mardi, 11. octobre 2011

Cannabis et HIV-Sida

«Bien sûr, je ne vais pas mourir sur le champ…»

Entretien avec une personne concernée

Quelque part, dans un appartement d‘un immeuble quelconque d‘une ville allemande, depuis plusieurs années, sans que personne ne puisse le remarquer, un grand criminel potentiel se terre. Non, pour fabriquer des bombes ou martyriser des enfants, mais seulement parce que cette personne atteinte du HIV-Sida cultive des plantes de cannabis. *

Andréas 48 ans, séropositif, nous attend dans l‘embrasure de sa porte d‘entrée pour nous accueillir chaleureusement.

 

Image: © 2011 Peter Marks

 

[RBH]23: Bonjour Andréas

Andréas : Salut

[RBH]23: Depuis quand es-tu séropositif ?

Andréas : Je pense depuis 1990, mais on me l‘a confirmé qu‘en 1992 quand le virus s‘est déclaré.

[RBH]23: Quelle est la nature de ton traitement thérapeutique?

Andréas : Tous les matins, je prends des antiviraux en comprimé, et sur les conseils de mon médecin, du cannabis.

[RBH]23: Comment agit le cannabis ?

p08_andreas01_hajo_rbh23N02Andréas : Tout d‘abord, je dois dire que ça m‘aide à atténuer mes problèmes d‘estomac causés notamment par la lourdeur des médicaments et à retrouver de l‘appétit. Vous n‘avez pas idée de l‘impact positif que cette plante peut avoir, surtout lorsque vous vivez avec la douleur et les peines que vous ne pouvez pas supporter.

[RBH]23 : Que se passera-t-il si tu n‘as plus de fleurs de cannabis pour ta consommation ?

Andréas : Heureusement, je ne vais pas mourir sur le champ, mais c‘est un lent processus de dégradations. D‘abord mon estomac se rebelle à la prise du traitement et je perds mon appétit. Cela n‘est pas très grave sur un ou deux jours, voire une semaine, mais mon poids s‘en ressent. Parfois, je ne fais qu‘avoir des nausées avec l‘envie de vomir toute la journée. Je ne supporte plus ces pilules, ça joue directement sur mon état psychique. Petit à petit, les désagréments s‘enchaînent et c‘est vraiment pas beau à voir.

C‘est pour ça que je me suis lancé dans la production de mon remède, afin de limiter les conséquences des pénuries.

[RBH]23 : Est-ce que tu as tenté d‘obtenir une autorisation spéciale délivrée par le BFArm (l‘agence fédérale allemande du médicament et des services sanitaires) ?

Andréas (rires) : Il y a quelques années, j‘ai été arrêté en possession de substances illicites et cela m‘a valu une condamnation, même si je pouvais démontrer qu‘il s‘agissait d‘une auto médication. Je ne sais pas dans quel sens la situation évoluera, mais à partir du moment où la loi garantira mon intégrité, alors je ferai cette demande. Mais pour le moment, je ne veux pas éveiller les soupçons. Le pire, c‘est que j‘ai des contacts réguliers avec de nombreux patients qui sont suivis par mon docteur, et tous emploient du cannabis à des fins thérapeutiques comme moi. Mais pour ceux recevant leur traitement à domicile et dans l‘impossibilité de sortir, ils ne peuvent avoir recours ou cultiver du cannabis parce qu‘il y a les agents des services médicaux présents au domicile, qui ne souhaitent pas être associées à de telles activités, illicites.

Mais si je fais l‘effort d‘offrir quelques sommités fleuries, je risque d‘être considéré comme un revendeur par le tribunal et le juge. Mais si je ne fais rien, je me sens coupable de non-assistance à personne en danger. Tant que la situation restera bloquée de la sorte, je ne me vois pas vivre conformément à la loi. J‘en suis bien conscient et je dois faire avec.

[RBH]23 : Quelles sont les variétés que tu cultives ?

Andréas : Je fais au plus simple, sans me compliquer la vie. J‘ai de la « New York Diesel » sur un mètre carré et demi. Un terreau biologique, et des engrais bios aussi, c‘est tout. Mon seul luxe est d‘avoir installé un système pour extraire et filtrer l‘air, pour m‘assurer que personne dans le voisinage ne se plaindra de l‘odeur. Je fais deux récoltes par an pour couvrir mon auto-médication. Cela me fait environ 600 grammes par an, ce qui me permet d‘avoir environ un à deux grammes pour ma consommation quotidienne.

[RBH]23 : …C‘est sans doute la raison pour laquelle tu peux avoir de gros problèmes si tu te fais arrêter ?

Andréas : Oui, comme cela m‘est déjà arrivé il y a quelques années. Heureusement que je suis tombé sur un juge compréhensif, qui dans sa clémence ne m‘a condamné à ne payer qu‘une amende forfaitaire.

[RBH]23 : Comment se passe tes journées ?

Andréas : Le matin, juste après les premières pilules de mon traitement, je fume une petite pipe pour mon estomac. Après ça, je m‘allonge une heure, avec un estomac plein de molécules chimiques. Après ça, je peux enfin déjeuner et la journée peut commencer. Tant que je dispose de mes traitements, le légal et l‘illicite, ma vie quotidienne n‘est pas si différente d‘une autre personne. J‘ai un tas de choses à faire, et depuis deux ans, je suis en mesure d‘avoir un travail à temps-partiel.

[RBH]23 : Merci Andréas pour cet entretien, soit prudent et tout le meilleur pour la suite.

Andréas : Merci, et fais attention toi aussi.

 

 

* Cet entretien fait partie d‘une série de portraits d‘Andréas publiés au cours des cinq dernières années par nos homologues du Hanf Journal et que nous publierons dans les prochains numéros de [RBH]²³.

 

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