vendredi, 20. octobre 2017

La brigade des stupéfiants est-elle le premier acteur du trafic en France ?

La brigade des stupéfiants est-elle le premier acteur du trafic en France ?

On peut se poser la question. Déjà en 2011, de manière assez prophétique dans son communiqué N°44, le Collectif Cannabis Sans Frontières contestait l’adoption de la LOPPSI2 par un recours au Conseil Constitutionnel, en soulevant le voile sur certaines dispositions spéciales dont on mesure un peu plus chaque jour, les graves dérives et conséquences socio-politiques que cette loi a finalement favorisées.

Comment ne pas faire la jonction entre d’une part nos inquiétudes et avertissements exprimés il y a 6 ans et d’autre part les multiples affaires qui secouent aujourd’hui nos institutions et l’avenir de certains hauts responsables hiérarchiques de la Police et des Douanes ?

Voici entre-croisés, quelques morceaux choisis de cette alerte lancée par un groupe citoyen, mais trop peu entendu par l’opinion publique, la représentation nationale ainsi que nos médias et des éléments du dernier article de Libération relatant les inquiétudes des policiers en charge de mener la lutte contre le trafic de stups.

Extrait de l’article de Libération du 16 octobre 2017

« Le scandale des stups n’en finit pas de se propager. Ce lundi, en fin de journée, 70 policiers de l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis) ont déposé leur arme de service pour dénoncer les poursuites visant certains de leurs collègues. Le plus gradé d’entre eux, François Thierry, a été mis en examen fin août pour «complicité de trafic de stupéfiants en bande organisée» et vient de se voir retirer son habilitation d’officier de police judiciaire. La semaine dernière, deux autres policiers du service ont été mis en examen dans une autre affaire. A chaque fois par des juges d’instruction de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris, qui leur reprochent de faire jouer un rôle actif à leurs indics. »

Extrait Communiqué de Cannabis Sans Frontières du 15 mars 2011

Le trafic légalisé pour une caste de dealers légaux. Une ambigüité ouvrant la porte aux nombreuses dérives sous prétexte d’infiltration. Une telle politique ne peut que produire de graves dommages collatéraux, et permet de constater la perfidie des moyens biscornus de l’état participant activement au trafic pour soit disant le démanteler.  Avec de telles dispositions, tranquillement, c’est une French Connection bis qu’on légalise.

Extrait de l’article de Libération du 16 octobre 2017

Dans un communiqué que Libération a pu consulter, les policiers dénoncent un «climat délétère» avec les juges parisiens. «Depuis plusieurs mois, cette section du T.G.I de Paris décortique tous les dossiers initiés par l’Ocrtis et remet en cause les constructions procédurales, pourtant avalisées par des magistrats d’autres tribunaux, protestent-ils. Ces magistrats, dans des instructions menées uniquement à charge, ont décidé de remettre en cause une pratique policière éprouvée depuis des années par les enquêteurs».

Extrait Communiqué de Cannabis Sans Frontières du 15 mars 2011

Ainsi donc la LOPPSI2 légalise une activité réputée criminelle au bénéfice des Douanes, et donc de la Police de l’Air et des Frontières, avec probablement extension aux autres agents de la lutte contre le trafic de stupéfiants.

Sous couvert de légaliser la pratique déloyale, déjà admise, de provocation au délit, aux termes de ces nouvelles dispositions les agents de la répression peuvent devenir acteurs du trafic et alimenter des réseaux, auxquels ils ont pouvoir de “fournir des moyens matériels et juridiques”, non seulement la came mais le condé, aurait-on dit en argot ancien, la marchandise et la couverture légale pour la commercialiser en toute quiétude…

Extrait de l’article de Libération du 16 octobre 2017

Les policiers évoquent en particulier la technique de la «livraison surveillée», qui vise à laisser passer d’importantes quantités de drogue afin d’identifier les réseaux de trafiquants et déterminer leur mode opératoire. Une technique dont l’Office des stups aurait un peu trop abusé aux yeux des magistrats. Se présentant comme des «fonctionnaires intègres, investis, ne comptant ni leurs heures, ni leurs sacrifices personnels» et refusant d’être traités comme de «vulgaires délinquants», les policiers de l’Ocrtis disent refuser d’être mis en examen au gré d’une «doctrine judiciaire fluctuante». Pour marquer leur mécontentement, ils ont donc décidé de «ne plus acter dans les procédures conduites par la Jirs». Et préviennent déjà leurs collègues des suites probables du séisme: «Cette tourmente judiciaire semble aujourd’hui sans fin et pourrait à terme toucher d’autres services chargés de la lutte contre les stupéfiants».

Extrait Communiqué de Cannabis Sans Frontières du 15 mars 2011

Imagine donc ami lecteur, un jour, qu’on te soupçonne de céder au business, … Ou bien que, petit trafiquant sans beaucoup d’envergure, mais plutôt actif et respecté, on te propose 10 kg de cocaïne à 10 euros le gramme, à « prix cassé », pour toi, « parce que tu le vaux bien ». Bref, l’occasion de gagner 300 000 euros minimum net d’impôt. Par temps de crises économiques comment refuser une telle aubaine pour « mettre à l’abri sa famille » ? Sauf que six mois et deux autres transactions similaires plus tard, à 6 heures du mat’ le lendemain de la dernière fourniture obligeante, la police débarque avec toutes les preuves ! Et tu deviens trafiquant notoire, fortement suspecté depuis longtemps, à la tête d’un réseau d’une vingtaine de « sous traitants » tous également interpellés le même jour. Il fallait une « opération coup de poing » de la police victorieuse afin de rassurer le bon peuple sur la détermination de l’état et celle du ministre, dont la côte de popularité s’écornait à cause d’un scandale ou un autre… Bien entendu, dans la presse, il aura fallut plusieurs mois aux agents antidrogues pour remonter la filière, observer les mouvements de tous les protagonistes et préparer avec minutie ces interpellations risquées…. Mais entre-temps la « drogue » dûment payée au départ [3] aura bien été revendue au détail et consommée. Et qu’on se rassure, le butin saisi tombera dans l’escarcelle en partie du fisc, et le reste sous forme de prime d’intéressements pour les forces de l’ordre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *