vendredi, 19. octobre 2012

Même la droite y croit dur comme Raufer – Le cannabis bientôt légal?

Sur le site Atlantico.fr, plutôt classé à droite, Laurent Bouvet (professeur de science politique à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et enseignant à Sciences Po Paris) analyse les lignes de discordes au sein du Parti socialiste et plus largement dans la coalition de la gauche gouvernementale. Selon lui, quatre grands sujets (sécurité, nucléaire, cannabis, Europe) risquent de les polariser et causer des fractures au sein de la majorité.

Il reconnaît que «la légalisation du cannabis est un débat marginal», en ajoutant qu‘«Il y a forcément une ligne de fracture entre ceux qui sont pour et contre la légalisation des drogues, avec notamment le discours de Daniel Vaillant, c‘est-à-dire légaliser pour pouvoir lutter plus efficacement contre les trafics». Débat marginal peut-être face aux problèmes financiers qui parcourent l‘Europe et dont la résolution actuelle risque d‘être accablante, mais un débat qu‘il serait bon d‘ attaquer rapidement sous peine de le voir s‘aggraver encore plus vite dans le contexte qui se profile.

Sur un autre plan se rapprochant, le site Altantico propose une confrontation entre deux analyses de la situation à Marseille.

D‘une part, celle de Xavier Raufer, se présentant comme criminologue, directeur des études au Département de Recherches sur les Menaces Criminelles Contemporaines à l‘Université Paris II.

Le titre donne le ton «Insécurité, Marseille est aujourd‘hui plus gangrénée par les bandes de cité que par la mafia» exonérant celle-ci avec quelques poncifs datés «aristocratie criminelle… sorte de société secrète… code d‘honneur» pour tirer à boulets rouges sur d‘ immorales bandes de cités (et le premier commentaire de l‘article pointe illico les enfants d‘immigrés). Evidemment, ce grand spécialiste, tout à fait en phase avec la réalité, avait prévu en 2007, dans une longue étude (sic) du ministère de l‘Intérieur cette dérive principalement causée par les trafics, et par dessus tout au cannabis. Car selon lui «dès 10 ans, les jeunes sont embarqués dans les vols à main armée…», rien d‘étonnant à ce qu‘ils ne reculent devant rien pour défendre leurs territoires.

Quant au crime organisé italo-corse-marseillais, ces gangsters «savent travailler en silence et se faire respecter». De qui? On aurait presque de mauvaises pensées concernant quelques connivences haut placées…

En tout cas, quoi qu‘ il puisse en être, pour Raufer, le doute n‘est pas permis, le mal vient des enfants des cités acharnés à faire respecter leur main mise sur les trafics.

La deuxième contribution est signée par Fabrice Rizzoli, chercheur et enseignant dans divers établissements universitaires, spécialiste de la criminalité organisée et des mafias italiennes. (Il vient de publier «Le petit dictionnaire énervé de la mafia» ed. De l‘ Opportun). Publiée trois jours plus tard, son analyse diffère légèrement de celle de Raufer dans l‘appréciation de la situation marseillaise. Ne serait-ce que parce qu‘il commence par la resituer dans une perspective historique et géographique, offrant une approche plus globale des conséquences du système prohibitionniste et de l‘organisation parfaitement structurée qui permet de le contourner facilement pour en vivre.

Mais les deux s‘ accordent pour constater l‘importance prise par les cités dans le trafic. Rizzoli prenant en compte le rôle des «Kalach» bradées et offertes pour 400 euros à n‘importe en ayant besoin. Ce qui facilite l‘émergence d‘un contre-pouvoir ayant grandi dans le contexte de feuilletons TV pour lequel les «belles valeurs» à l‘ ancienne n‘existent plus.

Quant aux solutions, elles mettent en évidence le fossé qui sépare une perception obsolète d‘une approche plus contemporaine.

Pour Raufer, «Une seule voie permettra de pacifier Marseille: celle du renseignement criminel, qui seul donne une connaissance intime et prédictive des bandes dangereuses. Connaissance qui à son tour permet les embuscades, donc les flagrants délits: capturer les gangsters lors de grosses livraisons de drogue, ou lorsqu’ils ont les armes en main». Joli rêve de ceux qui sont complètement dépassés par une situation qu‘ils ont pourtant totalement contribué à mettre en place par une vision étroite et anachronique.

Pour Rizzoli, la complexité du phénomène ne peut pas se résoudre avec les outils actuels, proposant dans son approche sociologique et transversale, une véritable solution reprise d‘un article de Laurent Appel publié sur le site cannabissansfrontieres.org: «Face à la banalisation de la violence et l‘économie criminelle, il convient de s‘intéresser aux causes qui expliquent cette recrudescence: le fait que le trafic fasse vivre des familles entières et qu’il faut endiguer un chômage endémique, en particulier chez les jeunes. Mais il faut aussi remettre en cause la prohibition des drogues. Une politique de régulation publique des drogues, sur le modèle de club privés et encadrés de consommateurs, réduirait l‘accumulation du capital des gangs et permettrait de restaurer le pacte républicain».

Peut-être en réponse aux explications de Raufer, il constate que «pour lutter contre un tel phénomène, il faut nécessairement le connaître. Mais hormis Laurent Muchielli, combien de chercheurs ont pris du recul, compris et analysé la culture et l’économie criminelle de ces quartiers?», posant bien les problématiques auxquelles devront se confronter ceux qui voudraient réellement changer la situation. Et d‘aller même à quelques suggestions pratiques comme «la réutilisation à des fins sociales des biens confisqués au crime organisé [qui] réduirait aussi le consensus social envers les gangs. En Italie, les villas des mafieux sont transformées en radios pour jeunes, en centres d‘accueil pour handicapés : pour une fois le crime ne paie pas !»

Pour éventuellement se rassurer sur l‘évolution du débat, surtout si l‘on ignore tout des convictions prohibitionnistes et sécuritaires de Raufer, on peut se pincer quand il écrit «alors que péniblement, parmi d’i mmenses difficultés, les États-Unis renoncent à leurs guerres métaphysiques («Guerre à la terreur… Guerre à la drogue») pour cause d’échec complet, voici qu’on nous annonce à Marseille une «guerre aux Kalachnikov», qui n’a pas plus de chance de réussir». Une formulation bizarre pour condamner une politique plus axée sur la morale que sur la connaissance, exportée voire imposée par les USA partout dans le monde depuis plusieurs décennies.

Ne vaudrait-il pas mieux simplement reconnaître et donc écrire que la prohibition est bien un échec et qu‘une régulation légale de la production, de la distribution et de la consommation est préférable? Ou plus simplement, que la légalisation est inévitable à plus ou moins long terme.

Source:

http://www.atlantico.fr/decryptage/securite-nucleaire-cannabis-europe-ces-sujets-qui-ebranlent-unite-parti-socialiste-laurent-bouvet-452466.html?page=0,0

http://www.atlantico.fr/decryptage/marseille-derriere-kalachnikovs-industrialisation-trafic-drogues-fabrice-rizzoli-437448.html

http://www.atlantico.fr/decryptage/insecurite-marseille-aujourdhui-plus-gangrenee-bandes-cite-mafia-xavier-raufer-435985.html

http://cannabissansfrontieres.org/propositions-pour-une-evolution-du,576.html

Plus d‘infos:

www.mafias.fr/?page_id=19

par Fabrice Bonnet

 

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