mercredi, 15. février 2012

Raph: La presse et le cannabis médical 2è partie

Suite de notre petite étude comparative sur le thème du cannabis thérapeutique dans quatre titres de la presse quotidienne nationale (Libération (L), Le Monde (M), Le Figaro (F) et l’Humanité (H) ), sur la période du 1/1/1997 au 1/1/2012.

p03_sirius02_raph_rbh23N03En ajoutant la requête «marijuana médicale» (ou thérapeutique), synonyme assez fréquent, nous avons étoffé le corpus de quelques données supplémentaires (L: +2 ; M: +3 ; F: +3 ; H: +5). Une recherche limitée aux expressions «cannabis médical» (ou thérapeutique) s’a vérait donc insuffisante.

Libération conforte sa prédominance sur les trois autres titres, de poids relativement similaire. Cette comparaison sommaire peut être affinée en examinant le genre des articles (enquête, brève, interview…) et leur répartition, significatifs de l’importance accordée au thème étudié. Dans Libération, le genre «article», même réduit au sens strict, pèse un poids équivalent à celui des trois autres titres réunis ; la «diversité rédactionnelle» du journal ressemble, en plus fournie, à celle du Monde (sans portrait, mais avec un éditorial), voire à celle de l‘Humanité (sans enquête, mais avec des tribunes). Le Figaro, quant à lui, présente une diversité moindre, mais se singularise par un nombre significatif de tribunes.

Enfin, une autre classification permet de comptabiliser les cas où l‘aspect thérapeutique du cannabis est le sujet principal de l‘élément d‘ information considéré (article, brève…), ou en «second plan», par une évocation: par exemple, en revendication annexe des manifestations pro-légalisation du cannabis (Libé du 17/6/06). Illustrons ces différentes catégories par quelques cas choisis.

Éditorial

Il est censé faire connaître la position d’un journal sur un sujet d’actualité considéré comme essentiel. Le Monde déplore ainsi l‘«impossible débat» sur les drogues dans son éditorial du 26/2/98. La dimension médicale du cannabis n‘est qu‘un argument secondaire pour le journal, qui justifie son constat par le tabou de l‘usage, la position figée des deux camps et le «discours peu cohérent» d‘une «gauche divisée», notant finalement que «les confidences de Bernard Kouchner, secrétaire d‘Etat à la santé, en faveur d‘une prescription thérapeutique de cannabis et d‘héroïne, sont ensuite venues embrouiller un peu plus les esprits.(…)».

Tribune

Dans ce lieu de débat, la rédaction donne à une personnalité extérieure la possibilité de s‘exprimer. Le Figaro affirme donc clairement son «camp» en ouvrant ses colonnes à cinq reprises au Dr Gabriel Nahas (4 fois, de 98 à 2000) et au Dr Léon Hovnanian (en mai 2000), deux «croisés» de la lutte contre le cannabis. «Drogues: vers une dépénalisation larvée», «Les effets pervers du cannabis», «Le cannabis n‘est pas un médicament»… sont quelques-uns des titres de leurs argumentaires pour relativiser les vertus médicales du chanvre. «Le cannabis est une médicamentation vétuste, dont les effets nocifs contrebalancent les effets thérapeutiques partiels»; «Sous couvert d‘un usage médicalisé, basé sur l‘innocuité du cannabis, on en vient en fait à approuver l‘usage généralisé d‘une drogue qui présente une menace pour l‘avenir de l‘homme.» déclare ainsi G. Nahas.

Le 2/7/10, l‘Humanité suscite le débat («Faut-il légaliser le cannabis à usage thérapeutique?»), en publiant deux tribunes: l‘une, favorable, signée par F. Pourchon et J-B. Grolleau, de la commission «drogue» d’Act-up, et l‘autre, opposée, du pharmacologue J. Costentin («disciple» de Nahas).

Critique

Dans ce court article, commun aux quatre titres de presse, le journaliste fait un compte-rendu critique d‘une émission télé ou radio. Ces citations «inter-médias» font également vivre le débat, et sont l’occasion pour le journaliste d‘affirmer son positionnement avec… vivacité. Exemples: «On a accumulé suffisamment de centrales nucléaires pour s‘offrir à l‘occasion le plus mauvais trip de toute l‘histoire de l‘ humanité, mais la recherche sur l‘usage thérapeutique du cannabis est interdite aux Etats-Unis et dans la plupart des pays européens.» (E. Poncet et I. Potel, à propos de l‘émission «Le haschisch en question», Savoir + santé, France 2, Libération, 22/3/97). «Il faut regarder ce soir ˝Un œil sur la planète, sur France 2. Ça défonce sec. On attaque avec Yes We Cannabis, reportage sur la marijuana en Californie, quasi légale depuis qu’e n 1996 le cannabis thérapeutique y a été autorisé.» (M. Henry, «France 2 fait tourner le docu», Libération du 21/3/11). Le Monde est plus tempéré, distancié: «alors que partisans et adversaires de la dépénalisation de l‘usage de la marijuana continuent de s‘ affronter, [l‘émission] Nimbus met en lumière un autre débat, plus discret, sur les vertus thérapeutiques de cette plante»; «les plus radicaux souhaitent la légalisation qui permettrait l‘ouverture de cannabistrots et la création d‘emplois. Un reportage qui milite ouvertement pour la dépénalisation». (23/5/99)

Dans l’Humanité du 26/1/2000, Sébastien Homer juge «Accro», série sur les drogues sur «La Cinquième», de «didactique, dépassionnée, informative sans être moraliste ou alarmiste»; il regrette simplement sa trop courte durée, et qu’ «elle n‘évoque ni le trafic ni les usages thérapeutiques». Il cite le directeur des programmes, qui espère que la collection permettra «d‘engager le dialogue». Sa conclusion sera la nôtre: «Alors, faites tourner!».

(À suivre…)

par Raph

 

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