lundi, 1. avril 2013

Génération H – Alexandre Grondeau; Ed. La Lune sur le Toit

p13_rbh09_generationHComme l’annonce la 4ème de couverture, c’est l’histoire d’une bande de potes d’une vingtaine d’années durant un été des années 90, racontée par un des leurs.

Partis avec les moyens du bord, ils zigzaguent en descendant vers le Sud Est, à la recherche de festivals, de free parties, d’occases diverses où il peut y avoir du bon son, en castrant le maïs à l’occasion. C’est la possibilité de rencontres et d’échanges qui permettent de se définir, de découverte aussi d’autres type de groupes comme les surfeurs, qui resteront parallèles, de s’affirmer loin d’une ambiance anxiogène quand les études vous tournent le dos et que la vie proposée manque complètement d’intérêt quand on préfère le Magicien d’Oz, Mano Solo, l’Ecume des jours ou Kérouac, le «fond de l’inconnu pour trouver du nouveau»…

Et il y a le sexe, hyper présent, tentant et réconfortant, pour lequel on se laisse un peu faire, comme cela se présente, bien que à la fin il y ait le désir prédominant de voir un scooter rouge réapparaître et le regret de ne pas l’avoir suivi à cause d’un plaisir passager. Mais là il s’agit d’amitié. Il y a la musique également. L’imprégnation du reggae, qui commence même à envahir quelques soirées de salles des fêtes rurales.

L’auteur a joint une playlist de trois pages à la fin du livre. Et Reggae.fr Sound a concocté un big mix 100% ganja tunes pour fêter la sortie du livre, tandis que son teaser fait un méga buzz sur la toile (http://youtu.be/SL2nHlW-X8o). Il paraitrait que l’on puisse se le procurer en commandant directement sur (www.generation-h.fr), ou sur www.reggae.fr/ecoute-mix. N’oublions pas qu’Alexandre Grondeau tient toujours une rubrique de critique musical dans une radio spécialisée.
Mais alors, dans tout ça que vient faire le titre ? Le titre se justifie à toutes les pages. La ganja, restons reggae roots, est omniprésente. Toutes les façons de la consommer sont abordées, sauf le vaporisateur chronologiquement absent. Elle détend, permet de se retrouver, et fait complètement partie du quotidien. S’y ajoute quelques petites expérimentations de MDMA et de LSD. L’herbe sert aussi de lien de reconnaissance, sans préoccupation superflue de légalité ou non tout au long de ce road trip. C’est bien sûr la grande plaidoirie de Grondeau. Dont il s’explique dans ses interviews. Contrairement à une idée véhiculée la consommation de cannabis ne rend pas asocial. Elle ne révèle pas non plus grand chose. Je le répète ce roman illustre l’intégration définitive et irréversible de la consommation de cannabis dans le quotidien des Français. Dans le roman, on débat politique, football, boulot, sexe en buvant un bon verre de vin et en fumant un spliff de weed. Aujourd’hui, il me semble que c’est encore le cas.

La plupart des consommateurs réguliers de cannabis ont des emplois, des carrières, des familles, des passions, ils pratiquent le sport, vont au cinéma ou dans des concerts, ou se font des soirées TV / pizza. Les stigmatiser est de mauvaise foi et irresponsable.

Géographe urbain, Alexandre Grondeau aime la sociologie. Il s’efforce de parler ici d’une génération qui arrive à la quarantaine dont la jeunesse a dû se forger d’autres repères. La principale différence que je vois entre la génération des soixante-huitards et celle des héros du roman est sa relation au plaisir : nous sommes nés en période de crise. Nous n’avons jamais connu autre chose que des discours anxiogène et culpabilisant : travaille bien à l’école car il n’y aura pas de boulot pour tout le monde ; ne fume pas et ne bois pas car c’est dangereux ; ne mets pas de casque de walkman, tu vas devenir sourd ; mange des fruits et des légumes sinon tu vas avoir un cancer ; fais du sport sinon tu vas finir obèse ; attention au sexe, protège toi, choisis bien ton partenaire, aime avant de coucher sinon tu seras malheureux… Avec ce type de conseil, ce n’est pas surprenant que nous soyons un des pays où l’on consomme le plus d’antidépresseurs ! La jeunesse d’aujourd’hui me paraît donc beaucoup plus exigeante, violente, hardcore dans sa vision de la société car elle évolue dans un système inhibant, castrateur, frustrant.

Génération H est le premier volume d’une trilogie consacrée à la liberté et à la jeunesse, le second est prévu pour 2014.

par Ananda

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