mardi, 22. octobre 2013

Nos faux amis – nos vrais ennemis

La question de faire des distingos est souvent mal perçue. Cependant, on ne peut indéfiniment contourner certains problèmes, si l‘on veut que le mouvement anti-prohibitionniste gagne en force et en cohérence.

Il n‘y a pas de brevet du mérite pour la cause de la légalisation du cannabis. Aucune distinction pour le soldat inconnu de la guerre anti-drogues, aucune médaille pour récompenser l‘action de résistance face à l‘oppression du pouvoir illégitime s‘incarnant dans un banal test salivaire.

Dans ce monde de «guerre à la drogue», totalement intoxiqué par le mix de la société du spectacle à la mode Big Brother, il ne devrait pourtant pas exister trop de différences entre les opposants à ce régime de prohibition. Face à l‘hypocrisie et aux mensonges du système, pas un seul millimètre ne devrait séparer les usagers consommateurs gravement pénalisés par la loi.

Mais, en France la cohésion au sein du mouvement antiprohibitionniste n‘est pas prête d‘être acquise. Malheureusement, sur ce terrain aussi, le règne de la division produit de la confusion et des frustrations. Pour ne pas trop se miner l‘esprit, faisons un petit tour rapide autour de ces questions qui fâchent. Avec pour entamer cette plongée en eaux troubles, un leitmotiv: une personne avertie en vaut deux.

Nos faux amis

Ils ne sont pas si éloignés de nous, parfois ils sont parmi nous. Avec un ton presque fautif, en employant des raccourcis et des clichés maintes fois entendus, en défendant des positions et en adoptant des attitudes peu enclines à nous représenter, voire à se considérer comme des gens responsables, nos premiers «faux amis» pour la légalisation se trouvent au sein même de la communauté des usagers. Un exemple précis, cet avis pris sur un forum pourtant dédié à la culture cannabique: «Je dirai simplement que l‘alcool t‘a «détruit» comme le cannabis a détruit des milliers de personnes». Ce cannabinophile défend une idée totalement fausse et mensongère. Beaucoup d‘ alcooliques maintenant sevrés pourraient en témoigner: l‘usage du cannabis les a aidé à ne plus se détruire la santé !

Plus compliquée est la relation aux «dépénalisateurs» s‘opposant à toutes formes de légalisation. Sous couvert d‘une position modérée, ils se font les promoteurs de la solution extrême, celle de l‘absence totale de cadre légal de la production à la consommation…

Allo, tonton?

Pourquoi tu tousses?

Dans la communauté des pro-légalisation, il y a tous ceux qui pratiquent allègrement en privé mais qui pour rien au monde ne voudraient que ça se sache, tout en espérant qu‘un jour les choses changent d‘elles-mêmes, ce qui leur simplifierait la vie quotidienne. Comme tous les pratiquants penauds, leurs voix participent parfois aux anathèmes officiels afin de ne pas être démasqués. Tout aussi hypocritement, ils n‘admettront pas qu‘un petit journal à prétention politique puisse s‘inscrire officiellement dans le débat, bien que dans le secret de leur salle de bain ils en consultent d‘autres bien plus «techniques». Et c‘est encore plus problématique avec certains travaillant dans ce secteur et dont la prospérité de leurs activités professionnelles est indirectement liée à cette question du statut légal du cannabis… Jusqu‘au jour où les ennuis commencent pour eux, comme auparavant pour des entrepreneurs plus militants qui, sans véritable soutien, ont globalement disparu de la circulation et du marché…

A la question de savoir, «qu‘est-ce qui est dangereux? Défendre une opinion sur ce sujet ou de faire usage du cannabis?», la réponse tombe: «ça ne nous intéresse pas. On ne veut pas se retrouver avec des problèmes, au tribunal». Pas de grands risques pourtant, ce journal est gratuit et légal.

Le délit d‘opinion semble bien désuet à l‘heure d‘internet, même si certains gouvernants peuvent rêver de le réhabiliter. Bien que le contrat ne stipule pas une adhésion totale au contenu de [RBH]²³ – La Gazette du Chanvre, la réponse de l‘entrepreneur sollicité pour faire connaître sa marque et ses produits dans un encart publicitaire est encore plus cinglante: «On ne veut pas devoir fermer nos portes. Si vous regardez sur notre site, tout ce qu‘on vend n‘a aucun rapport avec le chanvre». Ce n‘était pas vraiment la question, mais la réponse éclaire la raison pour laquelle, à force de renoncements et de contorsions, la société a construit un système de contrôle social… et de l‘information.

De facto, les partisans de la légalisation sont encore trop éparpillés pour représenter un mouvement social, culturel, économique, incontournable.

Pire, il y a aussi les vrais ennemis que nous combattons

Pour s‘opposer à la légalisation du cannabis, il y a tout d‘abord, la puissance des mass-médias en lien avec les industries pétro-pharmaceutiques, papetières et textiles, celle de l‘agroalimentaire et de la production d‘alcool et du tabac… Contre l‘opinion publique s‘est érigé un mur aussi haut que large. Il y a aussi dans la coulisse parce que c‘est inavouable sauf quand un scandale éclate au grand jour, des organisations criminelles et mafieuses, qui profitent grassement du marché. Dans une moindre mesure, mais avec une influence encore plus forte sur la prise de conscience des individus, on retrouvera la totalité des clergés de toutes les religions (avec une nuance pour la communauté rastafarienne), de nombreuses forces politiques, syndicales et associatives qui avec de grands principes généreux en apparence ne veulent pas reconnaître que la prohibition est en échec et qu‘il faudrait adopter des mesures de régulation plus novatrices.

Pire «ennemis» encore, sont ceux qui pour déguiser leurs idéologies fascisantes, comme celle véhiculée par les blocs Identitaires, restaurent une longue affiliation au chanvre pour en revendiquer la légalisation. Pire aussi, derrière un anti-américanisme basique, la prohibition venue des USA sert de base pour toute une propagande sur «les maîtres du monde», le «nouvel ordre mondial»… On ne détaillera pas ici le nom de tous ces groupes, pour ne pas en faire la publicité, mais cette tendance est très inquiétante.

Sortir des faux semblants

Avec autant de fausses «vérités», ou de vrais mensonges, comment rétablir un peu de bon sens et d‘humanisme face à tant d‘interférences nocives?

Par exemple, le mot «Drogue» est un terme de la pharmacologie. Le cannabis est le nom d‘ une plante, dont certaines variétés comportent plus de propriétés psychotropes que la légalité ne l‘envisage. En l‘espèce la «drogue» s‘appelle THC – Tétrahydrocannabinol et la législation internationale interdit la culture des plants de cannabis comportant plus de 0,3% de THC.

Par exemple, la consommation du cannabis provoquerait l‘assuétude de certains usagers, mais peut-on encore prétendre que cette consommation «nuit à la santé de l‘individu», alors que des milliers de témoignages de personnes gravement malades reconnaissent être soulagées dans leur vie quotidienne et «vivre mieux avec que sans».

Quelle crédibilité à ressasser la fumeuse «théorie de l‘escalade», quand 12 millions de français reconnaissent avoir enfreint la loi en consommant du cannabis, quand des personnes qui étaient dépendantes à l‘héroïne ou l‘alcool avouent facilement… que le cannabis les a aidés à ne plus se détruire la santé, quand des patients témoignent du confort que le cannabis leur procure pour affronter la maladie. Au final, le mouvement pro-légalisation est tellement diffus, empêtré dans de sempiternels faux débats, qu‘il est difficile de trouver un terrain rationnel pour un dialogue constructif.

N‘oublions pas ! Le véritable fossé est entre les champions du monde de la consommation des antidépresseurs, neuroleptiques et autres anxiolytiques, et ceux qui, partisans de l‘autoproduction du cannabis préfèrent allègrement l‘automédication en solo.

Un distingo bien réel, un distingo fondamental.

par Farid GHEhioueche

 

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