lundi, 22. juillet 2013

Reportage: Chanvre, architecture & développement durable

Pari gagné pour les architectes de l’agence parisienne Atelier D, qui ont réussi à mener la première construction neuve d’immeuble collectif utilisant du béton de chanvre. Après avoir remporté l’appel d’offres de Paris Habitat, «nous avons mis sur les rails l’idée d’utiliser le béton de chanvre afin d’atteindre le niveau BBC Effinergie», nous explique d’emblée Ilhem Belhatem, co-architecte du projet de la rue Bourgon (13e arrondissement).

Instrumentalisation de l’immeuble

L’agence, à la forte implication dans la construction durable, a ainsi convaincu le maître d’ouvrage pour tenter cette opération pilote. «La mise en œuvre du béton de chanvre n’a pas été simple, d’autant que c’est un matériau qui manquait de DTU à l’époque. Pour autant, les règles n’ont pas changé à ce jour», souligne-t-elle. Pour démontrer les capacités de ce matériau, les concepteurs ont décidé d’instrumentaliser cet immeuble, l’étude – qui sera menée sur trois ans – devant permettre de caractériser l’impact du béton de chanvre sur les conditions ambiantes au sein des espaces habités. «Nous avons mis en place des sondes dans les murs afin d’évaluer le mode de fonctionnement, mesurer la température intérieure. Notre objectif est vraiment de prouver que les capacités hygrothermiques du béton influence les variations de températures à l’intérieur», précise Ilhem Belhatem. Et de rappeler que le comportement des usagers n’est évidemment pas à négliger.

 

Coordination complexe

Poussant au plus loin leur approche environnementale, les architectes ont favorisé une conception bioclimatique (orientation nord-sud) pour profiter au maximum de l’ensoleillement et de la ventilation naturelle. Ils ont ainsi imaginé de grandes ouvertures au sud, avec des bow-windows vitrés sur jardin pour éclairer les pièces de jour, des balcons filants qui servent d’auvent et de protection solaire à la fois, ainsi qu’une façade nord plutôt aveugle avec de petites fenêtres pour les pièces de nuit. En outre, ils ont privilégié des matériaux et équipements «verts», tels le linoléum pour le sol, des peintures écologiques, des panneaux photovoltaïques en toiture, et aussi l’installation d’une chaudière pulsatoire pour collectif. «Elle a l’avantage d’être plus performante qu’une chaudière classique à condensation, de produire moins de fumée et de n’émettre aucun polluant», nous explique Ilhem Belhatem.

 

Outre les matériaux qu’il a fallu faire accepter par tous les acteurs du projet, la contrainte la plus forte a été la coordination des entreprises, qu’il a également fallu former aux techniques de mise en œuvre du béton de chanvre. «Cela a été compliqué sur la phase préparatoire et d’exécution, ce qui a retardé le chantier au final», nous confie l’architecte. Près de deux ans après son lancement, le projet a vu le jour il y a quelques semaines.

(28/05/2013)

Paru dans bacti actu avec l’aimable autorisation de Agence Atelier D

par Carine Lauga

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *