Dépôt des statuts de l’association fédérative des Cannabis Social Clubs Français

Dimanche soir Itélé tentait une dernière fois de faire la Une le lendemain avec le sujet du jour : les « Cannabis Social Clubs Français ». Itélé a donc occupé son antenne ce lundi 4 mars avec l’exemple d’un « Cannabis Social Club » en Espagne où la loi est beaucoup plus permissive, « parce que la consommation dans un cadre privé est dépénalisée ».
Peut-être Manuel Valls pourrait s’en inspirer ?

Tandis que sur France Info tournaient en boucle plusieurs podcasts,

Dont celui d’Alexandre Grondeau présentant son roman Génération H sur France Info.

Au petit matin, sur France Culture Olivier Danzey lui aussi résumait bien la situation.

Plus proche du cratère, France 3 Région Centre avertissait, tandis que 20minutes tentait une sortie fracassante :

Du cannabis, ils en fument mais en prônent un usage modéré. Les membres du CSC revendiquent de pouvoir consommer et cultiver la marijuana afin d’éviter les circuits illégaux et de lutter contre le trafic. Pour cette transgression, ils risquent trente ans de réclusion criminelle et 750 000 euros d’amende comme le stipule l’article 222-35 du code pénal.

La préfecture donnera-t-elle son aval à la création de la fédération des cannabis Social Clubs? Rien n’est moins sûr. Le 21 février, le porte-parole des CSC, Dominique Broc, a été placé en garde à vue par la police à Tours. Ses cultures ont été détruites, son ordinateur saisi. Il doit comparaître le 8 avril prochain au tribunal correctionnel de Tours pour  » usage et détention illégale de cannabis ».

vidéo: Dominique Broc dénonce son procès en correctionnel et nous livre ses arguments en faveur d’une dépénalisation du cannabis (le lien vers la vidéo est cassé, mais on peut voir http://www.blog-video.tv/video-2353032617-Cannabis-Social-Clubs-Francais-.html

Prochaine étape pour le Cannabis Social Club, le 25 mars date à laquelle chaque CSC devrait se déclarer en association auprès de sa préfecture respective.

Roulement de tambour : La brève AFP arrivait donc à 18h11 et par tous les coins, comme ici sur ce site de geeks, comme en Une du Huffingtonpost coincé entre les 90 Unes mémorables du Time, un article sur les 5 idées reçues des français sur l’alcool » relevant ou révélant au passage :

Les Français estiment que l’alcool est plus dangereux que le cannabis, indiquait en février un sondage exclusif YouGov/Le HuffPost. À la question « laquelle de ces trois substances vous paraît la plus dangereuse: alcool, cannabis ou tabac? », les Français placent en tête l’alcool, pour 41% d’entre-eux. Suit ensuite le cannabis (35%) et le tabac (14%). Enfin, 10% des sondés ne se prononcent pas. Les Français semblent donc du même avis que Francis Cabrel. Le chanteur avait affirmé en octobre dernier: « le cannabis ne me paraît pas beaucoup plus nocif que le pastis »

Une tonalité comparable dans le JT de Canal Plus débutant sur le moral des français influencé par la météo, enchaînant par la question de la consommation d’alcool en France, pour finir vers 15’25 avec quelques images du dépôt des statuts de l’association fédérative des Cannabis Social Clubs Français suivies du reportage d’Itélé.

On s’étonnera que l’article du HuffPost agrémente cette brève AFP de 5 questions POUR / CONTRE, où les POUR sont à deux reprises étayés par des chercheurs sérieux, tandis que les arguments CONTRE sont biaisés (Imagine-t-on l’interdiction totale du téléphone portable responsable de conduite addictive et d’un facteur 3 pour les accidents de la route ?).

Et voilà cette fameuse brève AFP reprise par Le Figaro qui servira de base aux articles du monde entier qui vont, chacun à leur manière et parfois les commentaires, faire un éclairage de la situation de la « France cannabis ».

[Extraits de la brève de l'AFP] La fédération des Cannabis social club déclarée à la préfecture d’Indre-et-Loire

PARIS – Les statuts de la fédération des Cannabis social clubs, un mouvement prônant la dépénalisation du cannabis et l’auto-production, ont été déposés lundi à Tours, a annoncé à l’AFP un porte-parole, qui a affirmé y voir une première étape vers leur légalisation.
(…) Il s’agit selon lui d’un acte de désobéissance civile, destiné à faire reconnaître légalement leur activité.

(…)

Les statuts de la fédération prévoient une présidence collégiale, pour éviter que le seul président soit poursuivi.
(…)

Il estime à plusieurs centaines le nombre de Cannabis social clubs qui existent déjà en France. Le 25 mars, plusieurs d’entre eux devraient à leur tour se déclarer officiellement dans des préfectures.

Ces Cannabis social clubs ne visent pas à faire du business, mais à contrecarrer les trafics et les dealers, et à mieux contrôler la qualité du cannabis, afin de protéger la santé des usagers, affirme Farid Ghehioueche, autre fondateur des Cannabis social Clubs, créateur de l’association Cannabis sans frontières et ancien candidat aux législatives dans l’Essonne sous l’étiquette Cannabis santé liberté justice.

(AFP / 04 mars 2013 18h11)

Des nouvelles optimistes sur le front de la guerre à la prohibition.

Bonne nouvelle 1 : A l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le président du Mexique, Felipe Calderon, demande formellement aux Nations Unies d’engager un processus d’évaluation des bénéfices et des limites de l’approche prohibitionniste en matière de politique des drogues ». Le 24 septembre, déplorant les 60 000 morts causés au cours des 6 dernières années dans son pays, il déclarait lors d’une intervention devant le Council of Foreign Affairs « Soyons honnête. Je ne vois pas d’autres solutions que de réguler le marché des drogues à l’échelle mondiale, en commençant ici aux Etats Unis ».. Alors que son mandat arrive à son terme le 1er décembre, on regrettera que ses prises de positions datant de l’an dernier n’aient toujours pas été mises en oeuvre au Mexique…

Bonne nouvelle 2 : La Pologne tente de rendre ses lois en matière de drogues plus cohérentes. Tout d’abord pour distinguer les simples usagers des trafiquants, parce qu’en l’état actuel, « pour un joint, la prison ? », comme l’évoquait le titre d’une rencontre réunissant de nombreux acteurs de la prévention et des parlementaires. Aussi pour que le cadre légal permette la substitution par la délivrance de méthadone, et facilite les actions de réduction des risques et des dommages. Enfin, pour légaliser le cannabis thérapeutique, à l’instar d’autres pays reconnaissant ainsi tacitement qu’il n’y a pas de raisons scientifiques valables au classement du cannabis comme stupéfiants « avec pas ou peu d’intérêts pharmacologiques »… De plus, ces avancées dans l’un des pays les plus peuplé d’Europe, qui ne subit pas la crise économique, pourrait bien influencer ses voisins.

Bonne nouvelle 3 : La France se réveille ! Aux 5ème Assises nationales de la Fédération des Associations d’Addictologie pour « réduire les conduites addictives : une priorité nationale » (27-28 septembre) ; A l’Hôpital Marmottan qui invite à une formation « Drogues, la guerre est finie ?« , Lundi 1er octobre. Fallait bien ça pour sortir de la Narkozie, et dans un mois aux 4èmes Rencontres nationales de la Réduction des Risques.

Bonne nouvelle 4 : Pour le congrès du Parti Socialiste, à Toulouse du 26 au 28 octobre, tous ses adhérents pourront se prononcer en votant pour des contributions thématiques défendant des positions réformatrices pour la politique des drogues. Comme celle portée par Daniel Vaillant, « le laxisme, c’est de ne rien changer ». Une chose de bon augure, c’est que ces textes sont largement soutenus par la société civile, comme en atteste la liste des signataires… A suivre.

Bonne nouvelle 5 : Amusons-nous avec nos amis hongrois de Drug Reporters / HCLU qui proposent de nous envoyer en mission pour le compte des Nations unies, en devenant un « Drug war hero » (héros de la guerre à la drogue). Un jeu pour combattre la guerre contre les drogues… A bas la prohibition !

A bientôt sur rbh23.com

 

Irun, le sommet de l‘Europe – en marche vers la légalisation

[RBH]²³ – Est-ce le premier salon du genre dans la région? Pourquoi vous êtes vous engagé à l‘organiser? Sans indiscrétion, ça coûte cher d‘organiser un salon de ce type?


Thomas : En juillet 2008, il y a déjà eu la «San Ferweed» à Pampelune qui se déroulait en même temps que les fameuses de fêtes de la San Fermen. Mais ce fut un échec car le public n‘était pas au rendez-vous.

Quand on m‘a proposé de rentrer dans l‘organisation, j‘ai tout de suite accepté, car en tant que professionnel je participe à de nombreuses foires et j‘ai donc l‘habitude de ce type d‘évènements, j‘ai aussi la vision de ce qui peut manquer aux visiteurs ainsi qu‘aux exposants.

Organiser un salon coûte très cher et demande beaucoup de temps, surtout si l‘on fait les choses avec coeur.

C‘est le premier salon transfrontalier franco-espagnol, combien de personnes attendez-vous? Pensez-vous que les Français seront massivement présents?
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Interview Du cannabis à La Réunion

Depuis quand vous êtes-vous engagé pour la cause cannabique et pour quelles raisons ?
Inconsciemment, depuis ma naissance, cela doit être génétique… consciemment, depuis le 2 novembre 2010. Etant fumeur de cannabis, je ne m‘étais jamais posé la question du quoi, pourquoi, comment ? A propos de l‘interdiction du cannabis dans le monde.

C‘est alors que j‘ai découvert un livre écrit par Jean-Pierre Galland (Fondateur du CIRC) : Fumée clandestine (révélations), puis j‘ai rencontré Emmanuel et Farid de Cannabis Sans Frontières, puis Jean-Pierre Galland sur un réseau social. A cette période, Bernard Rappaz dit le Gandhi du chanvre faisait une gréve de la faim qui dura une longue période de l‘année (respect total) pour la cause – il sortira de prison presque SDF, le système lui aura tout pris (indignation)-.

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Conversation avec un modeste cultivateur silencieux

Rencontré par hasard au fin fond d‘une banlieue provinciale résidentielle, il n‘est ni noir ni arabe, mais ne deale pas non plus. Il se contente de cultiver gentiment quelques plantes auxquelles il apporte une attention quotidienne.

Il s‘y est mis un jour, par esprit d‘indépendance, recherche de qualité, et pour ne pas dépendre de la rue, des trafics, d‘éventuelles contraintes policières ou autres. Il a commencé par une culture extérieure, mais pratique maintenant aussi un peu d‘indoor.

Dans les deux cas avec un esprit résolument « bio », n‘utilisant que des engrais minéraux ou organiques. Ce type d‘engrais n‘est pas si facile à trouver couramment, mais il y tient beaucoup, en dépit du tarif. « La qualité, c‘est comme la liberté, ça n‘a pas de prix »

Et il devient de plus en plus adepte de l‘hydroponie, bio bien sûr, en raison de sa recherche méticuleuse de produit aseptisé. Il prétend que la culture est passionnante parce qu‘elle réserve toujours des surprises, et que le secret c‘est de « bichonner » ses plantes.

Pudiquement, il n‘a pas voulu confirmer leur parler gentiment ni indiquer leur cd préféré…. mais tous les soirs , après son travail, il s‘accorde un long moment d‘entretien de leur santé.

L‘indoor l‘intéresse particulièrement car son ambition est d‘arriver à une production « désinfectée ». Il utilise d‘ailleurs pour cela un appareil de laboratoire dont il est assez content. Cela lui permet d‘obtenir un produit presque stérilisé qui conserve néanmoins toutes ses qualités.

Il s‘est lancé aussi dans la transformation du produit et privilégie la teinture mère, pour laquelle il ne tarit pas d‘éloges. Bien évidemment, cette culture a également un but thérapeutique. Lui même souffre de contractures musculaires assez violentes, et en mélangeant un certain nombre de gouttes avec de l‘huile d‘olive, bio comme il se doit et à la provenance dûment répertoriée, il arrive à soulager rapidement ses douleurs par massages. Mais il n‘a jamais voulu donner le nombre exact de gouttes, prétendant que cela dépend des cas. Une de ses amies, atteinte de lupus profite également des bienfaits de sa teinture mère qu‘elle utilise en inhalation avec la même efficacité, dit il.

Au cours de la conversation, il évoque aussi avec une expression rêveuse, ce qu‘il a entendu raconter dans un de ses voyages, sur les vieilles traditions marocaines, festives, avec les « fumoirs à encens » desquels paraît-il se dégage une fumée propice aux palabres et aux mélopées, dans une ambiance détendue et conviviale.

Il n‘a pas encore tenté l‘utilisation des graines en tant que telles en cuisine, mais si il en avait l‘occasion aimerait bien vérifier leur qualité nutritive, tout en spécifiant que cela voudrait dire qu‘il soit devenu plus riche et puisse avoir une surface de production conséquente. Aucune augmentation de son salaire n‘est envisageable pour l‘instant, ce qui l‘arrange aussi parce qu‘il ne serait pas si facile de réorganiser ses petites plantations. Les directives européennes sur les plantes médicinales l‘embêtent un peu. Il ne les comprend pas trop, s‘étonne de la puissance vorace des laboratoires, et sa confiance en l‘Europe est légèrement ébranlée…

 

Après nous être séparés, il me revient malgré tout une impression de déjà vu, et la figure de ma grand tante avec ses pots de salvias blancs alternant sur sa petite terrasse avec des plants de tabac également blancs, et de magnifiques branches de persil plat me revient à l‘esprit. Le même genre de conversation sur les soins que demandent les plantes, l‘importance mesurée de l‘engrais, etc. Finalement combien sont-ils comme lui, tranquilles, (quasi)citoyens modèles, amateurs de jardinage avec des petits particularismes, ici le bio stérile, refusant la chimie médicamenteuse pour leurs problèmes de santé, des réflexes un peu à l‘ancienne.

Sachant ce que l‘on sait sur la non dangerosité du cannabis sativa L et ses effets bénéfiques potentiels, est-ce bien réellement utile de s‘enfoncer dans des poursuites à finalité judiciaire alors qu‘une information délivrée sous contrôle patenté permettrait d‘éviter des tâtonnements horticoles et en plus soulagerait certainement les caisses de la sécurité sociale. Combien de temps, cette question simple et facilement résolvable va-t-elle rester sans réponse ?

Par Ananda S.

IMAGE: Cannabis – Photo: © 2010 Peter Marks

Belgique – La situation en matière de drogues

Réflexion sur une prohibition en mouvement 

Les politiques belges en matière de drogues sont le reflet de la complexité institutionnelle du pays. Il n’est pas évident d’y voir clair, il est difficile de dégager un consensus autour d’une seule politique. La crise politique que traverse actuellement le royaume, 400 jours de gouvernance en affaire courante et toujours pas de gouvernement, reflète assez bien cette complexité. Je ne peux donc ni esquiver la question institutionnelle, ni celle des enjeux qu’elle révèle pour établir le bilan des politiques Drogues et des initiatives de santé menées dans ce domaine en Belgique. Je ne pourrai pas non plus dresser un bilan global, je me limiterai donc en grande partie à parler de la politique drogue menée en Communauté française et en Région Wallonne, c’est-à-dire dans la partie francophone du pays.

Nous y sommes, dans la complexité institutionnelle : Un Etat fédéral, trois Régions (Flamande, wallonne et bruxelloise), et trois Communautés linguistiques (française, flamande et germanophone). Chaque niveau de pouvoir étant doté de ses propres institutions (Gouvernement + parlement) vous imaginez aisément l’imbroglio produit par ce morcèlement du pouvoir. Nous avons, par exemple, cinq ministres ayant la santé dans leurs attributions. Nous aurions pu en avoir six si du côté néerlandophone il n’avait pas fusionné Communauté et région au sein d’une seule institution.

Mon intention n’est pas d’entrer dans le détail de la complexité institutionnelle belge, mais ce détour me semblait indispensable pour entrevoir les difficultés produites par une telle division des compétences réparties entre ces différents niveaux de pouvoir démocratiquement élus. Et de revenir à la source de ce qui parfois crée des conflits d’intérêts, ou met en exergue des convictions différentes, idéologiques le plus souvent, quant à l’exécution d’une politique global et intégrée du phénomène lié aux drogues en Belgique. Des divergences que l’on constate dans l’exécution de cette politique au niveau local (Régions et Communautés).

Le fondement de la législation fédérale drogues est prohibitionniste. D’aucuns joueront sur les mots et nuanceront en déclarant qu’il s’agit d’une politique, globale et intégrée du phénomène de drogues, articulée, par ordre prioritaire, autours de quatre piliers : la prévention, la détection et l’intervention précoce, l’assistance y compris la réduction des risques et enfin la répression. Mais ce serait faire fi de l’inversion systématique de cet ordre des priorités en termes d’investissements et de moyens. Et quand bien même, il faudrait déjà que le Nord et le Sud du pays s’accordent sur une politique commune. L’an dernier des divergences d’opinions sont encore apparues au moment de la déclaration commune de politique Santé-Drogues. Le ministre flamand de la Santé refusant, à l’époque, que le texte fasse référence au « testing » des drogues. Une pratique pourtant soutenue par les autres ministres de la Santé est en œuvre, certes de façon marginale, en Communauté Française1.

Vous commencez à y voir clair ? Une politique commune, mais des préoccupations différentes quant à l’exécution de celle-ci. Une sorte de prohibition à deux vitesses s’accommodant de la bonne volonté de chaque communauté. La question des drogues est ainsi (s’)abordée en Belgique. D’autres exemples pour illustrer la cacophonie du dialogue entre communautés sur les drogues, il y en a. Celui du traitement assisté par diacéthylmorphine, cette fameuse délivrance médicalisée d’héroïne, entre autres. Au terme d’années de palabres perdues en négociation, près de dix ans, un projet pilote, soutenu par le fédéral, a finalement débuté à Liège en janvier 2011. Il faut souligner l’attitude très volontariste de la ville de Liège dans ce dossier, elle a effectivement à force de persévérance et de concessions fini par convaincre les opposants, majoritairement flamands, au projet. Sans vouloir exacerber les divergences d’opinions politiques entre le Nord et le Sud, je prétends que les priorités en matière de drogues ne sont pas les mêmes en Flandre, à Bruxelles ou en Wallonie.

Cette différence d’opinion n’est pas exclusivement perceptible dans les politiques menées en matière de drogues, en témoigne l’enlisement des négociations actuelles de la réforme de l’Etat. Aujourd’hui, se sont surtout deux idéologies politiques majoritaires qui s’opposent : celle de centre-gauche, en Belgique francophone. Celle de droite en Flandre. En d’autres termes, au risque de me rendre coupable d’analyse simpliste, je dirai que la politique drogues menée dans la partie francophone du pays est davantage progressiste par rapport à la Flandre. En précisant pourtant que le défi de la consommation de drogues est relativement similaire sur l’ensemble du territoire. Les besoins sont donc les mêmes, mais la manière de les aborder est différente.

Quoiqu’il en soit, il faut rompre avec l’image d’une Belgique qui d’une seule voix irait dans le sens d’un assouplissement des politiques de lutte contre les drogues. Ou, comme on l’a souvent entendu, vers la décriminalisation de la détention de drogues. En 2003, il y a eu une avancée minime, en termes de politique des poursuites, relatives aux infractions liées à la détention d’une faible quantité de cannabis. Une directive commune des procureurs généraux allait recommander aux parquets d’accorder la plus faible des priorités judiciaires en cas de constatation d’une détention de maximum trois grammes, ou d’une plante femelle, de cannabis à des fins d’usage personnel. Pour autant que cette détention concerne une personne majeure, qu’elle ne trouble pas l’ordre public et qu’elle ne soit pas accompagnée de circonstances aggravantes. En 2003, la notion d’usage problématique a été également reprise par le législateur comme exception à ce régime de tolérance. Mais, une décision, en 2005, de la Cour d’arbitrage jugea cette notion difficile à apprécier, spécialement lorsque le pouvoir d’appréciation est conféré à la police. Dès lors, la notion d’usage problématique a été retirée des textes constitutifs de la nouvelle réglementation belge relative à la détention de cannabis.

Certes, la politique en matière de drogues a progressé, il n’y a plus grand nombre pour croire à un monde sans drogues en Belgique. C’est déjà une avancée, si l’on compare à la Suède par exemple, mais c’est insuffisant. Car malgré ce constat et l’échec, de plus en plus criant, de la prohibition à tous les niveaux (social, économique, santé, justice), rien ne bouge fondamentalement. Au mieux, comme nous l’avons vu, des pratiques de RdR et/ou de soins, déjà largement éprouvées à l’étranger, sont initiées sur le territoire. ou des recommandations sont émises pour éviter les poursuites à des consommateurs de cannabis bien dans la norme.

C’est un peu comme si la prohibition cherchait des stratégies pour amoindrir l’échec cuisant de sa politique. Ne s’agit-il pas de cela ? Une guerre perdue qu’il convient de reconnaître mais dont on cherche à réduire les méfaits en réaffirmant que la meilleure des préventions contre la drogue reste la norme pénale extrêmement coercitive.

1 L’ASBL Modus Vivendi organise le testing avec le soutien de la Communauté Française et de la Ministre fédérale de la Santé (socialiste francophone)

Bruno Valkeneers