jeudi, 26. décembre 2013

Hommage: Georges Apap (1926-2013), un homme remarquable

Georges Apap ne se doutait pas ce 8 janvier 1987 que sa vie prendrait un nouveau tour. Procureur de la République dans la Drôme, il était chargé de prononcer le traditionnel discours retraçant l’activité judiciaire de l’année précédente du tribunal de Valence.

En choisissant de s’exprimer sur la toxicomanie, sujet périlleux, son but n’était pas de froisser ses auditeurs, ni de créer une polémique, mais le discours pragmatique du procureur a choqué un député RPR qui a quitté la salle (il s’était excusé auprès de Georges Apap de devoir partir avant la fin de son intervention)… Un député qui pour faire son intéressant répond à un journaliste que s’il s’est barré, c’est parce qu’il a été scandalisé par les propos du procureur, propos qu’il a immédiatement dénoncé à Albin Chalandon, le garde des Sceaux. Mais qu’a donc dit le procureur de Valence qui mérite qu’on le cloue ainsi au pilori ? «En deux mots, répond l’intéressé dans un entretien reproduit dans Fumée clandestine, j’ai dit que l’interdiction légale de la consommation me paraissait une aberration dans la mesure où cette interdiction était génératrice de tous les maux qui accompagnent la consommation des drogues» .

Pour punir l’insolence du procureur de la Drôme, Albin Chalandon décide de le muter au tribunal de Bobigny, mais François Mitterrand refuse de signer le décret. Furax, le garde des Sceaux saisit la Commission de discipline du parquet qui examine son cas et en conclut que Georges Apap   «a exprimé son opinion de citoyen sur un sujet dramatique, qu’il n’a pas contesté la loi, ni injurié le Garde des Sceaux, qu’il s‘est exprimé sur un ton ironique, que sa vision d’un monde où la drogue serait dépénalisée est utopiste et que là où il exerce les drogués remplissent les prisons» .

En le relaxant, la Commission désavoue la politique d’Albin Chalandon, un triste sire. Georges Apap était un homme d’une grande humanité et d’une simplicité désarmante.  Suite à cette aventure, il adhérera à la Coordination radicale anti-prohibitionniste (Cora), un groupe de pression créé par le Parti radical italien. En 1989, la Drug Policy Foundation (devenu depuis Drug Policy Alliance), association américaine anti-prohibitionniste fondée par Milton Friedman, lui décernera un prix pour son engagement contre la   «guerre à la drogue» . Il a publié de nombreux articles et est intervenu dans de non moins nombreux  congrès. Georges Apap avait le cœur sur la main, il a accepté  d’être le parrain du CIRC de même qu’il a été adhérent du Mouvement de Légalisation Contrôlée (MLC) de Francis Caballero.

Georges Apap avait une voix douce et une écriture limpide pour dénoncer les effets délétères de la prohibition. C’est à lui que l’on doit cette célèbre formule : «Les drogues ne sont pas interdites parce qu’elles sont dangereuses, elles sont dangereuses parce qu’elles sont interdites». Et c’est aussi lui qui écrivait dans le Volume 5 de la revue Psychotropes : «Il faut être optimiste, car l’histoire démontre que les abolitionnistes ont toujours triomphé, et que chacun de ces triomphes a contribué, lentement mais concrètement au progrès de l’humanité».

 

par Jean pierre Galland

Co-fondateur du CIRC

Une réponse à «Hommage: Georges Apap (1926-2013), un homme remarquable»

  1. Valentin

    Il ne manque à cet article que le nom du député RPR.
    Bien que je sois intimement convaincu qu’ils sont bien tous aussi cons les uns que les autres. Ceux de la pseudo « gauche » leur faisant sur ce plan une farouche concurrence.

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