vendredi, 8. mars 2013

Mafias, corruption et cannabis

Nous n’étions jusqu’alors pas bien nombreux à alerter sur la dérive du marché du cannabis vers le gangstérisme et la violence, nous n’étions pas vraiment entendus, souvent accusés d’exagération partisane. Le business du cannabis et surtout l’autoproduction ont longtemps renvoyé une image plutôt cool. Maintenant c’est la guerre.

Violence partout

Le contrôle des « fours » de cité ou de centre-ville se dispute à l’arme de guerre, pas une semaine sans fusillade. D’après le récent rapport du service de renseignement de la police, ce commerce d’environ un milliard d’euros annuel structure les gangs de banlieues et le cannabis alimente aussi des organisations criminelles internationales. Les vols et les braquages de plantations ou même de minuscules autoproducteurs se multiplient surtout dans cette période de récolte outdoor. La riposte des cannabiculteurs devient parfois meurtrière, comme l’an dernier à côté de Nîmes, souvent violente, comme avec ce jeune de l’Aude abandonné blessé dans un fossé après une bagarre rangée entre voleurs de ganja et planteurs. Des cannabinophiles abandonnent la culture vivrière et retourne au marché noir bien plus par peur de la violence des voleurs que des gendarmes. D’autres s’équipent pour l’autodéfense, c’est l’escalade.

Tendance mondiale

La France est maintenant concernée par de grandes tendances déjà observées dans des pays voisins. La mafia vietnamienne a importé de Vancouver puis d’Angleterre et de Belgique ses méthodes industrielles de production. Après La Courneuve, c’est maintenant près de 3000 pieds saisis dans une «usine» de l’Aube. Des clubs de motards en pleine prolifération, et impliqués dans le biz au niveau international, règlent leurs comptes territoriaux dans l’Ouest, surement pas pour rien. Une nouvelle affaire de fonctionnaire de police corrompue par les trafiquants vient d’éclater dans le 93. La mafia juive marocaine, spécialisée dans l’argent sale depuis l’affaire du Sentier, aurait blanchi plus de 40 millions d’euros représentant seulement quelques mois d’activité d’un seul réseau de shit francilien, avec la complicité probable de nombreux cols blancs dont une élue EELV de Paris. Cela reste de la petite monnaie comparé à l’affaire Wachovia et aux cartels mexicains mais nous prenons le même chemin. Les indices d’un pourrissement de la situation sont innombrables et très faciles à trouver sur le Net. Le cannabis n’est plus un petit business pépère, c’est une industrie noire.

Corruption galopante

A tel point que deux éditorialistes s’en sont récemment émus. Dans l’Obs du 14 octobre 2012, Laurent Joffrin titre « La France, Narco-Etat ? » et constate « Le pouvoir des trafiquants de drogues s’accroît de manière inquiétante dans notre pays », il veut renforcer la lutte contre la corruption, sans s’interroger sur la prohibition comme cause principale, pathétique. Interpellant l’élu marseillaise de quartiers Nord qui réclame l’intervention de l’armée plutôt que la BAC, Éric Zémour s’exclamait «Et quand l’armée sera corrompue aussi, nous serons dans la situation du Mexique.» C’est effectivement un gros risque déjà vérifié en Colombie, au Brésil, dans les narco-états africains ou asiatiques et plus encore à l’échelle régionale. Les cartels, les mafias et même de gros gangs n’hésitent pas à acheter les autorités civiles et militaires jusqu’au plus haut niveau. En 2008, le Ministre canadien de l’industrie et des affaires étrangères, Maxime Bernier, a été contraint à la démission à cause des liens de son amante avec les Hell’s. Dans certains pays du Sud, la corruption peut monter jusqu’au sommet des hiérarchies.

Les autoproducteurs trinquent aussi

L’ambiance devient aussi très lourde entre amateurs de green guérilla ou même d’indoor, la suspicion et la parano incitent à la défiance dans un milieu jusqu’alors assez solidaire. La convoitise concerne même de petites plantations comme à Mazamet. De nombreux autoproducteurs arrondissent aussi leurs fins de mois difficiles en dépannant quelques amis trop fainéants ou craintifs pour planter. Ils sont quasi obligés, surtout en temps de crise, de supporter ce stress en plus de la peur du gendarme bien plus actif qu’avant en la matière.
La presse relate quotidiennement des opérations de policiers ou de voleurs contre les plantations. Merci au camarade Daimonax d’en faire une veille régulière sur Face de Bouc.

Réagir vite

Les autoproducteurs de cannabis ne sont pas des citoyens de plein droit. Ils ne peuvent pas porter plainte car ils sont eux-mêmes criminels et nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. Les usagers sont contraints d’alimenter les mafias et les gangs et de risquer une rafale perdue d’AK47. L’argent sale est difficile à refuser quand il est le seul à irriguer bien des quartiers difficiles. Cette spirale infernale doit être enrayée avant que le bilan des violences liées au cannabis ne devienne supérieur aux overdoses de stupéfiants létaux. Une dépénalisation de l’usage et de l’autoproduction individuelle ou collective (Cannabis Social Clubs) rétablirait la citoyenneté des cannabinophiles et leur permettrait de se défendre légalement contre les voleurs. C’est vraiment une urgence sociale, sanitaire et démocratique.

Nota Bene
Pour compléter cet article : http://geopolcrim.info/?p=1319
Et tout neuf, sur Rue89 : http://blogs.rue89.com/drogues-et-addictions

par Laurent Appel

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