mercredi, 10. juillet 2013

Focus Expogrow: Interview de Thomas qui «Plantasur»

Expogrow – Du 13 au 15 septembre

2ème édition de l’Expogrow au Parc d’exposition Ficoba à Irun.

Plus de 200 professionnels sur 12.000m² de superficie.

Situé à 2 km de l’aéroport de Saint Sébastien et à moins de 200 mètres de la frontière française. Avec ses activités connexes (paint graph, bi-cross), traditionnelles (force basque) et participatives (chute libre), sa cérémonie des récompenses et son Forum Social International du Cannabis.

Plus d’infos sur www.expogrow.net

 

Comment te présenter à nos lecteurs, peux-tu retracer en grandes lignes ton parcours?

Je suis Français, Rennais pour être plus précis, et cela fait 12 ans que je vis en Espagne avec ma femme et mes 2 filles.

A 16 ans, j’ai décidé de quitter le lycée car le système ne me convenait pas. J’avais aussi envie de découvrir le monde et j’ai commencé par le Maroc. Après de nombreux voyages, j’ai fini, au milieu des années 90, par poser mes valises aux Pays-Bas où j’ai ouvert un head shop à la frontière allemande. C’est à ce moment là que j’ai commencé à rencontrer les différents grainetiers Néerlandais.

Au début des années 2000, on a vu plusieurs grow-shops s’ouvrir en Espagne. Attiré par ce pays, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure et de créer Plantasur à Grenade. Nous avons commencé par vendre des graines et des accessoires puis, nous avons, petit à petit grâce à la confiance croissante des fabricants et des marques du secteur, pu élargir notre catalogue. Plantasur, c’est aujourd’hui une équipe de 50 personnes qui travaille pour plus d’une centaine de clients à travers l’Europe et le monde. Nous sommes également présents dans tous les plus grands salons professionnels. Je reviens d’ailleurs tout juste du Treating Yourself à Toronto et prépare actuellement notre prochain salon, Expogrow, qui se tiendra en septembre à Irun. Après avoir parcouru pendant de nombreuses années les différents salons, nous avions envie d’en créer un à notre image, plus festif avec de nombreux artistes et animations. L’idée est d’allier la culture artistique à la culture cannabique.

11_092013_09_expogrowTu es un entrepreneur courageux, comment analyses-tu la situation en France d’abord en tant que citoyen, mais aussi avec ton regard de chef d’entreprise ?

Je peux parler des choses que je connais. Dans notre secteur d’activité, il faut beaucoup de courage pour ouvrir une entreprise en France, la loi française étant l’une des plus dures d’Europe. Le marché y est vraiment incertain et il y a une vraie peur de la répression. En tant que citoyen, j’ai vraiment cru que le changement allait se produire, que l’on allait vers un dialogue. On nous parle de salles de shoot, ce qui fait encore plus peur au gens qui ne sont pas informés et qui ont tendance à faire des amalgames.

J’admire le courage de Dominique Broc, le porte-parole des CSC en France et celui de toutes les autres personnes qui ont fait leur déclaration en préfecture. Hélas, les derniers propos de M. Valls nous montrent bien que le débat est pour le moment impossible. En tant que chef d’entreprise, je garde l’espoir et je reste persuadé que les choses vont changer et les mentalités évoluer.

Quelles sont les actions que tu engages pour soutenir le mouvement anti-prohibitionniste?

Chaque jour, nous apportons notre pierre à l’édifice, même si nous sommes beaucoup moins médiatisés que les militants sur le terrain. Travailler dans notre secteur, l’industrie cannabique, est une forme de combat pour faire évoluer les choses.

Récréation, discussions: Steve de Angelo, Farid Ghehioueche, Nol Van Schaik - Photos: [RBH]²³
Récréation, discussions: Steve de Angelo, Farid Ghehioueche, Nol Van Schaik – Photos: [RBH]²³
Avec Expogrow, nous apportons concrètement notre soutien aux différentes associations espagnoles et françaises en leur offrant un grand stand commun. Nous sommes régulièrement en contact avec EUSFAC et ENCOD. De nombreux conférenciers seront invités pour partager leurs diverses expériences et, comme l’an dernier à Martin Barriuso de Pannagh, nous décernerons un prix à l’activiste de l’année. Une manière de reconnaître et récompenser des personnes qui forcent le respect par leur engagement.

La crise économique qui sévit en Espagne et en France a-t-elle un impact sur votre activité ?

Evidemment, comme pour tout le monde, la crise nous la subissons. Nous avons vu s’opérer des changements dans les demandes de nos clients qui doivent s’adapter à de nouveaux comportements chez le consommateur. A la fin des années 2000, avant la crise, les grandes marques étaient leaders et le prix n’arrêtait pas les acheteurs.

Depuis 2 ou 3 ans, le prix est un critère de choix essentiel. Tout en restant attentif à la qualité, nous avons dû proposer dans notre catalogue davantage de produits d’entrée de gamme. En Espagne, le marché est cependant toujours en expansion et de nouvelles boutiques ou banques de graines continuent de voir le jour.

A propos de l’Expogrow, quel bilan tires-tu de la première édition ?

Avec environ 16.000 visiteurs, pour une première, on peut dire que le bilan est plutôt positif. Ca n’a pas été de tout repos, car tout s’est décidé fin avril et il faut avouer qu’on a eu quelques périodes de stress. Mais au final, je suis satisfait. C’est donc pour cela que nous recommençons cette année.

Peux-tu rappeler la particularité d’Expogrow, ce qui en fait un moment unique, un événement exceptionnel?

Comme je te l’ai expliqué, je voulais vraiment quelque chose de festif et ludique, plus qu’une simple foire. Il existe déjà de nombreuses foires en Europe, plusieurs en Espagne, il fallait donc innover, proposer quelque chose de nouveau et avant tout surprendre.

Nous avons souhaité avec Positronic’s et El Punto organiser des concerts le soir avec des artistes de premier ordre. Cela a été un plaisir de recevoir B-REAL, le chanteur mythique de Cypress Hill. La journée, des animations autour du Skate, avec des graffeurs et du street art étaient proposées. Au milieu des exposants de la foire, des équilibristes et échassiers déambulaient pour animer les allées.

Les forums internationaux, organisés en association avec l’EUSFAC, nous semblaient parfaitement convenir et étaient de plus très attendus par le public. La décision d’inviter le CIRC et Jean-Pierre GALLAND, était une évidence pour cette première édition. D’autres associations qui se battent depuis tant d’années dans le pays des Droits de l’Homme et où pourtant les lois sont les plus répressives d’Europe, sont venues nombreuses et je tiens à les remercier. Pour la 2ème édition, nous renouvelons l’expérience en invitant de nombreuses associations, notamment les représentants des CSC de France et d’Espagne.

Avez-vous subi des pressions de la part des autorités, tant espagnoles que françaises ?

Non, vraiment aucune.

Peux-tu nous décrire en avant première le programme de cette année ?

Sinsemilla, Berri Txarrak et Guaka sont les premiers groupes confirmés pour le samedi 14. Pour cette édition, il n’y aura qu’une seule soirée de concerts, mais elle débutera plus tôt que l’an dernier.

Une légende, et le mot est faible, sera parmi nous. Le fameux, Lee Scratch Perry qui quittera un instant son île. Ce «neat little man» jamaïcain, ce génie extravagant de 78 ans qui a lancé une autre légende Bob Marley, nous fait le grand honneur de venir à Expogrow.

berri-txarrakNul besoin de présenter Sinsemilla, fameux groupe de la scène française, qui viennent de fêter leurs 20 ans de carrière. Berri Txarrak est aussi une grande figure du rock métal basque. Guaka, groupe bordelais, a fait les premières parties de Shaka Ponk pour leur dernière tournée, ils ont même fait un duo avec Sam, la chanteuse de Shaka. La région du Pays Basque qui nous reçoit sera représentée, et nous aurons les épreuves de force (un spectacle colossal), le public avait beaucoup apprécié l’année dernière. Il y aura aussi beaucoup d’autres surprises durant ces trois journées.

Mais il ne faut pas oublier que Expogrow c’est aussi, et avant tout, une foire internationale, 200 exposants, les marques les plus importantes du marché du Grow seront présentes dans les 5.000 m2 de pavillons. Green House Seeds, Canna, GHE, Secret Jardin, Advanced Hydroponic of Holland, Eva Seed et Nirvana nous font l’honneur d’être sponsor, mais il y aura aussi beaucoup d’autres, tel que Bio Bizz, Atami, Hydrolab, Hortiline, Dinafem, Kannabia, des marques américaines souhaitent venir, mais je ne peux pas toutes les citer. Le public vient pour découvrir de nouveaux produits, les dernières nouveautés.

En tout cas, nous souhaitons faire quelque chose de qualité ouvert à toutes les bourses, le prix pour la journée salon/concert est vraiment attractif.

Que penses-tu des évolutions en cours aux Etats-Unis et en Europe ?

Ce qui se passe aux Etats-Unis est très intéressant, c’est un pays où tout peut bouger très rapidement et faire bouger le reste du monde, il y a déjà presque la moitié des Etats qui ont accepté la consommation médicinale, et d’autres vont suivre. L’Uruguay songe également à légaliser le cannabis. J’ai la chance de pouvoir beaucoup voyager et je vois que les choses évoluent. Il y a des grow-shops qui ouvrent dans de nombreux pays, même en Russie où vient de s’organiser la première foire cette année. L’industrie légale du cannabis fait vivre des millions de personnes à travers le monde et je parle bien d’industrie et de marché économique légal. Les Etats-Unis l’ont déjà compris et préparent des stratégies pour demain.

Un ancien cadre de Microsoft, James SHIVELY, s’y intéresse et veut créer sa marque de distribution, comme d’autres pour le café ou les hamburgers, avec un réseau d’importation en direct du Mexique. Je suis plus favorable à l’autoproduction, plutôt qu’à une distribution qui serait contrôlé par des multinationales. En Espagne, la vente de graines est légale mais reste interdite aux mineurs. On compte environ 800 boutiques, beaucoup de banques de graines, de grossistes. C’est un marché qui emploie des milliers de personnes dans un pays où la crise et le taux de chômage atteignent des niveaux alarmants. C’est un pays tolérant, où la consommation de cannabis est dépénalisée et où nous pouvons en parler librement. En France, il y a environ 250 boutiques qui vendent du matériel et des accessoires pour les cultivateurs, dont officiellement on estime le nombre à 200.000. Mais l’interdiction de «présenter sous un jour favorable» du fait de la loi de 1970 (Ndlr : Art L3421-4 (ex L630)), rendant impossible la vente de graines, réduit les marges de manœuvres et le développement du chiffre d’affaires de ces entreprises.

Tu m’as dit que durant la foire il y aurait un stand commun pour les associations espagnoles et françaises, que penses-tu d’une association «cultiver ensemble»?

expogrow_bongwomanOui, nous aurons un stand associatif international avec l’EUSFAC d’Espagne et différentes associations françaises, évidemment le CIRC et aussi d’autres moins connues médiatiquement mais tout autant actives. Ces rencontres permettent d’échanger les différentes expériences. Ainsi les C.S.C vont essayer de faire un mouvement européen, plutôt que de se battre chacun de son côté. Evidemment l’union fait la force. J’espère qu’Expogrow, en offrant aux différents acteurs de la scène du grow l’opportunité de se rencontrer, apportera sa contribution.

Penses-tu que des publications sur le cannabis comme [RBH]²³ soient un risque nécessaire ?

Le risque est toujours nécessaire pour faire évoluer les mentalités, pour informer malgré les interdictions dues à la loi de 1970. Il y a toujours eu des artistes militants qui, au travers de leurs œuvres, ont voulu lutter contre la prohibition et la censure. Le vrai problème est qu’il est interdit de parler du cannabis sous un angle positif sans que cela soit considérer comme une apologie. Beaucoup de musiciens ont déjà affiché leur opinion, tel que Le Peuple de l’Herbe ou Sinsemilla qui se produira à Expogrow cette année. Il y a aussi des écrivains qui traitent de ce sujet. Jean-Pierre GALLAND vient d’éditer un livre. Alexandre Grondeau a également publié un roman «Génération H», road trip sur la génération de la fin des années 90. Il sera présent à Irun. Toutes ces œuvres, ainsi que [RBH]²³ font partie d’un mouvement indispensable dans une démocratie.

Un dernier mot, mais un seul à propos de la [RBH]²³ – La Gazette du Chanvre, est-ce que tu l’aimes : un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ?

Beaucoup.

 

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