samedi, 10. septembre 2011

Mythes prohibitionnistes: Le nouveau cannabis OGM surpuissant

Très actifs dans les médias et les rapports officiels, les représentants des syndicats de police, Etienne Apaire, président de la MILDT et le commissaire François Thierry de l’OCRTIS affirment sans vergogne que le cannabis du 21ème siècle est génétiquement modifié pour obtenir des taux de THC faramineux soi-disant bien plus nocif pour la santé (jusqu’à 45% pour Bruno Beschizza du syndicat des policiers Synergie). «Jusqu’à 30 fois plus fort que dans les années 70», il aurait envahi le marché. C’est une intox surtout destinée à faire flipper des parents initiés au cannabis quant à la consommation de leurs enfants.

 

harry Anslinger, l’inventeur de la prohibition du cannabis, faisait déjà le coup entre le chanvre US et la diabolique marijuana mexicaine. Adolescent, mon père me disait «le kif fait juste tourner la tête mais le haschich est une drogue dure». Et aujourd’hui des dirigeants et des fonctionnaires de haut-rang nous expliquent que le joint de papa était une drogue douce (on se demande bien pourquoi ils l‘ont dit illégal) comparée au très dur nouveau cannabis OGM.

 

La Californie des seventies

La Skunk est une variété mondialement célèbre pour sa puissance, elle est à la base de la majorité des croisements disponibles chez les grainetiers. Elle a été développée en Californie au début des années 70 par le groupe de breeders Sacred Seeds en hybridant deux landraces (variétés pures) sativa légendaires l’Acapulco Gold (Mexique) et la Santa Marta Gold (Colombie) avec une landrace indica Afghane. Les frères Haze, créateurs des mythiques A5, C5 et HPH, ont aussi commencé leurs travaux dans les seventies avec des landraces sud-américaines et asiatiques. La très complexe Northern Lights (12 croisements) repoussée par la répression du soleil californien aux lampes de Seattle apparaît fin 70/début 80.

 

Les débuts de la transgénèse

Paul Berg a ouvert la voie expérimentale de la transgénèse en 1973 et il faut attendre 1980 pour le premier brevet sur une forme de vie génétiquement modifiée, délivré au microbiologiste indien Ananda Chakrabarty pour une bactérie transgénique capable de dégrader les hydrocarbures. On peut donc affirmer que les plus fameux hybrides de cannabis ne sont pas des OGM mais le résultat d’une sélection impitoyable et de croisements comme en font les agriculteurs depuis la nuit des temps. Neville Schœnmaker, le génial créateur de mes variétés favorites, est aussi très réputé pour ses sélections de chevaux de courses.

 

Statistiques officielles

Une note de l’OFDT sur une étude de 2005 réfute l’augmentation exponentielle du taux de THC sur le marché français. Les 96 échantillons de résine collectés variaient de 1,1 à 26,1 %. Il se concentrait essentiellement entre 5 et 15 % (85 % des échantillons). La médiane était de 10,6 %. Le taux de THC des 145 échantillons d’herbe variait de 0,3 à 23,8 %, 63 % des échantillons avaient un taux de THC compris entre 0,3 et 10 %. La médiane était de 7,9 %. D’après le rapport 2010 de l’OEDT, l’intervalle moyen du taux de THC de la résine saisie en Europe est de 3 à 16 % avec un intervalle médian entre 6 et 10 %, pour l’herbe l’intervalle moyen est de 1 à 10 % avec un intervalle médian entre 5 et 8 %. Très loin des 30 à 45 % annoncés par la police qui pratique ici l’inverse de son habituel comptage des manifestants.

 

Comparer avec du Tchernobyl

En prenant pour référence historique du 20éme siècle l’herbe africaine/mexicaine compressée pleine de branches et de graines à 2-3% et la résine coupée à la paraffine ou à la graisse (les tristement célèbres Tchernobyl et Border Afghan) à 4-5 %, il est possible de constater une hausse moyenne du taux de THC de 50 à 200 %. Mais il existait aussi du Libanais rouge ; du Turc gris, du Temple Ball népalais, du 00 marocain pour les résines puissantes, de la ganja fil rouge antillaise, du Zamal mangue-carotte réunionnais, du Pakalolo tahitien, de la Calif d’Ardèche ou de la F1 de la Drôme pour les herbes explosives. Et, comme aujourd’hui, ces produits de qualité ne constituaient pas plus du quart du marché.

 

Des experts plus crédibles

En 2004, l’OEDT affirmait déjà dans son rapport annuel : «Les déclarations émises dans les médias populaires selon lesquelles la puissance du cannabis a été multipliée par 10, voire plus au cours des dernières décennies ne sont pas étayées par les données limitées provenant des États-Unis ou d’Europe. (…) Le cannabis à haute puissance a toujours été disponible dans une certaine mesure, et les inquiétudes à ce sujet ne datent pas d’aujourd’hui»

D’après «Cannabis, état des lieux en Suisse» ISPA (MILDT suisse) 2004 : «A l’heure actuelle, on ne connaît aucun effet à long terme sur la santé d’une teneur élevée de THC dans le cannabis. (…) L’augmentation de la teneur en THC des préparations cannabiques n’accroît pas nécessairement les risques d’atteintes à la santé. Les fumeurs réguliers, pour autant qu’ils sachent en doser l’effet enivrant et prennent moins de marijuana pour obtenir l’effet désiré, réduisent les atteintes éventuelles des voies respiratoires. (…) Une concentration plus élevée de THC peut générer, chez les consommateurs inexpérimentés, des réactions aversives telles que nausées et états anxieux, et donc les dissuader de recommencer.»

 

Règlementer pour réduire le risque

Le risque majeur est donc le surdosage involontaire qui provoque une angoisse puissante avec vomissements, des hallucinations légères (principalement auditives) et une récupération pénible après un sommeil de plomb. Chez les sujets prédisposés génétiquement (entre 0.3 et 0.5 % de la population), cette overdose peut révéler une schizophrénie ou une psychose. Le lien causal n’est pas établit dans la population sans antécédents ou prédispositions.

Comparé à l’alcool, pour les consommateurs les moins avertis un joint illégal est une pinte dans laquelle on verse une boisson glacée sans connaître son titrage alcoolique et que l’on boit rapidement. Pas de souci pour la bière, avec de l’absinthe à 70° c’est le coma éthylique. Pour l’alcool comme pour le cannabis, le consommateur raisonnable adapte la dose au titrage du produit et à l’effet désiré, c’est bien plus facile avec un alcool légal certifié et étiqueté, une règlementation de la distribution du cannabis réduirait considérablement ce risque. Personne ne demande l’interdiction du cognac.

Par Laurent Appel (ASUD)

Image: © 2011 marker

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