jeudi, 5. septembre 2013

Uruguay, vers la légalisation

Tout le monde en parle. L’Uruguay sera-t-il le premier pays à enfin légaliser le cannabis? Il paraît en prendre le chemin.

11_092013_05_uruguayLe mercredi 31 juillet, la chambre des députés uruguayenne a approuvé, par 54 voix sur 96, une loi qui permettrait à l’Etat de contrôler la production et la vente de tous les produits du chanvre. Il reste maintenant à obtenir l’aval du sénat avant la fin 2013.

Le texte prévoit que l’Etat «assume le contrôle et la régulation de l’importation, l’exportation, la plantation, la culture, la récolte, la production, l’acquisition, ainsi que du stockage, de la commercialisation et de la distribution du cannabis et de ses dérivés», afin de «minimiser les risques et de réduire les dommages de l’usage». Il est bon de rappeler que la consommation n’est pas illégale en Uruguay.

 

Une réforme nécessaire

Les objectifs sont donc de lutter contre les réseaux mafieux et les trafics qui «financent le crime organisé et des activités illicites comme la traite de personnes, la vente d’armes ou le blanchiment d’argent». Parmi les 15 mesures de la loi, il est envisagé de permettre la culture personnelle à hauteur de 6 plants. Ainsi que la création de Clubs de consommateurs entre 15 et 45 membres, pour une culture maximum de 99 plants. Un citoyen majeur pourrait s’approvisionner jusqu’à 40 grammes par mois en pharmacie. Le texte peut faire rêver ici… Il ne s’en prend pas aux consommateurs, comme c’est principalement le cas en France, mais bien à la source même du problème, les narcotrafiquants, qui proposent en plus, souvent, d’autres substances bien souvent frelatées et plus nocives.

 

Pas de consensus général

Evidemment, cela provoque des réactions, pas seulement à l’intérieur du pays où plusieurs voix parlent de recrudescence programmée de la consommation… et où 62% de la population reste à convaincre. Le lendemain, l’industrie pharmaceutique uruguayenne a fait savoir qu’elle s’opposera au contrôle et à la distribution de produits psychotropes. L’Organe International de Contrôle des Stupéfiants chargé d’appliquer les Conventions internationales pour le contrôle des drogues à l’ONU, s’est immédiatement manifesté. Et il a exhorté l’Uruguay à revoir son projet de loi autorisant la vente de cannabis à des fins non médicales. Pour cet organisme basé à Vienne, «cette loi aurait également de graves conséquences pour la santé et le bien-être de la population, ainsi que pour la prévention de l’abus de cannabis chez les jeunes».

Dans un communiqué de presse, l’OICS rappelle que «conformément à son mandat, il a toujours cherché à maintenir le dialogue avec le gouvernement de l’Uruguay sur ce sujet, en proposant notamment l’envoi d’une mission au plus haut niveau dans le pays». Avant de demander aux autorités uruguayennes d’examiner soigneusement toutes les conséquences du projet de loi avant de prendre une décision, il regrette le refus du gouvernement de recevoir une mission d’études, et recommande de réserver sa vente à un usage thérapeutique ou scientifique.

 

Volonté d’expérimenter

L’initiative urugauyenne montre bien à quel point les dérives d’un trafic de produit reconnu illicite pour des raisons diverses, qui n’est pas complètement innocent mais pas d’une dangerosité absolue (ce qui explique peut-être en partie son attractivité), finit par exaspérer les pays qui sont devenus la proie des mafias. «La guerre de la drogue a échoué. Il y a toujours plus de consommateurs, et toujours plus de violences» déplorait Sebastian Sabini, le président de la commission parlementaire chargé du dossier. Ce qui est exactement le constat mondial.

«Naturellement, comme pour toute expérience, il y a un risque et nous devons avoir l’intelligence de dire que si elle nous dépasse, nous enclencherons la marche arrière. Nous ne devons pas nous braquer. Nous devons demander à la communauté internationale de nous aider», a ajouté le président José Mujica.

 

Timides perspectives en Europe

D’autres pays en Europe ont essayé de juguler ces problèmes. La Hollande, qui ne tolère pas trop la production, sauf pour le thérapeutique officiel, ni théoriquement la consommation, mais permet une vente raisonnable dans les fameux coffee-shops, grands pièges à touristes. Et surtout le Portugal. Il y 13 ans, ce pays plutôt traditionnel a décidé de dépénaliser les substances psychotropes prohibées par la législation onusienne de 1961. Il s’en est donné les moyens, en offrant un accompagnement social, solidement préventif, par les structures de santé, et un gros travail de proximité. Les résultats sont significatifs, le taux d’utilisateurs de cannabis a baissé, principalement chez les jeunes, c’est la plus faible consommation d’Europe, d’après le rapport de l’Institut de la Drogue et de la Toxicomanie en 2009. L’Espagne, par le biais d’une formule spécifique de Cannabis Social Club, accepte une production et une consommation privée. La consommation espagnole n’a pas explosé pour autant.

En France, il y a eu une timide avancée récente concernant un usage thérapeutique par le biais de laboratoires. Pour le reste, on continue à traquer le consommateur et le producteur avant tout, à s’interdire d’évoquer les aspects bénéfiques du cannabis pour la santé et d’ignorer la gangrène mafieuse de la société. D’ailleurs la proximité de l’offre permet très étonnamment de faire croire à de nombreux adolescents que l’usage est plus ou moins toléré. Profitant de l’occasion, le président du Parti Radical de Gauche, parti qui défend régulièrement la légalisation, a déclaré que c’était par ce type de contrôle de l’État qu’on pouvait avancer, comme au Maroc où le débat s’amorce sérieusement dans la presse et au Parlement. Finalement, l’Uruguay est bien le premier et le seul État à braver ouvertement la Convention Unique sur les Stupéfiants ratifiée en mars 1961 à New-York.

 

Mexico s’interroge

Mais déjà l’Assemblée de Mexico, encouragée sans doute par cette initiative et aussi par les avancées de certains états US, a décidé d’ouvrir des discussions sur ce thème en vue d’un Forum international sur les politiques anti-drogues prévu du 2 au 4 septembre.

«Nous avons la preuve que le temps du ‘non à la dépénalisation’ est révolu. Nous avons 30 années de statistiques qui prouvent qu’il n’y a pas moins de délits, qu’il n’y a pas moins de toxicomanes, qu’il n’y a pas moins de drogue, et qu’il y a en revanche des pertes humaines très élevées», a déclaré, le 7 août, le maire de Mexico, lors d’un débat sur la drogue et les droits de l’Homme.

Néanmoins, du côté gouvernemental, on reste sur une ligne d’opposition à la légalisation, bien que le président Enrique Peña Nieto ait récemment déclaré être favorable à un «large débat sur le sujet».

par Ananda S et FARId

Photo: Hanf Journal

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