vendredi, 22. juin 2012

Reportage gonzo aux Nations Unies

1 – De la présence française à Vienne

Hors quelques représentants de la Réduction des risques, dont Médecins du Monde et Aides, deux personnalités francophones issues de la délégation de la Commission Globale pour la Politique des Drogues, Mme Ruth Dreyfus, ancienne présidente de la Confédération Helvétique et M. Michel Kazatchkine, ancien directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, la présence française n‘était pas optimale, à la différence des délégations de la société civile en provenance des Pays-Bas, de quelques pays d‘ Europe de l‘est, de l‘Angleterre, et même un certain nombre des Etats Unis.

Il faut dire qu‘ Etienne Apaire est sur le départ, et la perspective d‘un changement de gouvernement en France et de l‘éventuelle formulation d‘une nouvelle politique dicte logiquement une réserve. Fraîchement débarqué, je serrai la main du Président de la MILDT en lui soumettant le livre de Francis Caballero Legalize It !, qu‘il refusa en demandant qu‘il lui soit adressé avec les dédicaces conjointes de l‘auteur et de l‘éditeur. Je le titillais à propos d‘ une invitation suspecte circulant sur internet proposant une soirée festive dans les locaux de la MILDT, le lundi 18 juin… Il n‘en savait pas plus sur cette vraie-fausse invitation. Mais dans son attitude totalement détachée, on sentait bien que son grand plaisir allait être de remplir un maximum de sacs au supermarché détaxé réservé aux délégués officiels et aux personnels des agences onusiennes.

Plus sérieusement, la cheffe de la délégation française, Madame l‘Ambassadeur de France en Autriche aurait peut-être dû garder plus de réserve lors d‘une rencontre bi-latérale, face aux membres de la délégation Bolivienne.

Après leur avoir signalé que la France s‘opposera par une lettre au secrétaire général des Nations Unies à leur réadhésion aux conventions sur les stupéfiants ; elle émit l‘idée particulière que la Bolivie « devrait changer de constitution en se conformant au système international » !!!

Même si l‘on peut supposer que l‘intention n‘était pas mauvaise bien que totalement impérialiste, la France semblant bien peu respecter un principe fondamental, celui de la souveraineté des peuples… Par ailleurs, la seule intervention de sa part dont j‘ai pu être le témoin lors de la plénière de clôture concernait l‘emploi et la rédaction des acronymes en version française dans les textes pour les francophones (par exemple, en anglais UNODC – en Français ONUDC ; INCB / OICS ; EU / UE ; etc) et c‘est alors qu‘on mesure l‘ importance d‘être français…

2 – Des événements connexes

Que ce soit les événements de l‘IDPC lors des pauses déjeuner, ou ceux programmés dans les rencontres informelles à l‘initiative du Comité des ONG de Vienne comme celles avec le Directeur de l‘ONUDC, Yuri Fedotov, la Présidente de la CND ou celle avec le président de l‘OICS, un vent de réforme a soufflé fort, avec des prises de paroles assez tranchantes. Comme par exemple, l‘intervention de Boaz Wechtel de l‘ ENCOD demandant à la présidente de la CND, lors de la rencontre informelle organisée par le Comité des ONG de Vienne « quand allait être mis à l‘ordre du jour la question de l‘usage du cannabis thérapeutique, en s‘appuyant sur les recommandations formulées par l‘OMS en 2003 ? ».

3 – « Le chant du cygne » des prohibitionnistes

Au titre des expériences uniques, j‘ai pris part à la rencontre organisée par une coalition US bien implantée aussi dans de nombreux pays du Sud, la CADCA, qui lutte contre les dépendances à l‘alcool, le tabac et les drogues. Bien entendu en premier lieu contre le cannabis, première des drogues illicites consommées. A la différence des précédentes coordinations prohibitionnistes qui défendaient mordicus l‘abstinence avec un grand A, ces nouveaux croisés de la prohibition ont adapté une des règles élémentaires de la réduction des risques : la démarche communautaire. Avec pour vecteur de développement, la volonté d‘intégrer les usagers dans un partage de responsabilités en théorie socio-écologiques. Ce n‘est plus un programme imposé par une structure, mais un contrat choisi d‘ assistance mutuelle entre usagers et non usagers volontaires, et ce dans un cadre évolutif. La démarche n‘est pas religieuse, ni même centrée sur des traditions. Elle se développe rapidement parce qu‘ elle est avant tout une action à dimension socio-économique. On le sait, dans des pays pauvres, et dans les favelas, le moindre projet s‘inscrivant dans une démarche écologique à caractère socio-économique peut avoir une incidence directe sur la vie quotidienne, surtout si le but final est de « chasser le mal » et « redonner espoir à la jeunesse », car les fondamentaux du discours prohibitionniste demeurent. De plus, comme généralement les services de l‘Etat sont inexistants, ces projets locaux bien ancrés sont assez facilement accueillis par des gouvernements plutôt répressifs. Il faut reconnaître qu‘ils se déchargent ainsi, et à peu de frais, des devoirs leur incombant en matière de prévention.

4 – Buffet Thaïlandais

Je n‘ai pas vraiment picolé, à peine deux verres de vin rouge, ni beaucoup mangé. J‘ai surtout pris le temps d‘observer, le ballet des cartes de visites échangées et des photos souvenirs prises pour ensuite pouvoir dire « j‘y étais », « j‘ai vu untel »… Alors j‘ai aussi filmé, le côté guindé limite coincé d‘une rencontre improbable entre Yuri Fédotov, à l‘allure de colosse policier, et de la frêle et jeune princesse du Royaume de Thaïlande. C‘était pour la bonne cause, car la Thaïlande a au cours des dix dernières années investie massivement dans des projets de développement alternatifs pour substituer d‘ autres productions aux cultures illicites du pavot dans le Nord du pays.

Et le lendemain lors d‘une réunion officielle, l‘UNODC a clairement affirmé vouloir reproduire ce mode opératoire partout où c‘est possible ailleurs, notamment en Afghanistan et en Colombie… Dans les couloirs, à chaque fois que j‘en ai eu l‘occasion, avec des Pakistanais, des Afghans, des Birmans, des Chinois (Hong Kong), j‘ai tenté de parler « poppy for medecine – du pavot pour soigner » solution défendue par l‘ICOS : car 80% de la production légale d‘antalgiques à base d‘ opioïdes est consommée par 20% de la population mondiale.

En gros, les gens habitant les pays riches s‘assurent la disponibilité via l‘Organe de Contrôle International des Stupéfiants1 et comme par hasard le reste de l‘humanité crève en souffrant durement.

Il suffirait de transformer plus d‘Opium en morphine, en implantant une unité de transformation en Afghanistan pour quasiment tarir les ressources du trafic et permettre que dans tous les hôpitaux du monde, les patients puissent être soulagés uniformément de leurs douleurs.

(1) www.idpc.net/publications/2012/03/guide-on-estimating-requirements-for-substances-under-international-control

Par Farid Ghehiouèche

 

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