vendredi, 25. mai 2012

Cannabis: Le trou noir de la science en France

Alors que le Pr Costentin veut encore à la manière d‘un Claude Allègre enfumer le débat en sortant un livre Pourquoi il ne faut pas dépénaliser le cannabis ? , j‘ai sondé l‘Académie des Sciences pour en savoir plus et faire le point.

Pierre POTIER, membre de l’Académie des sciences, directeur de recherche émérite au CNRS rédigeait un article intitulé Tout est chimie publié dans le bulletin de l‘Académie Nationale de Médecine N°1 en janvier 2002. Il y a dix ans, on pouvait lire : «Pour rester dans le domaine des «drogues», une situation très semblable se retrouve avec le haschich (la marijuana ou «la yerba»). Il s’agit d’une résine secrétée par le chanvre indien et utilisée depuis des millénaires pour traiter diverses maladies, effacer la douleur et pour droguer des hommes (les haschichins qui deviendront les assassins!). Comme dans le cas de l’opium et de la morphine, il peut y avoir accoutumance (toxicomanie). Les travaux de Mechoulam ont montré que le produit actif principal du haschich est le tétrahydrocannabinol.

s07_prsativa_trounoirPlus tard il fut démontré que ce produit, végétal, se fixait sur des récepteurs cérébraux et périphériques nommés CB1 et CB2. Il ne restait plus qu’à trouver les « endo-cannabinoïdes ». On isola alors l‘anandamide (du sanskrit ananda) dérivé fort simple d’un acide gras très répandu (y compris dans les cacahuètes!) : l’acide arachidonique. On trouve de tels composés dans le chocolat. De là à imaginer que quand on est « accro » du chocolat on peut, ensuite, descendre les marches de la dépravation toxicomaniaque vers le haschich…!

Qu’en cette période de fêtes, on se rassure : le chocolat n’est pas une drogue dure. Il arrive que des personnes consommant des quantités déraisonnables de chocolat (une tablette par jour avouée) comme d’autres disent un paquet par jour (pour le tabac) puissent avoir des migraines insupportables. Or, on sait, de mieux en mieux, que les migraines sont de véritables « orages cérébraux » rappelant les crises d’épilepsie, mais on sait aussi, depuis peu, que les dérivés du chanvre indien (tétrahydrocannabinol et dérivés proches) agissent pour prévenir et s’opposer aux crises d’épilepsie. Il y a encore de la besogne dans ce domaine de la recherche thérapeutique : cerveau, comportements, immunologie, etc. Cherchez et trouvez, le jardin du Bon Dieu est ouvert.»

En résumé, la consommation de cannabis n‘est pas plus néfaste à la santé humaine que celle du chocolat, dont on se méfiera s‘il est gonflé aux graisses hydrogénées, à l‘huile de palme…

Dans la Biographie du Pr Schwartz, on peut lire une chose (d)étonnante : «Il a également découvert plusieurs sous-types de récepteurs de la sérotonine et établi le rôle neurotransmetteur de l‘anandamide, ligand endogène des récepteurs du cannabis, ce qui pourrait avoir des applications thérapeutiques dans les pathologies liées à la dépendance aux drogues.» Alors qu‘on nous bassine avec la théorie de l‘escalade et autres fumisteries mensongères à propos du cannabis… Il serait temps d‘en finir avec l‘hypocrisie, et de regarder la réalité en face.

Mais il serait bon que la science se débarrasse de présupposés moraux ou idéologiques, pour éclairer de la manière rationnelle le débat. Comme par exemple dans le paragraphe « Drogues » du rapport d‘activité de l‘Académie des Sciences en janvier 2002 : «L’usage des drogues illicites est particulièrement fréquent chez les adolescents français des deux sexes qui sont, dans l’Union européenne, parmi les plus gros consommateurs de cannabis (environ la moitié des fumeurs de tabac de moins de 30 ans en fument occasionnellement ou régulièrement) et d’autres drogues (ecstasy, amphétamines), avec cependant de grandes variations en fonction de la région, du quartier, du milieu socio-économique et familial et du niveau de réussite scolaire.

Cependant, nul groupe n’est épargné. Les associations entre drogues licites (tabac, alcool) et illicites sont devenues la règle. Les drogues licites et illicites (nicotine, héroïne, morphine, cannabinol) agissent sur un même système de neurotransmetteurs qui provoquent plaisir et aversion et, de ce fait, induisent une dépendance de plus en plus forte.

Il faut avertir les adolescents des méfaits des drogues, mais surtout rechercher les racines de ce besoin de fuite qui leur fait sacrifier leur avenir et leur santé à une satisfaction éphémère. Les drogues sont souvent associées à une fréquence élevée de troubles psychosomatiques, à la violence contre les autres ou contre soi (tentatives de suicide), à la prise de tranquillisants et de somnifères (la plus élevée au monde chez les jeunes Français), tous phénomènes qui traduisent un manque de confiance en soi, en les autres et en l’avenir.»

Dix ans plus tard, le constat pourrait être quasi identique, sauf que si l‘une des plus vieilles institutions au monde est restée inerte et muette sur le sujet à en juger les documents disponibles sur son site internet, partout ailleurs dans le monde cette omerta est brisée menue. Dix ans de trou noir, il faut que ça change.

 

 

Sources :

http://www.academie-sciences.fr/academie/membre/SchwartzJC_bio0210.pdf

http://www.academie-sciences.fr/activite/lettre/lettre10.pdf

http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/rapport0102.pdf

 

Par Pr Sativa

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *