Seul Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur socialiste,via son rapport parlementaire, a pris position pour mais nous pensons que cette position a été prise par simple pragmatisme policier. Le point positif de ce rapport c‘est qu‘il a permis de reparler de la légalisation.

Croyez-vous qu’il serait positif de s’en inspirer pour élaborer, en France, une politique efficace permettant de lutter contre les trafics mafieux et les dégâts sociaux qu’ils engendrent?

C‘est la politique de prohibition qui favorise en premier lieux les trafics mafieux. Mais il faut savoir qu‘aujourd‘hui que les principales interpellations policières pour infraction à la législation sur les stupéfiants se font pour simple usage, principalement pour détention de cannabis un produit dont la nocivité n‘est pas clairement avérée. Cette situation contredit le discours officiel de la hiérarchie policière qui prétend concentrer ses efforts sur les gros trafiquants. Il existe bel et bien une spécialisation policière sur le cannabis concentrant la répression sur les milieux populaires Par ailleurs, pour nous, le meilleur moyen de lutter contre les trafics mafieux est de décriminaliser l‘usage de toutes les drogues en dépénalisant la consommation et en avançant dès maintenant vers une distribution médicalisée des produits, en lien avec les associations d‘usagers. Sortir de la logique répressive et prohibitionniste est la seule voie pour assécher les trafics et ouvrir un débat responsable sur les conditions d‘utilisation des psychotropes dans notre société.

Que pensez-vous de la politique d’information et de prévention actuelle?

Il n‘y a aucune politique d‘information et de prévention. Depuis plus de 40 ans , ce sont des politiques répressives qui sont mises en œuvre. Derrière soi-disant une politique de prévention on caricature les jeunes qui « fument », les parents appellent car pensent que leurs enfants vont devenir schizophrènes….On dramatise la situation, cela n’a rien à voir avec une politique de prévention, d’éducation.

Quelles ont été vos réactions, aux commentaires de la Cour des Comptes,et face à la décision du Sénat de ne pas voter en l’état les subventions de la MILDT?

Que la Cour des comptes ait jugé que trop d‘opacité et de gabegie entouraient l‘utilisation des fonds publics alloués à la lutte contre les drogues et la toxicomanie…c‘est un fait que nous ne pouvons que constater. Par contre, ce que nous savons de la Mildt, c‘est qu‘elle a placé depuis 2007, comme priorité première de la politique intergouvernementale de lutte contre la drogue la stricte application de la loi, c‘est-à-dire la répression du trafic et de la consommation de stupéfiants. Actuellement, 35 % des fonds alloués à la MILDT vont à la police, 25 % à la gendarmerie, 20 % à la justice, 10 % aux douanes et 10 % aux actions de prévention…..La majorité des sénateurs a jugé que les fonds alloués à la prévention étaient bien trop faibles. Nous ne pouvons qu‘être d‘accord avec cela.

Pensez-vous que la France puisse suivre les traces des Pays Bas, du Portugal, de la République Tchèque, de la Grèce, et comme en Angleterre, en Suisse, ou en Allemagne, un débat objectif puisse s’instaurer?

Nous sommes favorables en France comme en Europe à la dépénalisation de toutes les drogues et la légalisation du cannabis, de sa production, sa distribution et sa consommation. Il faut évidemment qu‘un débat objectif puisse s‘instaurer afin d‘avancer vers cela.

www.poutou2012.org/Contact-presse

Photo: ©Photothèque Rouge – JMB

Joly courage !

sERONET interrogeait en septembre 2011 Eva Joly sur la lutte contre les hépatites et le VIH/SIDA, et des expériences à l‘étranger qui ont démontré leur efficacité en la matière, comme les programmes d‘échanges de seringues en prisons, les créations de salles de consommation supervisée, etc… La candidate verte aux lunettes rouges déclarait :

« Depuis l‘arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la réduction des risques liés à l‘usage de drogue, une politique publique qui a eu de très bons résultats, a pourtant été marginalisée, ostracisée, au profit d‘une répression des usagers aussi inutile qu‘inhumaine. Cette politique doit être relancée. De nouvelles expérimentations sont nécessaires, basées sur les expertises des acteurs locaux et de terrain, qui connaissent mieux que quiconque la réalité des usages. [...] Dans ce domaine comme dans d‘autres il faut sortir des idées reçues, de la peur, de la stigmatisation et aller vers les solutions efficaces d‘un point de vue humain et sanitaire. Mais il n‘y a pas que la politique de réduction des risques qui doit être remise en marche. Il faut une vraie politique de prévention, structurée et financée. Je ne parle pas de ces grandes campagnes de communication d‘Etat qui font office de prévention et qui ne servent qu‘à entretenir la peur des usagers de drogues… Il faut aussi développer le système de soins, notamment avec les programmes d‘héroïne médicalisée et le cannabis thérapeutique, qui, là encore, ont fait leur preuve dans d‘autres pays ».

 

Selon vous, doit-on revenir sur la loi de 70, et si oui de quelle façon ? Etes-vous favorable à la légalisation et si oui, de quoi ? La dépénalisation est-elle, selon vous, une décision de santé publique et quelles limites y mettez-vous ?

« J‘ai déjà eu l‘occasion de me prononcer sur ces questions. La prohibition ne marche pas. Pire, elle est contre-productive. Elle n‘a pas stoppé l’augmentation de la consommation et du trafic de produits illicites. Elle a des effets dévastateurs au niveau sanitaire et social. Le consensus des experts internationaux impose une réorientation des politiques. Contrairement à ce qui a été fait jusqu‘à maintenant, le système répressif doit se concentrer sur les trafiquants et abandonner la traque des consommateurs de produits illicites. Nous devons rétablir les usagers dans leur citoyenneté et non plus les traiter sous le régime d‘exception des terroristes. La pénalisation des usagers de drogue est un non-sens qui ne résout rien et les condamne à la marginalité et à la clandestinité, ce qui a des conséquences sanitaires et sociales néfastes. En dehors même de la question, cruciale, de santé publique, il s‘agit aussi de sortir d‘un cercle vicieux répressif qui joue là encore sur les peurs et le rejet. Je parle de la dépénalisation de l‘usage simple et de la détention, et pas de l‘usage de drogues qui met en danger autrui, comme la conduite sous l‘emprise de stupéfiants : cet usage-là doit être sanctionné, comme pour l‘alcool.
En ce qui concerne la légalisation du cannabis, il s‘agit à la fois de mieux gérer l‘usage des drogues en terme socio-sanitaire, et de sortir de la logique des réseaux mafieux qui prospèrent sur la prohibition. La légalisation du cannabis n‘est pas magique, ce n‘est pas LA solution aux problèmes des quartiers et des réseaux mafieux, mais c‘est un préalable indispensable pour sortir de la spirale infernale. Il faut envisager une filière éco-responsable : une régulation de la production et de la distribution par le biais de cercles associatifs d‘usagers ; une économie sociale en circuit court avec le respect d‘un strict cahier des charges sanitaire, sécuritaire et environnemental ».

Notons que c‘est la seule candidature à l‘élection présidentielle qui inscrit dans son programme une proposition politique claire sur le sujet, « Légalisation et encadrement de l’usage du cannabis, afin d’assécher les réseaux de trafiquants » : Les moyens législatifs, réglementaires et financiers des pôles judiciaires et policiers chargés de traquer la délinquance financière, environnementale et le crime organisé seront renforcés. Afin d’assécher les réseaux de trafiquants, l’usage du cannabis sera légalisé et encadré, et son commerce sera réglementé. (www.evajoly2012.fr)

Source : http://www.seronet.info/

Dupont-Aignan ressert les vices de la prohibition

Par honnêteté, nous publions cette réponse qui a bien des endroits nous semble erronée, voire manipulatrice. Or ça fait parti du décor, ça existe.

Cher Monsieur,

Je vous remercie de votre courrier et vous remercie de l’attention que vous portez à notre programme. Vous vous prononcez en faveur de la légalisation du cannabis.

Cependant, il est fort probable qu’une telle mesure, même associée à un contrôle sanitaire et social accru, ne retirerait pas la drogue du marché mafieux. Légaliser un produit ne nuit en effet pas forcément au marché noir : cigarettes, vêtements et accessoires de luxes sont en vente libre et la contrebande demeure très active. L‘espoir de voir casser le trafic du cannabis paraît une illusion. Il y a trop d‘argent en jeu. Le trafic se poursuivra sur le cannabis et se portera en plus sur la cocaïne, les amphétamines et autres produits de synthèse.

En outre, les syndicats de la police eux-mêmes se sont prononcés contre la légalisation, signe que les principaux acteurs croient en la possibilité d’éradiquer, ou du moins de diminuer le marché de la drogue.

Par ailleurs, la dangerosité du cannabis est bien trop importante pour le légaliser, comme l’a bien souligné l’Académie Nationale de Médecine. A la différence de l’alcool ou du tabac qui sont dangereux à partir d’un certain seuil, le cannabis est nuisible dès les doses faibles et/ou occasionnelles. Son principe actif, le THC, diminue les performances, crée une confusion mentale, perturbe l’équilibre et la coordination. Un usage même sporadique peut entraîner des lésions cérébrales irréversibles et favorise la survenue de maladies mentales grave comme les psychoses délirantes. Le pourcentage actuel de jeunes victimes de ces conséquences est de l‘ordre de 3 % à 5 %. Le THC est de plus en plus concentré, rendant sa toxicité aussi élevée que celle des drogues dures. En outre, comme cela est bien établi pour toutes les substances à potentiel toxique, une légalisation du cannabis entrainerait une augmentation inévitable de sa consommation, et par effet d’entraînement une augmentation associée de celle de drogues dites « dures ». Une étude comparative menée entre la République Tchèque et la Slovaquie est particulièrement éloquente à ce sujet. Mes propositions sont donc les suivantes :

s’attaquer au marché par le bas pour affaiblir la demande, en punissant les consommateurs de manière raisonnable et éducative, par des heures d’intérêt général par exemple, afin de rappeler au consommateur que le cannabis est interdit et que sa consommation n’est pas anodine ;

mais surtout renforcer considérablement la lutte et les sanctions contre les trafiquants, qui sont les véritables responsables de ce fléau social. Cette lutte passe notamment par le rétablissement d’un strict contrôle aux frontières car en matière mafieuse, la nature a horreur du vide : dès qu’un fournisseur ou dealer disparaît, un autre le remplace. Ce rétablissement des contrôles s’intègre dans le cadre du protectionnisme intelligent placé au cœur de mon programme, et de la dénonciation des accords de Schengen.

Espérant avoir répondu à votre interrogation et vous remerciant de votre intérêt,

Bien cordialement.

Nicolas DUPONT-AIGNAN

Candidat à la présidence de la République

Député de l’Essonne – Maire d’Yerres

Les partis et l‘abrogation de la loi de 1970

Comme on peut le constater, le débat sur la politique des drogues fait partie de ces « sujets à éviter » pour ne pas déplaire à l‘électorat… et comme on le voit seul le NPA a consenti à nous répondre. Finalement, d‘un point de vue antiprohibitionniste, ils paraissent ainsi les plus solides sur la question.

Il y a bien les Verts, mais ils ont l‘art de ne pas savoir mettre en valeur l‘originalité et la pertinence un tantinet iconoclaste de leur programme. C‘est donc normal qu‘ils n‘aient pas jugé utile de nous répondre. Et pourtant, on sait qu‘ils disent des choses évidentes, depuis longtemps et qu‘ils posent les problèmes avec un point de vue différent. En menant notre recherche dans tous les programmes édités pour la présidentielle, Europe Ecologie-Les Verts sont les seuls à l‘écrire noir sur blanc au chapitre santé, entre soigner autrement et combattre les lobbies. Bravo !

Par contre les autres partis sont nettement moins diserts sur le sujet. Ne parlons pas de la droite qui traditionnellement reste hermétique aux évolutions sociétales en se drapant dans des principes dépassés. Les différentes têtes pensantes des micro-partis qui vont du centre à l‘extrême-droite savent pourtant très bien que leur façon d‘aborder le sujet n‘a donné aucun résultat, au contraire, mais constatant une aggravation du phénomène, veulent croire qu‘un entêtement aveugle changera la réalité.

Néanmoins, il faut saluer la bonne volonté de Dupont-Aignan (Cf. page 6). Bien sûr, il ne fait que répéter les grosses bêtises véhiculées par le président de la MILDT. C‘est décourageant, à ce point, pourquoi s‘obstiner à nier une réalité qui n‘a quand même que peu à voir avec le trafic de fausses marques de luxe… Rien à attendre de ce camp, l‘esprit libéral d‘un Madelin est définitivement mort.

Quant à ce qui concerne la gauche, au Front de Gauche (Parti Communiste, Parti de Gauche, FASE, et autres) comme au Parti Socialiste, et Lutte Ouvrière compris, ils restent assez ambivalents, sauf le PRG qui s‘affirme sur ce sujet comme un caillou dans la chaussure du PS. F. Rebsamen en charge d‘une réflexion au PS annonce une possible contraventionalisation sans doute inspirée par la proposition de loi sénatoriale votée en janvier 2012. Jean Luc Mélenchon assimile, lui, le cannabis aux nombreux autres psychotropes dont les français battent les records de consommation, ce qui aussi une manière de dédiaboliser les choses à quelques heures du premier tour de la présidentielle.

Bien que dans les prochains mois au niveau européen, et à la faveur des évolutions de la situation internationale (élections aux USA, position de certains pays en Amérique du Sud), cette question du débat sur « des politiques alternatives » risquent de peser sur le futur gouvernement français.

Si ils arrivaient à nouveau aux affaires, les expériences passées ont montré l‘incapacité du PS à concrétiser leur projet sur ce sujet. On se souvient que Mitterrand avait inclus la dépénalisation du cannabis dans son projet électoral en 1981. Il aura fallu attendre 2011, le rapport Vaillant et le basculement historique du Sénat pour que certaines avancées novatrices soient enfin suggérées. Il faut bien reconnaître, que sur l‘ensemble des candidats en lice pour ces élections 2012, aucun ne veut réfléchir et prendre en compte la vraie mesure des enjeux. Bien évidemment, l‘emploi, la paupérisation galopante, l‘éducation sont des sujets plus « respectables », dont l‘urgence n‘échappe à personne. Tout autant que la santé, ou la sécurité. Mais se rendent-ils compte qu‘en fait tout est quand même logiquement lié ? Tout au moins pour le cannabis. L‘économie souterraine de subsistance, la relégation de certains quartiers à forte dominance de populations en situation d‘exclusion sociale, par difficulté à pouvoir s‘intégrer dans le système actuel, les faillites de la scolarisation, tout cela contribue à renforcer l‘offre, parce qu‘il faut bien vivre, et en conséquence la demande. Ce qui fait perdurer un trafic malgré tout plus ou moins toléré quoi qu‘on en prétende, en dehors des opérations « coup de poings » et de la « chasse au faciès des shiteux » pour faire de « bonnes » statistiques (IRAS).

Pourtant depuis 2002, ce n‘est pas la consommation de cannabis qui devient alarmante mais l‘arrivée massive de l‘héroïne bon marché comme l‘augmentation de la prévalence de la cocaïne, ou d‘autre drogues de synthèse, parfois légales et détournées de leur usage ou dues à l‘ingéniosité inventive d‘apprentis chimistes motivés par les aspects lucratifs.

Bilan catastrophique

Le bilan de la prohibition est catastrophique. Si le flou est entretenu, le discours des partis dits de gauche s‘est néanmoins décrispé au cours des derniers mois, surtout à propos du cannabis. Le véritable problème tient en une question résumée par le sous titre du livre Legalize It ! de Francis Caballero aux éditions L‘Esprit Frappeur (Cf. [RBH]²³- N°5), Pourquoi et comment légaliser le cannabis? Quelle procédure possible pour changer maintenant?

Comme le répètent les partisans du cannabis de la première heure, le débat est toujours biaisé par des considérations générales qui n‘ont rien à voir avec le produit. Ses vertus d‘accompagnement thérapeutique sont parfaitement démontrées. Faut-il persister à se focaliser sur une vision utopique d‘abstinence relevant presque de l‘ascèse parfaite, qu‘il est de la liberté de chacun de ne pas vouloir supporter, comme chacun est libre de ne pas préférer l‘alcool en tant que produit délassant? Que faire face aux nouvelles addictions de tout ordre que révèlent les progrès scientifiques et qui prolifèrent ? D‘ailleurs on pourrait également se poser la question du pourquoi cette recrudescence.

Il serait nettement plus profitable pour tout le monde que ces lamentations n‘aient plus lieu d‘être, et que l‘on puisse enfin se préoccuper réellement d‘une prévention pragmatique, donc efficace, qui comprendrait évidemment tous les volets sociaux relatifs aux drogues.

Une nouvelle politique pour réguler les substances psychotropes, après un petit recadrage général et réaliste ne serait-ce qu‘autour de la dépénalisation de l‘usage personnel. Cela pourrait devenir sans trop de renoncements la base d‘un consensus politique entre Poutou, Mélenchon, Joly, Hollande, Bayrou.

Ce pourrait être un début avant de traiter le reste auquel il faudra bien s‘attaquer un jour.

Par Ananda S. et Farid G.

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